On appoia, on entassa. — 2. Au voir dire, à vrai dire
3. Aymerif/ot MarcfuKs ou Mnrchetz, fils d'un chevalier limousin, l'ut un des i)lus fameux routiers. Né vers 1550, il fut en 1591 décapité, puis écartelé, « et chascun des quartiers mis et levé sur une estaclie (poteau) aux quatre souveraines portes de Paris. » — i. Le château d'Aloise (Aleuze, dans le Cantal) appartenait à l'évêque de Clermont. Aymerigot, à la tête de onze compagnons, s'en était emparé en tuant par surprise le portier, assis sans défiance devant sa porte. Il le rendit contre argent, le 50 novembre 1587, à Jean d'Armagnac. — 5. Ne, et. — 6. Cremu, craint. — 7. Doublés, craint. — 8. Costé, parti. — 9. Toiisdis, toujours. — 10. Pactis, conventions, i)ar lesquelles les gens du pays se rachetaient du pillage.
FKUISSART
valoient plus de vingt mil frans par an. Si* estoit Irisles et pensis quant il regardoit a son estât, comment il se deduiroit-; car son trésor il ne vouloit point amendrir, et si avoit appris ^ a veoir tous les jours nouveaulx pillages et nouvelles roberies*, dont il avoit a parçons^ du butin, et il veoit que a présent cil prouffis luy estoit clos, et disoit, ymaginant ainsi en son courage^, que trop tost il s'estoit repentis de bien faire et de pillier et de rober en la manière que devant il taisoit et avoit fait. Tout considéré, c'estoit bonne vie. A la fois il se devisoit aux compaignons qui luy avoient aidié a mener celle ruse et disoit : « Il n'est temps, esbatemens, or, argent, ne gloire en ce monde, que de gens d'armes et de guerroier ainsi que par cy devant avons fait. Comment estions nous resjouï quant nous chevauchions a l'aventure, et nouspouyons trouver sur les champs ung riche abbé, ou ung riche prieur, ou ung riche marcheant, ou une route ^ de mullels de Monpellier, de Nerbonne, de Limons, de Fougas^, de Beziers, de Carcassonne ou de Thoulouse, chargiés de draps d'or ou de soye de Bruxelle ou de Moustierviller et de pelleterie venant des foires du Lendit** ou d'ailleurs, ou d'espiceries venans de Bruges, ou d'autres marchandises venans de Damas ou d'Alexandrie! Tout estoit nostre, ou raençonné a nostre voulenté. Tous les jours nous avions nouvel argent. Li villain d'Auvergne et deLimosin nous pourveoient et amenoient en nostre chastel les blés et la farine, le pain tout cuit, l'avoine pour les chevaulx et la httiere, les bons vins, les buefs, les moutons, les brebis, tous gras, et la poulaille et la vollaille. Nous estions estoffé comme
1. Si, aussi. — 2. Se deduiroit, prendrait du l)on temps. — 3. Avoit appris, s'était accoutumé. — 4. Roberies, vols. — 5. A parçons, en partage. — 6. Courage, cœur. — 7. Cette ntse, ce genre de vie (terme de vénerie). — 8. Route, troupe. — 9. Fougas, Le Fougat (Haute-Garonne). — 10. Moustiervilter, Montivilliérs (Seine-Inférieure). — 11. Lendit. Cf. page 3.
HISTOIRE
roy. Et quant nous chevaulchions, tous li pays Irembloit devant nous; tout estoit nostre, allant et retournant. Gomment prinsmes nous Cariât*, moy et li bourcs^ de Compaigne^? Comment prinsmes nous CaluseH. moy et Perrot le Bernois^? Comment eschiellasmes ^ nous, vous et moy, sans autre ayde, le chastel de MerqueP, qui est au conte daufQn^? Je ne le tins que cinq jours, et si en reçus sur une table cinq mil frans, et encores en quittay jou mil pour l'amour des cnfans du conte dauffm. Par ma foy, ceste vie estoit bonne et belle. Et me tiens pour trop deceus de ce que j'ay rendu ne vendu Aloise, car il faisoit a tenir ^ contre tout le monde, et si*^ estoit, au jour que je le rendy, pourveûs de toutes nécessités pour vivre et tenir sans estre raffreschis d'autres pourveances pour sept ans. Je me tiens de ce conte d'Ermignach ** pour trop villainement deceus. Olimbarbe et Perrot le Bernois me disoient bien que je m'en repentiroie. Certes, de ce que j'en ay fait je m'en repens trop grandement. »
Quant li compaignon, qui povre estoient et qui servi avoient Aymerigot Marcel, ouïrent dire et mettre avant telles paroles, il veoient que il luy anoioit et que il parloit de bon cuer et tout acertes*^. Si ** lui disoient : (( Aymerigot, nous sommes tous prest a vostre commandement. Si renouvelons guerre, et advisons quelque bon fort en Auvergne ou en Limosin, et le prenons et fortetions. Et par ainsi nous aurons tantost recouvré tous nos dommages, et si fait si bon et si bel voler en Auvergne et en Limosin que meilleur n'y peult faire; car
1. Catiat (Cantal). — 2. Boiirc, bâtard. — 5. Compaù/ne (Béarn). — A. Calnsc'lj Chalusset (Haute- Vienne). — 5. Perrot le Bernois^ Pierre le Béarnais. — 6. Esehieiler, escalader. — 7. Mer(i/fel, Mercœiir (llaute-Loire). — 8. Co7tte dauffm^ Béraud II, daui)liin d'Auvergne, comte de Clerniont et seigneur de Mercœur. — 9. // faisoit a tenir^ il était en état de tenir. — 10. S/, aussi. — 11. Conte d'Ermiqnach. Cf. page 246, note 4. — 12. Clin Barbe était un l'outier. — 15. Acertes, sérieusement. — 14. Si, alors. — 15. Voler, faire du butin.
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premièrement li contes claiiflins et messires lliiës* sou frère sont hors du pais, et pkiseur chevalier et esciiier en leur compaignie ou voyage de Barbarie 2; et par especial H sires de Coucy^, qui est regars* souverains de par le roy es marches de par deçà, est ou dit voiage. De lui n'avons garde, ne du duc deBerry; car celui la se tient a Paris et la se donne du bon temps. — Je ne sçay, )) dist Aymerigot, (( mais je suis en bonne voulenté, réservé ce que ^ on m'a par mos exprès enclos en la chartre^de la trieve. » A ce respondirent li compaignon : « Que de ce'? Or la tendres vous se vous voulés. Vous n'estes bonis en riens au roy de France, si ne luy devés foy ne obéissance. Vous estes homs au roy d'Angleterre, car vostre héritages, liqueus cstoit tous peraus et destruis, siét en Limosin^; et se nous faisons guerre pour vivre, car vivre nous fault, ja les Anglois pour ce ne nous en sçavront mauvais gré, mais se trairont tantost ceulx qui gaaingnier vouldront aveuc nous. Et si avons cause et title^ assés pour taire guerre maintenant; car nous ne sommes pas tout payé des pactis*^ qu'on nous doit en Auvergne. Nous manderons auxvillains des villages, mais que** nous aions trouvé fort pour nous tenir, que il nous paient; autrement nous leur ferons guerre. — Oravant*^! » dist lors Aymerigot. « Ou nous pourrons nous a ce commencement logier pour nous recueiUir*'? » La en y eut aucuns qui respondirent et dirent ainsi : a Nous sçavons ung fort desemparé ** sur l'héritage du seigneur de la Tour*"^, que nuls ne garde. Traions nous*^ la tout
1. Iluës, IIuf,mes, frère do Béraud li. — 2. Barbarie. II s'agit d'une expédition contre les pirates des côtes barbaresques (1590). — 3. Engiierrand VII, sire de Coiici, comte de Soissons. — 4. Regars, gouverneur. — 5. Réservé ce que, sauf que, si ce n'était que. — 6. Chartre, charte (cariida) et aussi prison (carcerem). — 7. Que de ce? Qu'estce que cela? — 8. Le Limousin appartenait alors à l'Angleterre. — 9. Title, titre. —10. Paciu. Cf. page 246, note 10. — 11. Mais que, pourvu que. — 12. Avant., en avant. — lo. Recneif/ir, réunir. — 14. Desemparé, qui n'est plus fortifié. — 15. Latour (Puy-de-Dôme.) - 16. Traions nous, dirigeons-nous.
HISTOIRE
preinieremenl et le fortetions. Et quant iorteiié l'avrons, nous le garnirons; et courrons legierement* et a nostre aise en Auvergne et en Limosin. — Et ou gist cist fors ? )) dist Ayinerigot. « A une lieue près de la Tour, )) dirent cil qui le congnoissoient et qui ja ainsi l'avoient annoncié, a et le nomme on la Roche de Vendaix. — Par ma foy, )) dist Aymerigot, ((vous dittesvray; la Roche est uns drois^ Heus pour nous, et est tenue la terre ou il siét, quoyque pour le présent il soit desemparés, des arrière fiefs de Limoges, et nous Tirons veoir, et si le prendrons et fortetlerons. »
Ainsi sur ce propos il se fondèrent^ et conclurent. Et ung jour se cueillirent * tous ensemble et s'en vindrent a la Roche de Vendaix. Quant Aymerigot fut la venus, de rechiefil le voult^ encores adviserpour recongnoistre et Yeoiv se leur paine y seroit employée ^ du fortefier; et quant il l'eut bien advisé, environné et conceû' toutes les gardes et les deffenses, si lui pleut encores mieulx et plus grandement que devant. Si le prindrent de fait et de force, et petit a petit le remparerent et fortiiîerent avant qu'il courussent ne feïssent nulles contrariétés sur le pais. Et quant il virent qu'il estoit fort assés pour tenir contre siège et assault, et que tous li compaignon furent monté et pourveû, commencierent a courir sur le païs, a prendre prisonniers et a raençonner, et a pourveoir leur fort de chars, de vin et de sel, de fer et d'acier, et de toutes choses qui leur pouoient besongnier**; ne riens n'estoit qui ne leur venist a point, s'il n'estoit trop haulx ou trop partons^. Li pais de la environ et les bonnes Kens, qui cuidoient estre en pais
1. Legiercment^ facilement. — 2. Drois, bon, convenable. — 5. Se. fondèrent^ s'arrêtèrent. — 4. Se cueillirent^ se réunirent. — T^. Votdl, voulut. — G. Employée, bien employée. — 7. Environné cl ( (mccii. examiné tout autour et reconnu. — 8. Qni lenr ponoient ùcso?((jnier, dont ils pouvaient avoir besoin. — 9. Parf'ons, profond.
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el en repos parmy* la trieve qui esloit donnée entre les roys 2 et les royaulmes, se comencierent a esbahir; car ces pillars et robeours^ les prenoient en leur maisons et partout ou il les pouoient trouver, aux champs et aux labourages ; et se nommoient les Avantureus.
1. Pannij, par le moyen de, grâce à. — 2. Les roys de France et a'Angleterre. — o. Robeours^ voleurs.