‹ Chrestomathie de l'ancien françaisChapitre 6 sur 63 · TABLEAU SOMMAIRE · texte numérisé non relu

TABLEAU SOMMAIRE

LITTEHAÏUUE FliAXÇAISE AU MOYEN AGE

A vrai dire, l'histoire de la littérature française au moyen àsre- est encore à faire'. Les savantes notices publiées dans Vllisloire lilléraire de la France, les travau-v si nombreu.x parus dans les vin^t dernières années, tant en France qucn Allemagne, dans le domaine de la philolog:ie française et de Tliistoire littéraire, les textes abondants et variés imprimés ou réimprimés depuis cinquante ans, tous ces secours, qui semblaient de nature à tenter les travailleurs sérieux, n'ont fait que les mettre en garde contre les dangers dune entreprise téméraire, en leur dévoilant l'immensité et les diflBcultésde l'entreprise. L'ne honorable tentative faite récemment pour vulgariser les résultats des travaux des spécialistes - n'a réussi qu'en partie; elle a cependant indiqué la voie, en montrant quels étaient les points encore insuffisamment étudiés et le parti qu'on pouvait tirer des travaux accumulés sur certaines portions de ce vaste sujet. Nous ne pouvions donc avoir la pensée d'improviser cette histoire, à propos d'une Chrestomathie et sous la forme d'une Préface. Tout ce que nous avons voulu, c'est offrir aux élèves et aux maîtres, en quelques pages concises et sans prétention, un aperçu sommaire des richesses, déjà publiées ou encore inédites, que le moyen âge français apporte comme contingent à l'histoire littéraire, et placer dans un cadre naturel les renseignements bibliographiques ou littéraires qui ne pouvaient trouver place dans les notes qui figurent au bas du te.xte. Nous suivrons donc naturellement l'ordre même du recueil, et nous étudierons rapidement, dans sept paragraphes successifs : l" les plus anciens textes: S" la poésie épique et narrative; 3° la

1. Ce qui était vrai au moment où paraissait la première édition de cet ouvraçe ne l'est plus au même degré, depuis la publication de l'excellent livre de notre maitreéminent, le très regretté Gaston Paris, La liKèralure française au moyen âge, Paris, Hachette et C'', 1888. Nous n'avons ià, malheureusement, qu'un -Manuel. Tel qu'il est, il nous a cependant rendu les plus grands services, et c'est à chaque page que nous aurions dû y renvoyer : nous ne le ferons que lorsque notre rédaction, en grande partie basée sur des noies prises au cours professé par G. Paris, à l'École des Hautes Etudes, en 18S0-1881, se rapprochera de celle de la Littérature française au moyen âge, qui en est essentiellement le résumé.

2. Histoire de la langue et de la littérature françaises au moyen Age d'après les travaux les plus récents, par M. Ch. .\ubertin. Paris, Belin, t. I. IsTti: t. II, 1878.

poésie pastorale et lyrique : i" la poésie satirique et didactique; b' la poésie dramatique; 6" la chronique et l'histoire ; 7° la littérature religieuse proprement dite, les traductions et les divers genres en prose.

LES Pl.fS ANCIENS TEXTES

Le plus ancien monument connu de la langue française du Nord ou langue d'oi'l ^, monument qui n'a d'ailleurs rien de littéraire, est celui que nous a conservé l'historien Nithard, petit-tils de Charlemagne, dans son histoire latine des dissensions des lîls de Louis le Pieux : je veux parler des Serments prononcés à Strasbourg en 842, d'un côté par Louis le Germanique, de l'autre par les soldats de Charles le Chauve Chreslomaihie. l). Nous ne parlons que pour mémoire des glos^ires de Cassel et de Reichenauij du VIII' et— pcut-cti'c-4« vu' -siècle, précieux pour l'histoire de la langue, mais qui ne sont que des recueil de mots. Les textes qui suivent jusqu'au Pèlerinage de Charlemagne otTrent ce caractère commun que ce sont des poésies religieuses destinées à être lues ou chantées dans les églises pour l'instruction et l'éditîcation des fidèles.

Est-ce à dire que la production littéraire en français se soit bornée exclusivement à cet ordre de matières"? Non certes : la Chanson de Roland n'a pu, comme nous le verrons plus loin, surgir tout à coup sans préparation, et la plus belle de nos chansons de geste ne saurait être un phénomène sans précédent dans le développement des idées au moyen âge. Si nous n'avons conservé que des poésies religieuses qui soient plus anciennes que le Roland, c'est que, d'une pa4't, le succès de ce poème dut amener la disparition des récits épiques antérieurs, et que, d'autre part, l'usage permanent des poésies consacrées par l'Église devait singulièrement fa\ oliser leur conservation. Dès le commencement du ix« siècle, en etlet, nous voyons Charlenvigne, aussi bien que les conciles, prescrire aux c\èques de prêcher en roman, c'est-à-dire en langue \"ulgaire, le peuple ne comprenant plus le latin littéraire, et aussi de traduire les hoiiièlies des

3. Prononcez oui.de hoc-illic (vov. Cornu, Bomania, IX, 117), signe de raftu-iuationdansla France du Nord, comme oc = hoc était le signe de l'aflirmalion dans la P'rance du Midi, et si = sic celui de l'italien.

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