‹ Chrestomathie du moyen âgeChapitre 157 sur 245 · VILLEHARDOUIN · texte numérisé non relu

VILLEHARDOUIN

Li termes vint si corne devisé fii ; et li chevalier furent es uissiers* tuit avuec lor destriers ; et furent tuit armé, les heaumes laciez -, et h cheval covert et enselé. Et les autres genz qui n'avoient mie si grant mestier eu hataille^ furent es granz nés tuit; et les gahes* furent armées et atornees totes.

Et li matins fu beaus, un pou après le soleil levant; et li emperere Alexis ^ les atendoit a granz bataihes et a granz conroiz de l'autre part. Et on sone les huisiues; et chascune galie fu a un uissier loiee pour passer outre plus delivrement. Il ne demandent mie chascuns qui doit aler devant, mais qui ainçois puet ainçois arive. Et li chevalier oissirent des uissiers et sailhrent en la mer

Le terme fixé arriva. Les chevaliers prirent place dans les huissiers, tous avec leurs destriers ; ils étaient complètement armés, le heaume lacé; les chevaux étaient harnachés et sellés. Les autres, dont le rôle était moins important au combat, se tinrent dans les grandes nefs; toutes les galères furent armées et équipées.

C'était par une belle matinée , un peu après le lever du soleil. L'empereur Alexis attendait les croisés sur l'autre rive, avec de nombreuses troupes, ayant fait de grands préparatifs. Les clairons sonnèrent; on amarra chaque galère à un huissier, pour que le passage se fit plus facilement. Les gens ne demandèrent pas qui devait aller devant : aborde le premier celui qui le peut. Les chevaliers sortirent des huissiers et

1. Les uissiers étaient des vaisseaux de transport, dans la cale desquels on entrait directement par une porte {uis).

Page 1