VILLEHARDOUIN
« La quatrième croisade a inspiré l'œuvre capitale de l'iiistoire française du moyen âge, la Conquête de Comlanlinoplr , de Jofroi de Villehardouin, maréchal de Champagne, né vers 1165, à Villehardouin (Aube), devenu, après la conquête de l'empire grec, seigneur de Messinople en*Thrace (1207), et mort avant 1215. Villehardouin raconte avec ordre et clarté les grands événements auxquels il prit une part considérable,
HISTOIRE
depuis la prédication de la croisade, en 1198, jusqu'à la mort de son patron, le marquis Boniface de Montferrat, en 1207; son œuvre est brusquement interrompue; la mort, sans doute, l'empêcha de la continuer.... Le livre de Yillehardouin est un des plus anciens monuments de la prose française originale; il en ouvre la série aussi dignement que fait la Chanson de Roland pour la poésie, et il garde encore de l'âge précédent quelque chose du ton épique : il fait songer au Roland connue Ilérodolf? rappelle Homère. » (G. Paris, La Littéralure française (ui moyen âge, § 89.)
Le morceau que nous donnons, le récit du premier siège de Constantinople par les croisés et les Vénitiens, a été en partie pubhé dans Ips Eilrails des Clironiqucurs français, par G. Paris et A. Jeanroy (5° éd., Paris, 1902).
Li jorz fil devisez quant ii^ se reqiieiidroient cg nés et es vaisseaiis, por prendre terre par force, o por vivre 0 por morir : et sachiez ^ que ce fu une des plus dotoses choses a faire qui onques fust. Lors parlèrent li evesque et li clergiez al pueple, et lor mostrerent qu'il fussent coules et feïst chascuns sa devise ; qu'il ne savoient quant Dieus feroit son comandement d'eus. Et il si tirent inout volentiers par tote l'ost, et mont pitosernent. ,
On fixa le jour où l'on se rassemblerait dans les navires pour prendre terre de force, que ce fût pour vivre ou pour mourir: soyez certains que ce fut une des plus redoutables entreprises (ju'on ait jamais tentées. Aussi les évoques et le clergé serm(Mmèi"(Mit la foule et lui tirent entendre que chacun devait se confesser et ju'endre ses dispositions, parce qu'ils ne savaieni pas quand Dieu ferait d'eux sa volonté. Et c'est ce qu'on fil dans tout(; l'armée bien volontiers et avec beaucoup d'attendrissement.
1. //, c'est-à-diie les Cioisés et les Vénitiens qui se trouvaient à Eseutaire (Scutari).
2. Sachiez. L;j chronique de Viilehardouin a été écrite i)our être lue à iiuute voix.