GUILLAUME LE MARÉCHAL
Veez ci le roi cUEngleterre
Que la mort a mis en la some ;
Si seroit droiz qu'a si haut orne ii5
Fust fait si onoreement
Oue tote ceste povre g eut
Eussent del suen aucun bien,
Qu'il n'a mais mestier d'autre rien.
Droiz est que l'en le face ensi. » ip.o
Et Estienes li respondi
Tôt a estros : (( Beaus sire chiers,
Je n'ai voir nul de ses deniers. »
Li Mareschaus dist come bons :
(( Sire, se vos n'avez des sons, i25
Ja avez vos des voz assez,
Qii'entor lui avez amassez.
Par lui avez eu maint jor
Mainte richece et mainte onor. »
Il dist : (( Mareschaus, ce n'est riens. i3o
Je n'ai ne des sons ne des miens
Dont il me puisse sovenir;
A tant vos en poez tenir. »
Ensi fu, ensi l'estut faire
De deniers, car en son afaire i35 Les ot cil muciez et repoz
le roi d'Angleterre qui est mort; il serait juste qu'à un liomine si puissant on fit tant d'honneur que toutes ces pauvres gens emportassent quelque chose de son bien, car il n'a plus besoin d'autre cliose. Il convient qu'il en soit ainsi. » Etienne lui répondit aussitôt : « Beau cher seigneur, je n'ai pas un de ses deniers. » Le Maréchal reprit bonnement : « Messire, si vous n'en avez pas des siens, vous en avez beaucoup des vôtres, que vous avez amassés à son service; vous avez sans cesse reçu de lui richesses et honneurs. — Maréchal, c'est iimtile; je n'ai ni des siens ni des miens dont je puisse me souvenir; vous pouvez vous en tenir là. » Il en fut ainsi, il le fallut bien, au sujet des deniers, car celui
IIISTOIUE
Qui respoiidi par iléus moz.
Eiisi fil que failli avoir A celui qui tôt sout avoir:
liQ pot a son besoing chevir ; î4o
Neqiiedent ne l'en vont oïr ;
Ne li povre de mainte vile,
Dont il i ot bien quatre mile,
Ne prirent rien fors le musage,
Deceû furent par l'usage, 145
Qu'on suent as rois en tel afairc
Départies et granz biens faire.
Mais quant li baron venu furent
A lor seignor, si come il durent,
Grant hautece et onor li firent ; sSo
De son régal le revestirent.
Qu'il ert rois enoinz et sacrez,
Selon lois et selon decrez.
Puis le portèrent de Chinon
Li Mareschaus et li baron i55 En lor cous jusqu'à Fontevraiit'.
qui répondait ainsi avait eu soin de les bien cacher. Il arriva donc que l'argent manqua à celui qui avait tout possédé; ses besoins ne purent être satisfaits, et malgré cela le sénéclial ne voulut rien entendre. Et les pauvres accourus de toutes parts, au nombre d'au moins quatre mille., n'eurent rien que la vaine attente. Ils avaient été trompés par l'usage, car on a l'habitude, de faire à la mort des rois des distributions et de grandes aumônes.
Quand les barons furent arrivés autour de leur souverain, ils 'lui rendirent les grands honneurs qu'ils lui devaient. Ils le revêtirent de ses ornements royaux, car il avait été oint et sacré roi suivant les lois et les décrets. Ensuite le Maréchai et les seigneurs le portèrent de Chinon sur leurs épaules jusqu'à Fontevrault.
1. L'abbaye mixte de Fontevrault (Maine-et-Loire) était une do; l)lub célèbres. On y voit encoi e aujourd'hui le tombeau de Henri 11.
HT