PRONOMS
Pronoms personnels.
g 57. — Le pronom il devant un verbe impersonnel est pour nous une sorte de neutre, comme it en anglais et es en allemand. Dans l'ancienne langue il avait, en cette qualité, un emploi plu$ étendu, et se mettait aussi devant les verbes personnels, où nous le remplaçons par cela, c Soit qu'elle veuille montrer sa douceur ou sa gravité, il sert d'embraser tout un monde. > Brantôme.
Le trait le plus marquant de la Syntaxe dans la matière que nous traitons, c'est la suppression fréquente du pronom personnel sujet, à la première, à la seconde et à la troisième personne, au singulier et au pluriel. Les exemples suivants renferment tous ces cas.
« Pour ce que je n*y veux mettre ni oster,... ni abréger histoire en rien, (-) vous veux de point en point parler. » Froiss. — « Or (-) me veux retraire à la droite matière commencée. » Id. — • Je t'admoneste que {-) employés ta jeunesse. » Rab. Olivier de Serres, en traçant par exemple les devoirs du père de famille, commence souvent ses préceptes par le verbe, en sous-entendant le sujet, sans le remplacer par t7 : • (-) Mettra ses affaires en tel point que.... (-) Leur défendra les blasphèmes. — (-) Apprendra aussi à mesurer le temps. » — Le il neutre se supprime également. « Et (-) est aîsé à voir. • Montaigne. — c Et (-) ne se faut point laisser endormir au plaisir. • Id. — « A qui qu'(il) en déplaise. »
— € Ce que (-) te seroit horrible à trouver. » — t Sire, (-) sour vienne-vous des Athéniens. » Montaigne. — - Thémistocle résista fort et ferme, et (ce) fut lorsqu'il fit ces saines responses notables. > Amyot. — « Plus (-) persévérions escoutants plus (-) discernions les voix. * Rab. — « Ce que (•) desirez de moy. — Je me suis aperçu des bons offices que(-) m'aviez faict, le lendemain que (-) fustes partie. » Calv. — • Compagnons, oyez (-) rien ? » Rab.
Quand deux membres de phrasé se suivent unis par une conjonction, le pronom personnel, sujet du second membre, peut être sousentendu quoiqu'il ne soit pas de la même personne ou du môme nombre que le sujet du premier, et que les deux verbes ne soient pas au même temps : < Tout le jour je le vis triste et colère et (-) leur manda de ne procéder aucunement. — Veuillez refréner vostre courage et (-) vous sufiBse ce que vous en avez fait. » Froiss. — € Ces paroles me pleurent et (-) me sembloit que j'estois transformée. — Il ne faut pas grande entreprinse pour m'y (à ces livres) mettre et (-) les quitte où il me plaist. » Montaigne.
— « Il me fist grand plaisir et (-) les luy laissay. » H. '
Le pronom régime peut se supprimer avec les verbes pronominaux employés comme réciproques ou réfléchis : « Ils(-)regarde-
I Régnier de même :
On appelle un vallet, la chandelle s'allume ;
On apporte la nappe ^ met-on le conyert,
Et (-} suis parmy ces gens comme un homme sans vert.
L*un faict plus qu*il ne peut, et l'autre plus qu'il n*ose.
Et (je) pense, en les voyant, voir la Métamorphose....
rent chascan l'un l'autre, i Froiss. — « Si (-) vous conseille que vous (-) départiez. > Id. (Il emploie souvent se départir.)
Le pronom personnel, si souvent retranché, se met parfois d^nne manière redondante, après le mot qu'il représente, gallicisme usité jusqu'à la fin du WV^ siècle : <k Qui a appris à mourir, t( a desappris à servir, i Montaigne. — « Celle qui meurt à cinq heures du matin, elle meurt en jeunesse. » Id.
ê 58. SOY
se rapporte à une idée déterminée, personnelle, aussi bien qu'à une idée indéfinie : c Ces paroles firent sortir Brennus hors de soy. » Amyot. — c II y en (de lions) avoit un entr'autres qui attiroit à soy la veue de toute l'assistance. > Montaigne. — c Ce pauvre misérable (l'esclave Androclus) tout transy d'eflfroy et hors de soy. i> Id. — « Il ne cessa de faire requeste à Dieu de l'ester de ce monde et de l'appeler à soy, » Id. *
* Noos n'aurions pas rapporté cette règle constamment suivie, si des grammairiens modernes d*nne grande autorité n'avaient pas établi la règle contraire, que M. Auger sanctionne et déplore dans sa note sur ce vers de Tartufe, i, 1 :
Je vous dis que mon fils n*a rien fait de plus sage Qu*en recueillant chez toi ce dévot personnage.
• La règle actuelle, dit ce critique, veut que toi ne puisse se rapporter aax personnes, hors des cas où le sujet de la proposition est indéterminé, comme en ces phrases : n'aimer qtte soi; chacun vit pour toi. 11 est regrettable qu'on n*ait pas la fkculté d'employer toi a la manière des Latins, qui prévenaient les ambiguïtés en distinguant par se et par ille ce qui était le sujet du verbe de ce qui n'en était que le régime. 11 est certain que dans le vers de Molière lui serait grammaticalement équivoque, puisqu'il pourrait se rapporter à Tartufe aussi bien qu'à Orgon.»— La même raison semble excuser ce vers que, dans Polyeacte, m, 3» Félix adresse à Pauline :
Qu'il fasse autant pour toi comme je fiiis pour lui.
Néanmoins Voltaire le blâme : « Soi ne se dit qu'à l'indéfini : Il fisiut fhire qaelqae chose pour toi; il travaille pour lui. » — Nous oserons opposer à Voltaire l'antorité de l'auteur de Zaïre, qui a dit comme Corneille :
On mon amour me trompe ou Zaïre aujourd'hui. Pour l'élever à toi descendrait jusqu*à lui. i, 1.
La Grammaire nationale, n» 299, a fiiit justice de cette étroitesse grammaticale, en s'appuyant sur la pratique de nos plus grands écrivains. Aux huit exemples qu'elle a choisis elle aurait pu en igouter cent autres. Nous nous garderons de transcrire tous ceux que nous avons recueillis.
Il se rapporte aussi à an plariel : c Ils se resveillerent en sursaalt et reveoans à soy prirent les armes. > Amyot.
Pronoms démonstratifs.
g 59. — Un emploi aairefois fort ordinaire du pronom démonstratif suivi du relatif doit être remarqué. Celui, celle qm^ se disait pour homme, personne à faire telle ou telle chose : c Engrans de combattre conune ceulx qui estoient tous raliés soubs la grande bannière de Guernade. » Artois. — « Il n'estoyt entre eux celluy ne celle qui ne sceust lire et escripre. »— t Je ne suis pdisceluyqui vouldroit soustenir. > Amyot. — € Il n'y eut celuy d'eulx ^t osast oaYTir la bouche. > Id.
Pronoms possessifs.
g 60. — Leur, rapporté à un nom collectif singulier : € La première embusche (embuscade) commença, au commandement de leur capitaine, à prendre la fuite. > Artois. — c Ils donnèrent temps et loisir à la tourbe qui s'enfouit hors la ville, de se retirer à leur aise en lieu de sûreté. » Amyot *.
Le pronom possessif mis une seule fois pour deux substantifs, même différents de genre ou de nombre : c A «on préjudice et honte. > Comines. — • Les traicts de mes conditions et humeur. > Montaigne. — € Ils donnent certaine interprétation à sa voix et monvemens. > Id.
Pronoms relatifs.
§ 61. — Que, pour le pronom relatif et une préposition, a été légué à rage classique par les âges précédents : < Avec le bon sens qu'il convient à gouverner chevalerie. > Chr. de Pisan. — • En Tâge qu'il est. » Brant. — « Ils doivent mesnager leur vie à la mode que font aucuns avares leurs trésors. > Id.
Pour la place des pronoms relatifs, des grammairiens modernes, enclins à resserrer les liens qui entravent les libres mouve-
* Le pronom perionnel plariel se rapporte aoui à un collectif aingulier : • AssnbjettiMant à eulx la commune eu leur imprimant opinion qu'ils étoient qaelqae chose pins que hommes. • Amyot.
ments da langage, ont décidé que ces pronoms devaient suivre immédiatement leur antécédent. Heureusement, cette loi n'a pu avoir d'effet rétroactif, en arrêtant la liberté gauloise de nos anciens, et des classiques, héritiers de cette liberté ; la concilier avec la clarté, de telle sorte qu'on ne puisse se méprendre sur le sens des idées ni des mots, voilà la seule loi qu'ils ont reconnue. — « Et s'en sont beaucoup trouvez trompez, ayans cette imagination, gwts'enhardissoient d'entreprendre des folies contre luy, qui estoient foiblement appuyez. » Comines. — t Le président luy fist commandement de respondre, auquel le prince déclara qu'il en appeloit. > Castelnau. — « J'ai beu souvent de Veau dans ces vases ainsi froide, et ayant grand chaud et courant la poste, qui ne m'a jamais fait de mal. » Brantôme. — c Au bout de cinq ou six jours arriva le courrier ^ que les parens et parentes de monsieur de Viole avoient envoyé devers le Roy, qui porta interdiction aux commissaires, etc. > Hontluc. — - « Les chrestiens se font tort de vouloir appuyer leur créance par des raisons hiimaines, qui ne se conçoit que par foy *. > Montaigne.
La liberté prise pour règle ne justifie pas les ambiguïtés comme la suivante : « Gobrias estant aux prises bien estroictes avec un seigneur de Perse, Darius y survenant, Tespée au poing, qui craignoit de frapper : il luy cria qu'tt donnast hardiment, quand il devrait donner au travers tous les deux. > Id.
* La Grammaire naiionale cite quatre exemples analogues de Boilean, Racine et J.- B. Rousseau. Parmi un grand nombre nous en choisissons quelques-uns d'une plus frappante liberté : « Sou plus puissant charme estoit une civilité et une complaisance extraordinaire pour les nouveaux venus, qu'elle redoublait souvent pour retenir ceux qui commençaient à s'éloigner d'elle. » Furetière, Aom. bourg. — « U demanda à d'autres gens de quelle matière estoit fait le cheval de Bronze, qui voyant sa naîfveté, luy persuadèrent que les pécheurs venoient la nuit tirer du poil de sa queue pour faire leurs lignes. » Id. — M. Ar^ nauli le vint voir pendant sa maladie, à qui il fit toutes sortes de protestations d*amitié. • M">e perier. — « /> rot dans ce moment étoit entré dans le cabinet oh, elle étoit, qui par sa présence interrompit sa réponse. M<»* de MotteviUe.
Si celles venoit qui m'a rendu sa lettre. Corn. Menteur. Un loup survint à jeun qui cherchoit aventure. La Font.
• Que les mœurs du pays où vous vives sont saintes qui vous arracheut à l'attentat des plus vils esclaves. » Montesq. — ■ J*ai entendu Jadis un orateur y dans le temps oîi nous avions des assemblées politiques en France, qui disait, etc. » De TocqueviUe, de l'Acad. te.
Pour Faisance et la clarté de la constractioD, Tidée renfermée dans le pronom relatif régime est quelquefois reproduite par le pronom te, ta : t Pour éviter la guerre, que vous savez combien . je rappréhende et la dois craindre, etc. i^ Marg. de Valois.