‹ Chrestomathie des prosateurs français du 14e au 16e siècle, avec uneChapitre 13 sur 113 · PRONOMS INDÉFINIS OU INDÉTERMINÉS · texte numérisé non relu

PRONOMS INDÉFINIS OU INDÉTERMINÉS

§ 19. — Un, dans le sens de quelqu'un, une personne : < Un qui me ressemble. En y a maint un. » Montaigne.

On, l'on, s'écrit aussi en, l'en. L'article provient du primitif hom, om, homme. Dans le vieux italien, uomo se prend dans le sens de quelqu'un. Man signifiait dans l'ancien haut allemand homme, aujourd'hui on, et homme s'écrit mann.

L'on se mettait après le verbe, où nous mettons toujours on : i Voudroit-l'on dire? Pourroit-l'on? » Comines.

Aultre, autre, le plus souvent adjectif, est aussi pronom : c De l'un corps à Fautre. » Montaigne. — c L'un jugement subvertissant raulre sans cesse. » Id.

A la fin du XVI»« siècle et dans la première moitié du XVII"», les éciîTains amis de la concision faisaient usage de autre, pronom, pour nul autre ou quelque autre, un autre.

Qu'autres que moy soient misérables

Malii.

Et uostre affection pour autre que pour elle Ne peut mieux s'employer.

Mâlh.

Je ne pense pas qu'autre que toi me blâme.

GORN.

Autre n'a mieux que toi soutenu cette guerre Autre de plus de morts n'a couvert notre terre.

Corn. Hor, II, 5.

C'est la moelle de la langue du XVI"« siècle. — • Une créature raisonnable se peut-elle sacrifiera autre qu'à Dieu? » Bossuet.

Autruy, aultruy, pronom, est aussi employé adjectivement: Vaultruy dangier. Les Italiens disent de même la cosdenza altrui.

Aucun, aulcun, pour quelqu'un. « Je ressaie par la preuve d'aucuns de mes amis. » Montaigne. — c Cette mesure qu'aucuns luy attribuent. Id. Comme alcuno en italien^ qui a le même sens; il dérive iealiquisunus.

Aucun est aussi adjectif pronominal: « Par aucun temps • (pendant quelque temps) 0. d. la Marche. — « Ils doivent ménager leurs vies à la mode que font aucuns avares leurs trésors. » — « Aucunes choses ils les ont escrites pour le besoin de la société publique. > Montaigne.

De là le sens de Tadverbe aucunement, en quelque chose, en quelque façon, d'une manière quelconque. — « Si ce rayon de la Divinité nous touchait aucunement, il y paroistroit partout. • Montaigne.— < Si nous n'en trouvons point (du soulagement), au moins serons-nous aucunement contens de l'avoir cherché. » Du Yair.

Au XVIII"»« siècle:

En un mot Faimez-vous? — Je l'aime aucunement. Non pas jusqu*à troubler votre contentement.

Corneille.

Alors Orphise, De sa frayeur première aucunement remise, Sait prendre un temps si juste....

Corn. Menteur, II, 5.

— • Mon esprit s'abat trop pour que des maux qui, tout cruels qu'ils sont, sont aucunement supportables. » Bossuet.

Nul pour quelqu'un, et dans ce cas parfois joint à n«. « A peine n'osait nul apparoir aux défenses. » Froiss. — Au pluriel : • Si vous estes légistes, nulz de vous. >»

Nulli, nullui, personne.

Quant que, tout ce que, quantum quoi, — « Quant qu'il vouloit commander. • Froiss. — Au XIII'»« siècle, souvent quanquil.

Quelconque avec ne, personne. — • Il n'y avoit quelconque sans péril de mort. » Gerson.

Quel que se met devant un verbe , surtout devant être, c Quels que soient vos titres, quelles que paraissent vos intentions. • Avec un substantif ou un adjectif, nous disons : c Quelques mérites qu'il ait ; quelque part qu'il aille ; quelques grandes que soient ses fautes. » Autrefois on était moins attentif à cette distinction. Froissart dit: « Laissez-les aller quel part ils voudront. >

En quel lieu que ce soit je veux suivre tes pas.

Molière, Fâch., 111, 4.

Au pronom chacun répond l'adjectif pronominal chaque. Autrefois chascun était aussi adjectif et se plaçait immédiatement avant son substantif: « Chascun mois. » Comines. — t Chascun cop qu'il ravit. »

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