LE QUADRILOGUE INVECTIF
Alain Charlier, né à Bayeux, vers 1592, mort vers 1452, fut un poète et surtout un prosateur de grand talent, qui exerça sur la génération à laquelle il appartenait et celles qui suivirent une influence considérable. On l'a surnommé, non sans raison, « le père de l'éloquence française ». Il a essayé, en elfet, de reproduire en français les tournures, les mouvements et le style de l'éloquence latine, et en même temps il a mis ses discours au service de sentiments très élevés et surtout d'un patriotisme ardent et clairvoyant. — Dans le Quadrilogue invectif, écrit vers 1422, il suppose qu'il voit en songe la France se plaindre des vices, de l'inaction et des discordes de ses trois enfants, les trois ordres de l'État, Noblesse, Clergé et Peuple. Chacun de ceux-ci se défend en accusant les autres; leur mère leur donne tort à tous trois et les invite à s'unir et à retrouver les vertus de leurs ancêtres. Voici un fragment de la lamentation de Peuple, que l'auteur nous montre ^( en vil habit, renversé sur la terre, plaintif et langoureux ». Nous avons revu sur les manuscrits le texte des éditions des xvi^ et xvn^ siècles (la dernière est celle d'A. Duchesne, 1617).
« Ha! inere jadis abondant et plantureuse de prosperitez, et ores angoisseuse et triste du déclin de ta ligniee, je reçoy bien en gré ta correction, et cognois que tes plaintes ne sont point desi^aisonnables ne sans cause. Mais trop m'est amere desplaisance que j'aye de ce mcschief la perte et la reproche ensemble, et que m'en doyes*