Pinlaiu est l'accusalir de Pinlc^ comme nonnain de nonne
U03IA1N DE RENARD
Qu'ai eiidu l'ai trois jorz entiers^
— Sire, )) dit Bruns, (( niout vo/entiers. ))
A tant se met eu l'auibleure
Par nii le val d'une couture,
Que il ne siét ne ne repose. 175
Lors avint a cort une chose, Endeinentiers que Bruns s'en vait, Qui Renart empire son plait.
Car mes sire Coarz li lièvres,
Cui de peor prirent les fièvres, 180 Dons jorz les avoit ja eues, Merci Dieu, or les a perdues Sour la tombe dame Copee ; Car quant ele fu enterrée,
Onc ne se vont d'iluec partir, i85
S'eùst dormi sour le martir.
Et quant Isengrins l'oï dire.
Que ele estoit vraie martire,
Dist qu'il avoit mal en l'oreille ;
Et Roeneaus qui li conseille 190
Sour la tombe gésir le fist :
Lors fu gariz, si come il dist.
Mais, se ne fust bone créance,
jours entiers. — Sire, » dit Brun, « bien volontiers. » Brun se met en route dans 1111 vallon à travers les champs en culture et ne prend ni cesse ni re|)os.
Après le départ de Brun, il survint à la cour un événement (jui aggrava le cas de Renard. Messire Couard le lièvre, qui de peur avait pris les hèvres et les avait déjà depuis deux jours, en fut, Dieu merci, délivré sur la tombe de dame Copée. Après que celle-ci fut ( iih i'rée, Couard n'avait pas voulu se retirer sans avoir dormi : ur la tombe de la martyre. Quand Isengrin eut entendu dire que c'était une véritable martyre, il prétendit qu'il avait un mal dans l'oreille, et Rouanel, son conseilleur, le fit coucher sur la tombe. 11 fut alors guéri, à ce ({u'il dit. Pourtant si ce n eùt été un vrai article de foi,
LE PUUCÈS DE KE.NAliD
Dont nus ne doit avoir dotance,
Et Roeneaus qui le tesmoignc, 196
La cort cuidast ce l'ust mençoigne.
Quant a la cort vint la novele, Tous î ot cui ele fu bele; Mais a Giinibert fu ele laide,
Qui por Renart parole et plaide 200 Entre lui et Tibert le chat.
S'or ne set Renarz de barat, Mal est bailliz, s'il est tenuz; Car Bruns li ors est ja venuz
A Maupertuis* le bois entier, 2o5
Par nii l'adrece d'un sentier.
Por ce que granz estoit ses cors,
Remaindre l'estuet par defors;
S'esloit devant la barbacane-.
Et Renarz qui le mont engane 210
Por reposer ert Iraiz ariere
En mi le fons de sa tesniere.
Garni avoit mont bien sa fosse
D'une geline grant et grosse,
dont nul ne doit douter, et sans le témoignage de Uouauel, la cour eût cru que c'était un mensonge.
Quand cette nouvelle arriva à la cour, elle plut à beaucoup, mais elle fut désagréable à Grimbert, qui s'eiil retenait de Renard et plaidait sa cause avec Tibert le cliat. Si l»pnard ne sait user de ruses, et si on le tient, il est en mauvaise posture. Brun l'ours arriva par un sentier de Iravcise à Maupertuis, en pleine forêt. Son corps étant trop gros, il fut obligé de rester dehors; il se tint près de l'ouverture. Renard, qui trompe le monde, s'était pour se reposer retiré au fond de sa tanière. Il avait garni son repaire d'une poule grosse
1. Maujyeriuis^ littéralement mauvais trou, est le nom traditionnel de la demeure de Renard dans le roman.
2. Barbacane, ouvrage extérieur de fortification, percé de meurtrières et servant à masquer une porte, un pont, etc.
I103IAN DE RENARD
El s'avoit mangié al matin 2i5
Dons bêles cuisses de poiicin.
Or se repose et est a aise.
A tant es vos Brun a la haise :
(( Renarz, )) fait il, (( parlez a moi.
Je sui Bruns, messagiers le roi. 220
Oissiez ça fors en ceste lande,
S'orrez ce que li rois vos mande. ))
Renarz set bien que c'est li ors,
Reconeû l'avoit al cors :
Or se comence a porpenser 225
Con se porra vers lui tenser :
(( Bruns, )) fait Renarz, (( beaus douz amis,
En mout grant peine vos a mis
Qui ça vos a fait avaler.
Je m'en dévoie ja aler, 23o
Mais que j'aie mangié ainçois
D'un merveillos mangier françois;
Et s'ai ja mangié set denrées
De novel miel en fresches rees.
— Nominl Dame Cristiim file! » 235
Dist li ors, (( por le cors saint Gile,
et grasse, et le matin il avait mangé deux belles cuisses de poulet. En ce moment il se repose, satisfait. Cependant, Brun est à la porte : « Renard, )) fait-il, « j'ai à vous parler. Je suis Brun, le messager du roi. Sortez et venez en cette clairière et vous apprendrez ce que le roi vous mande. » Renard i^ait bien que c'est l'ours, il l'a reconnu à sa démarche; il se met à réfléchir comment il pourra se défendre contre lui. « Brun, » fait Renard, « beau doux ami, celui qui vous a fait descendre ici vous a donné bien de la peine. Je devais précisément aller à la cour; mais je voulais manger auparavant d'un merveilleux mets français : je me suis déjà régalé de sept belles mesures de miel en rayons tout frais. — Nonnni Dame Chrialum file ! » dit l'ours, (c par saint Gille, ce miel,
LE PROCÈS DE RENARD
Cil miens, Renarz, dont vos abonde ?
Ce est la chose en tôt le monde Que mes las ventres pins désire.
Car m'i menez, beaus très douz sire, Por le cuer bien*, Dieus,.moie conpe!)) Et Renarz li a fait la lonpe, Por ce qne si tost le déçoit ; El li chaitis ne s'aperçoit, l.t il li trempe la corroie 2. (( Brnns, )) dist Renarz, a se je sa voie Qne je trovasse en vos fiance, Et amistié et aliance.
Foi qne je doi mon fil Rovel, De cest bon miel frès et novel Vos empliroie encui le ventre.
Ça, en dedenz, si que l'on entre El bois Lanfroi le forestier....
Mais ce que vaut? ce n'a mestier; Car se je ore 0 vos aloie.
Et de vostre aise me penoie, Tost me ferliez maie part.
Renard, d'où vous eu vient une telle abondance? C'est la chose du monde entier que mon pauvre ventre préfère ; menez-y moi, beau très doux sire, pour le cœur bien, Dieu! 7nea culpa ! )) Renard lui fait une grimace, en voyant qu'il l'a si facilement trompé; mais le malheureux ne voit rien, et Renard lui prépare un tour : « Brun, » lui dit-il, « si je savais trouver en vous bonne foi, amitié et alliance, foi que je dois à mon fils Rouvel, je vous emplirais aujourd'hui le ventre de ce bon miel frais et nouveau. Ici près, à l'entrée du bois de Lanfroi le forestier.... Mais à quoi bon? c'est inutile, car si j'allais maintenant avec vous, me peinant de vous faire plaisir, vous m'en auriez vite mal récompensé.