LE SINGE, LE LION ET L'OURS
Li singes mostra son sinjol al lion et li pria qu'il deïst son avis. Li lions respondi : a Aussi de vostre lil conic de vos; ne de l'un pro, ne de l'autre joie. )) Li singes s'en départi correciez, et vint a l'ors, et demanda cornent li fu avis de son bel fd. a liai, )) fait li ors, (( est ce li beaus enfes de qui on parole tant? — Oïl, )) fait li singes, (( meesmes cil. — Sofrez, » dit li ors, (( que je le baise, que tant l'ai désiré veoir. — Voire, » dit li singes, « vos estes nnes amis et mes bienvueillanz. » Et li ors prent le sinjot et le dévore. (( Ha ! » dit li singes, (( honie soit douce parole a bonté descordant ! »
Le singe montra son singeot au lion et le pria d'en dire son avis. Le lion répondit : « Autant de votre fils comme de vous : on n'a ni profit de l'un, ni joie de l'autre. » Le singe s'en alla fâché, vint à l'ours et lui demanda ce qu'il pensait de son beau fds. « Hé! » dit l'ours, « est-ce ce bel enfant dont on parle tant? — Oui, » fait le singe, « c'est celui-là même. — Souffrez, » dit l'ours, « que je le baise : j'ai tant désiré le voir! — Vraiment, » dit le singe, « vous êtes mon ami et vous me voulez du bien. » Et l'ours prend le singeot et le dévore. « Mil » dit le singe, « honnie soit douce parole avec laquelle la bonté du cœur ne s'accorde pas ! »
ROMAN DE RENARD
Par ce titre on désigne un ensemble de contes plaisants, versifiés pendant le xii^ et le xnr siècle, par dilférents auteurs, et ayant pour sujets des aventures d'animaux personniiiés, individualisés, portant des noms d'hommes et agissant comme des hommes. Il nous est parvenu environ vingt-cinq de ces contes, tous en vers de huit syllabes rimant deux à doux, la plupart anonymes. Les principaux personnages de cette épopée animale sont : Renard le goupil*, qui joue le premier rôle, Isengrin le loup. Noble le lion et leurs épouses, Brun l'ours, Bruyant le taureau, Rouanel le chien, Brichemer le cerf, Tibert le chat, Couard le lièvre, Clianteclair le coq, Pinte la poule, Grimbert le blaireau. Tardif le limaçon.
LE PROCÈS DE RENARD
La première « branche » du Roman de llenard, c'est-à-dire le premier des contes dans l'ordre où ils ont été réunis, a été écrite, dans son état actuel, qui n'est pas la rédaction primitive, vers 1180, par un trouvère artésien anonyme. Elle a pour sujet le procès (plaid) de Renard, accusé par ses victimes devant le tribunal du roi Noble. Nous en publions les vers 2G7-743 d'après l'édition de M. E.Martin : Le Boman de Renart (Paris, 1882-1887, r> vol.