‹ Chrestomathie du moyen âgeChapitre 184 sur 245 · w<tmarhes, arr. d'Ahbovillo · texte numérisé non relu

w<tmarhes, arr. d'Ahbovillo

2. Rouelle, |)etit l)oiiclior rond dos g-ens de pied. 5. Gamboison. Cf. page 195, note 2.

VIE DE SAINT LOI IS

la ou nous estions, se moquoit a moi et me disoit : (( Seneschaus, laissons huer ceste chenaille, que, par la coife Dieu (ainsi come il juroit), encore en parlerons nous entre vous et moi de ceste journée es ctiambres des dames ^ ))

Le soir au souleil couchant nous amena li conestables les arbalestriers le roi a pié^, et s'arengierent devant nous; et quant li Sarrazin les virent mètre pié en Testrier des arbalestres^, il s'en fouirent et nous laissiorent. Et lors me dist li conestables : a Seneschaus, c'est bien fait. Or vous en alés vers le roi, si ne le laissiés ui mais jusques a tant qu'il icrt descendus en son paveillon. )) Si tost comme je vin au roi, mes sires Jehan s de Valeri vint a lui et li dist: (( Sire, mes sires de Chasteillon vous prie que vous li donés la rieregarde*. » Et li rois si fist

nous étions dans cette situation, en plaisantait et me disait : « Sénéchal, laissez crier cette canaille, car, par la coiffe de Dieu (c'est ainsi qu'il jurait), nous en parlerons encore, vous et moi, de cette journée, dans les chambres des dames. »

Le soir, au soleil couchant, le connétable nous amena les arbalétriers à pied du roi, et ils se rangèrent devant nous; f[uand les Sarrasins les virent mettre le pied sur l'étrier de leurs arbalètes, ils s'enfuirent et nous laissèrent. Alors le connétable me dit : (( Sénéchal, c'est très bien. Maintenant allez près du roi, et ne le quittez plus avant qu'il soit dans sa tente. » Sitôt que je fus près du roi, messire Jean de Valeri vint à lui et lui dit : a Sire, messire de Cliàtillon vous prie de lui donner l'arrière-garde. » Le roi la lui donna bien

1. Les dames recevaient les visites dans leurs chambres, les salles servant surtout aux réceptions d'hommes.

2. Les ^ens à pied qui étaient restés au camp, voyant le danger que courait l'armée, construisirent un pont sur le fleuve, et lorsque les Sarrasins les virent passer, ils se retirèrent.

T). Les plus grandes arbalètes se bandaient au moyen d'un étrier ■^iM- lequel on appuyait fortement le pied.

i. C'était le poste le plus périlleux. Gaucher de Chcàtillon mourut quelque temps après en défendant héroïquement le roi.

HISTOIRE

moiit voulentiers, et puis si se inist au chemin; eniementiers que nous en venions, je li Us oster son heaume et ]i baillai mon chapel de fer, pour avoir le vent. Et lors vint frère Henris de Ronai*, prevos de l'OspitaP, a lui, qui avoit passé la rivière, et li baisa la main toute armée. Et il li demanda s'il savoil nules nouveles deu conte d'Artois son frère, et il li dist qu'il en savoit bien nouveles, car il esloit certains que ses frères li cons d'Artois estoit en paradis. (( Et, sire, » dist li prevos, (( vous en aiés bon reconfort ; car si grans oneurs n'a vint onques a roi de France come il vous est avenu : car pour combatre a vos enemis avés passé une rivière a nou, et les avés desconfis et chaciés deu champ, et gaaigniés leur engins et leur herberges, la ou vous gerrés encore anuit. )) Et h rois respondi que Dieus en fust aourés de tout ce qu'il donoit ; et lors li cheoient les termes des ieus mout grosses. Quant nous venimes a la herberge, nous trouvâmes

volontiers, puis il se mit en route; pendant que nous nous en revenions, je lui fis ôter son lieaume et je lui donnai mon cliapeau de fer, pour qu'il eût de l'air. Frère Henri de Ronai, prévôt de l'Hôpital, qui venait de passer la rivière, s'approcha du roi, lui baisa la main tout armée, et lui demanda s'il savait quelque chose du comte d'Artois son frère; le roi lui répondit qu'il en savait quelque chose, car il était certain que son frère le comte d'Artois était en paradis : « Ah ! sire, » dit le prévôt, « ayez en bon réconfort, car si grand honneur n'advint jamais à roi de France qu'il vous est aujourd'hui advenu : pour combattre vos ennemis vous avez passé une rivière à la nage, vous les avez défaits et mis en fuite, et vous avez conquis leurs engins et leur campement, où vous passerez la nuit. » Le roi répondit que Dieu devait être adoré pour tout ce qu'il lui donnait, et de grosses larmes lui tombaient des yeux.

Quand nous arrivAmes au camp, nous vîmes les Sarrasins

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