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Li Temples, l'ordre du Temple

VIE DE SAINT LOUIS

eus, si ferirent des espérons qui plus plus et qui mieus mieus, et chacierent les Turs qui s'en fuioient devant eus tout par mi la vile de la Massoure jusques ans chans par devers Babiloine*. Quant il cuidierent retourner arieres, li Turc leur lancierent très et mairrien par mi les rues, qui estoient estroites. La fu mors li cons d'Artois, li sires de Couci que l'on apeloit Raoul, et tant des autres chevaliers qu'il furent esmé a trois cens. Li Temples, ainsi come li maistres ^ le me dist depuis, i perdi quatorze vins ^ omes armés et tous a cheval.

Je et mi chevalier acordames que nous irions sus courre a pluseurs Turs qui charjoient leur harnois a main senestre en leur ost et leur courûmes sus. Endementres que nous les chacions par mi l'ost, je regar-

devaiil eux; ils piquèrent des éperons à qui mieux mieux, et poursuivirent les Turcs qui fuyaient à travers la ville de Mansourah, jusque dans la plaine du côté du Caire. Quand ils voulurent revenir en arrière, les Turcs leur lancèrent des poutres et des solives à travers les rues étroites. Là furent tués le comte d'Artois, le sire de Couci, nommé Raoul, et tant d'antres chevaliers qu'on en estima le nombre à trois cents. Le Temple, comme le maître me l'a dit depuis, y perdit cent quatre-vingts hommes armés, tous à cheval.

Mes chevaliers et moi nous décidâmes que nous courrions sus il quelques Turcs qui chargeaient leurs hagages, sur notre gauche, dans leur camp, et nous nous jetâmes sur eux. Pendant que nous les poursuivions à travers le camp, j'aperçus

1. « Liahylone d'Egypte était le nom qu'au moyen âge on donnait communément au Caire ; cependant les auteurs tout à fait précis en font deux localités et semblent entendre par Babylone un faubourg du Caire. » (G. Paris et Jeanroy, Extraits des Chroniqueurs français. p. 130.)

2. Le grand-maître du Temple était alors Guillaume de Sonnac.

3. On comptait beaucoup par multiples de vingt au moyen âge. Nous n'avons gardé de cet usage que quatre-vingts. De là aussi le nom de l'hospice des Quinze-vingts, c'est-à-dire des trois cents aveugles.

4. Le camp des Sarrasins était en face de celui des Croisés, sur la rive opposée, en aval du gué.

HISTOIRE

dai un Sarrazin qui mont oit seur son cheval, et uns siens chevaliers li tenoit le frein. La ou il tenoit ses deus mains a sa sele pour monter S je li donai de mon glaive ^ par dessous les aisseles et le jetai mort. Et quant ses chevaliers vit ce, il laissa son seigneur et son cheval, et m'apoia, au passer que je fis, de son glaive entre les deus espaules et me coucha seur le col de mon cheval, et me tint si pressé que je ne pouoie traire m'espee que j'avoie ceinte, si me convint traire l'espee qui estoit a mon cheval 5, et quant il vit que j'oi m'espee traite, il tira son glaive a lui et me laissa.

Quant je et mi chevalier venimes hors de l'ost aus Sarrazins, nous trouvâmes bien sis mile Turs, par esme, qui avoient laissiees leur herberges et s'estoient trait aus chans. Quant il nous virent, il nous vindrent sus courre, et ocirent mon seigneur Hugon de TilchasteH, seigneur

iHi Sarrasin qui montait sur son cheval ; un de ses chevaliers lui tenait la bride. Au moment où il avait ses deux mains à la selle pour monter, je lui donnai de ma lance par-dessous les aisselles et le renversai mort. A cette vue, le chevalier laissa son seigneur et m'appuya, au moment où je passais, sa lance entre les deux épaules et me coucha sur le cou de mon cheval, me tenant si pressé que je ne pouvais tirer Tépée ceinte à mon côté, et qu'il me fallut prendre celle qui était attachée- à la selle de mon cheval. Quand le Turc vit que j'avais tiré mon épée, il ramena sa lance à lui et me laissa.

Quand nous arrivâmes, mes chevaliers et moi, hors du camp dos Sarrasins, nous trouvâmes au moins six mille Turcs, à ce (ju'il nous sembla, qui avaient quitté le camp et étaient rruiiis daus la cain{>a<iiie. Dès ((u'ils nous aperçun^iiL ils couriirenl à nous, et luôi'cnl iiiessire Ilu^^ues de Til-Cliàtel, sei-

1. L'homme pesamment armé avait iH'soin de ses deux mains pour grimper sur sa selle, et il fallait qu'on tint son cheval.

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