‹ Chrestomathie du moyen âgeChapitre 90 sur 245 · LE COURON^^EMENT DE LOUIS · texte numérisé non relu

LE COURON^^EMENT DE LOUIS

(( Se tu dois prendre, beaiis fiz, de faus loiers, Ne desmesure lever ne esaucier, Faire luxure ne alever pechié,

Ke oir enfant retolir le sien fié, 90

Ne veve feme tolir quatre deniers,

Ceste corone de Jesu la te vie,

Fiz Looïs, que tu ne la baillier. »

Looïs Tôt, le sens cuide changier :

N'alast avant por les membres trenchier. 95

Charles le voit, a pou n'est enragiez.

(( lia ! las ! )) dist il, a com sui mal engeigniez!

Ja en sa vie n'iert de moi avanciez.

Quin feroit roi, ce seroit granz péchiez.

Or li fesons toz les cheveus trenchier, 100

Si le metons la enz en cel mostier :

Tirra les cordes et sera marregliers,

S'avra provende qu'il ne puist mendiier. ))

Delez le roi sist Arneis d'OrliensS

IX. — « Beau fils, si tu dois prendre des salaires indus, favoriser ou protéger l'orgueil, commettre la luxure, autoriser le mal, ravir aux orphelins le fief paternel, toucher au douaire de la veuve, Louis, mon fils, cette couronne, je te défends au nom de Dieu de la porter. » Louis l'entend, il est tout hors de lui ; il n'aurait pas fait un pas, eût-on du lui couper tous les membres. Charles le voit ; peu s'en faut qu'il n'en perde le sens. « Ah ! malheureux que je suis! » dit-il, « quelle cruelle déception! Jamais de sa vie il n'aura rien de moi. En faire un roi, ce serait un grand crime. Faisons-lui couper les cheveux, enfermons-le dans cette église ; il sonnera les cloches et sera marguillier; il aura une prébende pour qu'il ne soit pas obligé de mendier. » Près du roi était assis

1. L'histoire ne fait mention d'aucun comte d'Orléans du nom d'Arneis.

POÉSIE ÉPIQUE

Oui mont par fii et orgoillos et fiers; io5

De granz losenges le prist a araisnier :

({ Droiz einperere, faites pais, si m'oiez.

Mes sire est jiienes, n'a que quinze anz entiers :

Ja seroit morz, quin feroit chevalier.

Geste besoigne, s'il vos plaist, m'otroiez, iio

Tresqu'a trois anz que verrons cornent iert.

S'il vueut proz estre ne ja bons entiers,

Je li rendrai de gré et volentiers,

Et acroistrai ses terres et ses fiez. ))

Et dist li rois : <( Ce fait a otroier. » ii5

(( Granz merciz, sire, » dient li losengier

Qui parent erent a Arneïs d'Orlicns.

Sempres fust rois quant Guilleaumes i vient;

D'une forest repaire de chacier*.

Ses niés Bertrans^ li coru a l'estrier; 120 Il li demande : « Dont venez vos, beaus niés? — En nom Dieu, sire, de la enz del mostier, Ou j'ai oï grant tort et grant pechié.

Arneïs d'Orléans, baron orgueilleux et fier, qui le leurra de ces mensonges : « Juste empereur, calmez-vous et entendezmoi : mon seigneur est jeune, il n'a que quinze ans sonnés ; si on le faisait chevalier, il en mourrait. Accordez-moi, s'il vous plaît, cette charge pour trois ans, après lesquels nous verrons ce qu'il sera. S'il veut être vaillant et votre digne héritier, je lui rendrai le pouvoir avec plaisir et j'agrandirai ses terres et ses fiefs. » Le roi répond : « J'y consens volontiers. — Grands mercis, sire, » disent les perfides parents d'Arneïs d'Orléans. Celui-ci va être roi, lorsqu'arrive Guillaume. Guillaume revenait de cliasserdans la foret; son neveu Bertrand courut lui tenir l'étrier : a D'où venez-vous, beau neveu? — Par Dieu, sire, je viens de cette église, où j'ai été témoin d'un grand tort et d'un grand péché. Arneïs veut

1. Il semble singulier que, pendant que des événements si importants se passaient au palais, Guillaume fût à la chasse. Il y a probablement ici une altération du poème primitif.

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