‹ Chrestomathie du moyen âgeChapitre 82 sur 245 · Le sens exact de ce mot est inconnu · texte numérisé non relu

Le sens exact de ce mot est inconnu

3. « Le jeu des tables, à peu près pareil à celui du trie-trac, est un héritage de l'antiquité. Le jeu des échecs, au contraire, n'a pas été connu du monde classique. On ne sait pas au juste à quelle époque il passa, par l'intermédiaire des Arabes, de Perse en Occident; ce fut sans doute au ix' siècle. On sait que Ilaroun al Raschid avait envoyé à Charlemagne un jeu d'échecs magnifique; on croit en conserver une pièce à la Bibliothèque nationale. Les échecs furent au moyen âge, surtout du xi* au xiir siècle, l'objet d'une véritable passion; le jeu d'échecs occupe ime place importante dans plusieurs chansons de geste. On y jouait de l'argent; aussi ce jeu fut-il souvent condamné par l'Eglise. La façon de jouer et la marche des pièces n'étaient pas tout à fait les nôtres; elles étaient plus simples. » (G. Paris, Extraits de la Chanson de Roland, note 10.)

A. Les Français n'avaient que des sommiers et des mulets parce qu'ils étaient en pèlerinage. Cf. page 49, note 1.

LE PÈLERINAGE DE CHARLEMAGNE

A lor ostels les meinent conreder gentement.

Charles vit lo palais e la richece grant * ;

Ad or fin sont les tables, e chadiedres e banc. 45

Li palais fut listez d'azur e d'adimant*

Par molt chieres peintures a bestes e serpenz,

A totes créatures ed ad oiseîs volanz.

Li palais fut voltiz e dessoure clodanz,

E fut faiz par compas e serrez noblement, 5o

L'estache del mi lieu neielede d'argent.

Cent colombes i at tôt de marbre en estant ;

Chascune est a fin or neielede devant...

De cuivre e de métal tresjetét un enfant :

Chascuns tient en sa boche un corn d'ivone blanc. 55

Se galerne ist de mer, bise ne altre venz,

Qui fièrent al palais dedevers occident,

robustes mulets, et les conduisent à leurs hôtels pour les y soigner. Charles voit la salle et toute sa splendeur : les tables, les sièges, les bancs sont d'or fin; sur les murs, des bordures d'azur et d'aimant encadrent de précieuses peintures représentant des bétes, des serpents, des oiseaux et toutes sortes d'animaux. La salle est voûtée et complètement fermée par le haut; elle est construite avec beaucoup d'art et d'élégance. La colonne centrale est niellée d'argent ; autour de la salle se dressent cent colonnes de marbre, toutes niellées d'or fin sur la face antérieure; chacune porte un enfant de bronze tenant à la bouche un cor d'ivoire; si la galerne, s'élevant de la mer, ou la bise, ou tout autre vent vient frapper le palais du côté

1. Les magnificences du palais impérial de Byzance étaient réellement merveilleuses, notamment celles du Chrysotriclinium ou salle d'or : « C'était une grande salle octogone, à huit absides, où l'or ruisselait de toutes parts.... Dans le fond s'élevait une grande croix ornée de pierreries et, tout l\ l'entour, des arbres d'or, sous le feuillaf(e desquels s'abritait une foule d'oiseaux émaillés et décorés de pierres fines, qui par un ingénieux mécanisme, voltigeaient de branche en branche et chantaient au naturel.... En même temps se faisaient entendre les orgues placées à l'autre extrémité de la salle. » (Romania, IX, p. 12.)

2. Sous le norn d'adimant, aimant, on entend au moyen âge à la fois l'aimant, le diamant et des pierres précieuses mal délinies.

POÉSIE ÉPIQUE

Il le font torneier e menut e sovent

Corne ruode de char qui a terre descent;

Cil corn sonent e buglent e tonent ensement 60

Com tabors 0 toneidres 0 grant cloche qui pent;

Li uns esguardet l'altre ensement en ridant

Que ço vos fust viarie que tuit fussent vivant.

Charles vit lo palais e la richece grant,

La soe manantise ne priset mie un guant; 65

De sa moillier li membret quemanaciedeout tant*.

(( Seignor, )) dist Charlemagnes, « molt gent palais at ci. Tel nen out Alixandres, ne li vielz Costentins, Ne n'ont Creissenz de Rome, qui tante onor bastit.^ » E tant com l'emperedre cele parole at dit, 70 Devers les porz de mer odit un vent venir.

d'occident, il le fait tourner d'un mouvement continu, comme la roue d'un char qui descend une pente; les cors sonnent et trompent et tonnent comme des tambours ou des tonnerres ou de grandes cloches qui se balancent ; et les enfants se regardent en riant, si bien que vous les croiriez tous vivants. Charles, voyant la salle et toute sa splendeur, n'a plus que du mépris pour sa propre richesse; et il lui souvient de sa femme qu'il a tant menacée.

IV. — « Seigneurs, » dit Charlemagne, « voici une bien belle salle : Alexandre n'en eut pas une pareille, ni le vieux Constantin, ni Croissant de Rome, qui bâtit tant d'édilices. » A peine l'empereur a-t-il dit ces mots qu'il entend un vent venant du côté de la mer; la bise vient bruyante vers le pa-

Page 1