CALVIN
tMm^ 1564.
Jean Calvin, le grand réformateur de l'Église dans les pays de langue fran^ çaise, et qoi fit de Genève la Rome protestante , a été anssi, comme Lnther en Allemagne, an réformateur de sa langue maternelle. - Car aussi, » dit Estienne Pasquier, • estoit il homme bien escrîvant, tant en latin qu'en françoys, et auquel notre langue fhinçoyse est grandement redevable pour Tavoir enrichie
d*une infinité de beaux traits Dailleurs au milieu de ses livres et de son
estude, il estoit d*ane nature remuante le possible pour Tadvancement de sa secte. "
Calvin était surtout un homme convaincu et un puissant logicien, austère dans ses moeurs, dans ses principes et dans sa parole. Méthodique et sobre, il introduisit dans l'usage de la langue ft'ançaise, comme dans la discussion, l'exactitude, la précision, la sévérité, la vigueur, la prédominance de la raison , trop exclusive chez lui, mais fondement de toute supériorité littéraire. Son langage paraîtrait froid, s'il ne forçait pas toujours Thomme à lutter, s'il ne remuait pas toiqours la conscience. Mais dans son style âpre il n'accorde rien aux mouvements de la sensibilité, et la ravissante nature qui l'entourait ne lui a pas suggéré une image. Et pourtant il est éloquent , parce qu'une forte conviction et l'amour des âmes le sont naturellement ; son langage a le don de plaire par la netteté, la fermeté, la transparence, comme par l'énergie et quelquefois par la beauté de l'expression. Ce qui éloigne de ce style nu la sécheresse, c'est qu'en dépit de la rigueur de son office, la bonté, l'amitié , les affections humaines avaient un asile dans le fond du cœur de Calvin; il écrit lui-même à Viret : « Tu connois la tendreté ou plus tost la molesse de mon âme. >
Un Martyr.
Un jeune homme, qui a yci habité avec nous, estant pris en la ville de Tonrnay, fut condamné à avoir la teste tranchée sMl se
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desdisoit, et à estre bnislé tout vif sMI persistoit eo son propos. Quand on Iny demanda ce quMl vonloit faire, il répondit simplement : Celui qui me fera la grâce de mourir patiemment pour son nom, me fera bien la grâce d^endurer le feu. Nous devons prendre ceste sentence, non pas comme d'un homme mortel, mais comme du Saint-Esprit, pour nous assurer que Dieu n'est pas moins puissant à nous fortifier, et rendre victorieux contre les tourmens, qu'à nous faire prendre une plus doi^lce mort en gré. Et ainsi, que les fidèles apprennent d'eslever la teste haultà ceste couronne d'immortalité et gloire à laquelle Dieu les convie, afin qu'il ne leur face point mal de quitter la vie présente pour un tel loyer; et pour estre asseurez de ce bien inestimable qu'ils ayent toujours devant les yeux cette conformité qu'ils ont avec nostre Seigneur Jésus pour contempler la vie au milieu de la mort, comme luy par l'opprobre de la croix est parvenu à la résurection glorieuse en laquelle gist toute nostre félicité joye et triomphe.
Contre les moqueurs.
Il ne me chault des moqueurs qui disent que nous en carions bien à nostre aise, et ce n'est point à moy qu'ils s'attachent, d'autant qu'il n'y a rien ici de mon creu, comme on le croit. Autant en dis-je de tous les philosophes qui en prononcent leur sentence sans savoir comment : car puisqu'ils ne veulent escouter Dieu lequel parle à eulx pour les enseigner, je les adjonroe devant son siège judicial, là où ils oiront sa sentence, contre laquelle il ne sera plus question de replicquer. Puisqu'ils ne daignent maintenant l'ouïr comme maistre, ils le sentiront alors leur juge en despit de leurs dents. Les plus habiles et les plnà rusez se trouveront yci trompez en leur compte. Qu'ils soient stylez tant qu'ils voudront, à renverser on obscurcir le droict: leurs chapperons fourrez auxquels ils se mirent, et en s'y mirant s'aveuglent, ne leur donneront point la cause gaignée. Je dis ceci, pour ce que messieurs les conseillier.>, juges et advocas, non seulement entrepren-
QCDt de plaider contre Dieu, pour avoir privilège de se mocquer de luy : mais en rejectaot toute TEscripture Saincte, desgorgeut leurs blasphesmes, comme des arrests souverains. Et tels marmousets seront si orgueilleux, qu^aprës qu'ils auront dict ce mot, ils ne pourront souffrir que raison ne vérité ait lieu*. Si est-ce qu'en passant, je leur annonce qu'il vauldrait beaucoup mieux qu'ils pensassent quelle horrible vengeance est apprestée à tous ceulx qui convertissent la vérité en mensonge. Que les docleurs de chambre et de table ne prennent point yci un degré trop hault pour eulx, c'est de gergonner contre le Maistre céleste, auquel il nous convient tous donner * audience. Les beaulx titres ne feront yci rien pour exempter personne, sinon que messieurs les abbés, prieurs, doyens et archediacres seront contraincts mener la danse en la condamnation que Dieu fera. Si n^essieurs les courtisans ont accottstumé de contenter les hommes par leur eau beniste, qu'ils n'attendent pas de faire le semblable à Dieu. Que tous gaudisseurs se déportent de donner leurs coups de bec, jecter leurs brocars accottstumez, s'ils ne veulent sentir la main forte de Celuy à la paroUe duquel ils devroyent trembler. C'est un abus trop lourd de se faire accroire qu'en me prenant à partie, ils n'auront plus Dieu pour juge. Qu'ils raclent mon nom de leurs papiers en ceste matière, d'autant que je ne preten sinon que Dieu soit escouté et obéi, et non pas de gouverner les consciences à mon appétit, ne de leur imposer nécessité ou loy. — Quant aux autres qui ne rejectent point la paroUe de Dieu en telle fierté, et cependant toutefois sont si infirmes et lasches, qu'on ne les peut faire bouger, je les exhorte qu'ils pensent un peu mieulx à eulx, pour ne se plus flatter comme ils ont faict.
Ne pas différer de s'abandonner à Dieu.