‹ Chrestomathie du moyen âgeChapitre 203 sur 245 · PASTOURELLE · texte numérisé non relu

PASTOURELLE

La Pastourelle est une chanson, à formes très variées, dans laquelle le poète, presque toujours un chevalier, fait part de sa rencontre dans la campagne avec une jeune bergère (pastourelle), et de son entretien avec elle. Il nous reste une centaine de pastourelles des xii'^ et xni** siècles, publiées par K. Bartsch : Altfranzôsisc/ie Uomanzen und Pastourellen (Leipzig, 1870, in-8''). La suivante est du comte Jean de Brienne, qui fut roi de Jérusalem de 1210 à 1225, puis empereur-régent de Constantinople depuis 1251 jusqu'à sa mort en 1257.

Par dessoz l'ombre d'un bois Trovai pastore a mon chois; Contre iver ert bien garnie La tosete o les crins blois.

Quant la vi senz compaignie, 5 Mon chemin lais, vers li vois. Aé î

La tose n'ot compaignon Fors son chien et son baston; Por le froit en sa chapete

Je vis au bord d'un bois une pastoure à mon goût. La fdlette aux cheveux blonds était bien protégée contre le froid. Lu voyant seule, je quittai mon chemin et me dirigeai vers elle. Aé!

La jeune fille n'avait d'autre compagnon que son chien et son bâton. A cause du froid, elle s'était enveloppée dans sa

POÉSIE LYRIQUE

Se tapist lez un buisson; to Eu sa lleùte regrete Garinet et Robeçon*. Aél

Quant la vi, sotainement Vers li tor et si descent;

Si li dis : (( Pastore amie, i5 De bon cuer a vos me rent : Faisons de fueille corline, S'amerons mignotement. » Aéî

({ Sire, traiez vos en la»

Car tel plait oï je ja. 20

Ne sui pas abandonee

A chascun qui dit : « Yien ça. ))

Ja por vo^ sele dorée

Garinez riens n*i perdra. )) Aé!

chape, assise derrière un buisson. Sur sa flûte elle chantait Garinet et Robichon. Aé!

Dès que je la vis j'allai vers elle, je descendis de cheval et lui dis : a Pastourelle, mon amie, je me rends à vous de bon cœur. Faisons-nous un pavillon de feuillage et nous nous aimerons gentiment. » Aé !

(( Seigneur, retirez-vous arrière, car j'ai déjà entendu pareil discours. Je ne suis pas abandoniiée à tous ceux qui disent : (( Viens ici ! » Ce n'est pas pour votre selle dorée que Garinet y perdra rien. » Aé!

1. Garin et surloul Robert, dont Robin et Robeçon sont des dimi niitifs, sont deux noms de bergers traditionnels dans la pastourelle.

2. Vo est une forme dialectale de vostre, que nous avons con- S(M^vée pour la mesure du vers. Il en est de même de mi pour moi, au vers 48.

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