‹ Chrestomathie des prosateurs français du 14e au 16e siècle, avec uneChapitre 110 sur 113 · DE LA NOUE · texte numérisé non relu

DE LA NOUE

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Fnnçoif de La Noae, né catholiqae, d'aoe fiiniille illustre en Bretagne, embrassa à rage de 37 ans, la religion réformée. Il devint bientôt on des cbefii dn parti protestant, respecté pour sa bravoure, la beauté de son caractère et sa fidélité à tonte épreuve. A la suite d'une blessure il eut le bras amputé. II fit adapter à son armure un bras artificiel pour conduire sou cheval. II en reçut le snniom de Bras^de-fer. Il Ait tué an siège de Lamballe, à Tige de 60 ans. Henri IV, trèsaffligé de sa perte, lui rendit ce témoignage: « (Testoit un grand homme de guerre et pins encore un grand homme de bien, on ne peut asses regretter qn'nn petit cbasteau ait fait périr un capitaine qui valoit mieux que tonte une province. - ^ La Noue a laissé vingt-six DtMcours poliliguet et miU~ tairêt, dont le dernier renferme des mémoires sur les guerres de religion. Es* prit ferme et lucide, il a répandu dans ses écrits beaucoup de pensées sages ; ses jugements sont marqués au coin de la justice et de la justesse; il ne manque ni de sensibilité ni de gaieté. Sa narration est simple, précise, attachante; son stjle clair, vif; énergique et pittoresque. Quand le sujet s'élève, l'auteur s'élève luimême jusqu'à réloqnence. On reconnaît en lui un disciple des anciens.

Les catholiques et les protestants pendant une trêve.

Je parleray de l'abouchement qai fot fait auprès de Toury en Beausse par la royoe» le roy de Navarre et le prioee de Condé, pour adviser au moyen d'apaiser les diferends survenus. Plusieurs pensoyent que la présence et communication des grands auroit plus d'efficace que les ambassades si souvent envoyez de part et d'autre. Et encore qu'il y ait quelquefois du péril aux entrevues, nonobstant elle ne laissa d'estre accordée, veu les instances qu'en faisoit la royne, avecques les limitations qui s'ensuivent; que de chacun costé on ne pourroit amener que cent gentils-hommes avec armes et lances, que nulles troupes n'approcheroyent plus près du lieu ordonné que de deux lieues, et que trente chevaux légers, de part et d'autre, six heures devant que s'aboucher, descouvriroyent la campagne, laquelle est en cest endroit raze, comme la mer. A l'heure dicte, la royne se trouva à cheval en la place assignée avec le roy de Navarre, où H. le prince, et M. l'amiral, aussi à cheval, la furent trouver et là traitèrent des choses pu-

bliques par ensemble. Cependant les deox troupes, qui estoient composées d^une eslite d'hommes et la pluspart seigneurs, firent halte à huit cens pas les uns des autres. Le mareschal d'Anville commandoit à Tune, et le conte de La Rochefoucault à Tautre. Or, après qu'elles se furent contemplées demy heure, chacun désireux de voir, Tun son frère, Tautre son oncle, son cousin, son amy ou ses anciens compagnons, demandoit licence aux supérieurs, ce qu'on oblenoit avec peine, pource qu'il avoit esté défendu qu'on s'accostast, de crainte de venir aux injures et après aux mains. Mais tant s'en faut que querelles s'en ensuivissent, qu'au contraire ce ne furent que salutations et embrassades de ceux qui ne se pouvoient garder de monstrer signes d'amitié à ceux que la parenté ou l'honnesteté avoit au-paravant liez ensemble, nonobstant les marques contraires que chacun portoit; car la troupe qui accompagnoit le roy de Navarre estoit vestue de casaques de velours cramoisi et banderoUes rouges, et celle du prince de Condé de casaques et de banderoUes blanches. Les catholiques qui imaginoient que ceux de la religion fussent perdus, les exhortoient de penser à eux, et de ne s'obstiner pas à donner entrée à ceste misérable guerre, en laquelle il faudroit que les propres parents s'entretuassent. Eux respondoient l'avoir en detestation, mais qu'ils estoient assurez, s'ils n'avoient recours à la défense, qu'on les traiteroit de la mesme façon de* plusieurs autres de la religion, qui avoient esté cruellement occis en plusieurs endroits de la France. Bref, chacun s'incitoit à paix, et à persuader les grands d'y entendre. Aucuns, qui, un peu à Tescart consideroient ces choses plus profondement, deploroient le discord public, source de maux futurs ; et quand ils venoient encore à repenser en eux mesmes que toutes les caresses qu'on s'entrefesoit seroient converties en meurtres sanglans, si les supérieurs don- Doient un petit signe de combattre, et que, les visières estant abatues, et la prompte fureur ayant bandé les yeux, le frère quasi ne pardonneroit à son frère, les larmes leur sortoient des yeux. Je me trouvai là du costé de ceux de la religion, et puis dire que j'avois de l'autre part une douzaine d'amis que je tenois chers comme mes propres frères, et qui me portoientune affection sem-

I Gr. s s».

blable. Cependant la conscience et rhonnenr obligeoient an chacun de ne inanquer ny à Tua ny à Tantre : les amitiez particulières estoient encore vives alors; mais de puis que les grands maux vindrent à avoir cours, et les conversations à se discontinuer, elles s'allèrent amortissant en plusieurs. La royne et le prince de Condé, après avoir conféré deux heures ensemble, ne se pouvant accorder se retirèrent, chacun bien marry que meilleur effet ne s'en estoit ensnivy.

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