‹ Chrestomathie du moyen âgeChapitre 182 sur 245 · Guillaume de Dampierre, comte de Flandres · texte numérisé non relu

Guillaume de Dampierre, comte de Flandres

ME DE SA1>*T LOUIS

de Valeri revint, qui blasina le roi et son conseil de ce qu'il estoient en demeure ; après tous ses consens li loua qu'il se traisist seur le tlun aussi conie li sires de Valeri li avoit loué. Et maintenant li conestables, mes sires Humbers de Beaujeu, vint a lui et li dist que li cous d'Artois ses frères se defendoit en une maison a la Massoure, et qu'il l'alast secourre. Et li rois li dist : (( Conestables, alés devant, et je vous sevrai. )) Et je dis au conestable que je seroie ses chevaliers, et il m'en mercia mout. iNous nous meïmes a la voie pour aler a la Massoure. Lors vint uns sergens a mace au conestable, tous efïreés, et li dist que li rois estoit arestés et li Tun. s'estoient mis entre lui et nous. Nous nous tournâmes, et veïmes qu'il en i avoit bien mil et plus entre lui et nous, et nous n'estions que sis. I. ors dis j'au conestable : (( Sire, nous n'avons pouoir d'aler au roi par mi cesle gent, mais alons amont, et metons cest fossé que vous veés devant vous entre nous et eus, et ainsi pourrons revenir au roi. )) Ainsi corne je le louai li conestables le

Valeri, qui blâma le roi et son conseil de ce qu'ils n'avançaient pas; alors le conseil tout entier eiigaf,^ea le roi à se dirip^er vers le fleuve comme messire Jean de Valeri le lui avait conseillé. A ce moment le connétable, messire Iluinbert de Beaujeu, vint à lui et lui dit que le comte d'Artois son frère se défendait dans une maison à Mansourali, et (ju'il fallait aller à son secours. Le roi lui répondit : « Connétable, allez devant, et je vous suivrai. » J'olfris au coiim'tabk d'être son chevalier, et il m'en remercia vivement. Nous nous mîmes en route pour aller à Mausourali. Mais bientôt un sergent à masse vint au connétable, tout troublé, et lui dit que le roi était arrêté et que les Turcs s'étaient mis entre lui et nous. Nous nous retournâmes et nous vîmes qu'il y en avait bien un millier et plus entre lui et nous, et nous n'étions que six. Alors je dis au connétable : « Sire, nous ne pouvons pas rejoindre le roi à travers ces gens, mais allons en amont, et mettons ce fossé que vous voyez devant vous entre nous et eux, et ainsi nous pourrons revenir au roi. » Le connétable

CHKESTO-MATHIE

HISTOIRE

fist. Et sachiës que s'il se fussent pris garde de nous il nous eussent tous mors; mais il entendôient au roi et ans autres grosses batailles, par quoi il cuidoient que nous fussons des leur.

Tandis que nous revenions aval par dessus le flun, entre le ru et le flun, nous veïmes que li rois estoit venus seur le flun, et que li Turc en amenoient les autres batailles ferant et bâtant de maces et d'espees, et firent flatir toutes les autres batailles avec la bataille le roi seur le flun. La fu la desconfiture si grans que pluseur de nos gens recuidierent passer a nou par devers le duc de Bourgoigne, ce qu'il ne peurent faire, car li cheval estoient lassé et li jours estoit eschaufés, si que nous voiions, endementres que nous venions aval, que li fluns estoit couvers de lances et d'escus et de chevaus et de gens qui se noioient etperissoient.Nous venimes a un poncel qui estoit par mi le ru, et je dis au conestable que nous demourissons pour garder cel poncel : (( Car se nous le laissons, il ferront seur le roi par deçà, et se

fit ce que je conseillais. Sachez que si les Turcs avaient pris garde à nous, ils nous auraient tous tués; mais ils étaient occupés après le roi et après les autres gros bataillons, c'est pourquoi ils croyaient que nous étions des leurs.

Tandis que nous redescendions le long du fleuve, entre celui-ci et le ruisseau, nous vîmes que le roi était venu au fleuve, et que les Turcs chassaient devant eux tous les bataillons, à grands coups de masses et d'épées, et les rejetaient sur celui du roi au bord du fleuve. Alors la décontitui'c fut •telle (pie plusieurs de nos gens voulurent repasser le tleuve à la nage poui' rejoindre le duc de Bourgogne, mais ils ne purent le faire, parce (juc; les chevaux étaient las, et que l'on était en pleine chaleur, de sorte que nous voyions, en revenant en aval, le lleuve couvert de lances, d'écus, de chevaux et de gens qui se noyaient. Nous arrivâmes à un petit i)ont sur le ruisseau, et je proposai au connétable de nous y arrêter po^r le garder; « car, si nous le laissons, ils attaquer(»nt le roi de ce côté, et si nos gens sont assaillis de deux

VIE DE SAINT LOUIS

nosire geiit sont assailli de deiis pars, il pourront bien perdre. » Et nous le feïmes ainsi. Et dit l'on que nous estions trestuit perdu dès cele journée, se li cors* le roi ne t'ust^; car li sires de Courtenai^ et mes sires Jehans de Seillenai* me contèrent que sis Turc estoient venu au frein le roi et l'en menoient pris, et il tous sens s'en délivra ans grans cous qu'il leur doua de s'espee ; et quant sa gent virent que li rois metoit défense en lui, il prirent cuer, et laissierent le passage deu flun pluseur d'eus et se traistrent vers le roi pour lui aidier.

A nous tout droit, qui gardions le poncel, vint li cous Pierres de Bretaigne^, qui venoit tout droit devers la Massoure, et estoit navrés d'une espee par mi le visage si que li sans li cheoit en la bouche ; seur un bel cheval bien fourni seoit, ses renés avoit getees seur l'arçon de sa sele et le tenoit a ses deus mains, pour ce que sa

côtés, ils pourront bien être défaits. » Nous le fîmes ainsi. Et l'on dit que nous étions tous perdus dès ce jour si le roi ne s'était trouvé là en personne; car le sire de Courtenay et messire Jean de Seignelai me racontèi-ent que six Turcs avaient pris la bride du roi et remmenaient prisonnier, et qu'il s'en débarrassa tout seul à grands coups d'épée, et que quand ses gens virent qu'il se défendait ils reprirent courage, et plusieurs d'entre eux renoncèrent à passer le fleuve et vinrent au roi pour le secourir. Pendant que nous gardions le pont, le comte Pierre de Bretagne, venant directement de Mansourah, se dirigea sur nous en droite ligne; il était blessé d'un coup d'épée à travers le visage, et le sang lui coulait dans la bouche; il était sur un beau cheval vigounuix; il avait lâché les rênes sur l'arçon de la selle, auquel il se

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