PAU JE A N DE M E U N G
Trestuit ' trouvoient en leur terre
Quanque leur sembloit bon a querre.
Riche estoient tuit egaument,
Et s'entramoient loiaument
Les simples gens de bone vie : 5
Lors iert amours sans seigneurie.
L'uns ne demandoit riens a l'autre,
Quant Baras vint lance seur fautre
Et Péchiés et Maie aventure %
Qui n'ont de souffisance cure, 10
Orgueus qui desdaigne pareil,
Vint avec a grant apareil,
Et Convoitise et Avarice,
Envie et tuit li autre vice :
Si firent saillir Povreté 15
D'enfer, ou tant avoit esté
Tous trouvaient en leur terre
tout ce qu'il leur semblait bon à chercber.
Ils étaient riches également
et s'entr'aimaient loyalement
les gens simples et de bonne vie : 5
lors était amour sans seigneurie.
L'un ne demandait rien à l'autre,
quand Fraude vint lance sur selle,
ainsi que Péché et Maie aventure,
qui méprisent la simplicité; 10
Orgueil qui dédaigne tout ce qui l'égale
vint aussi avec grand appareil,
et Convoitise et Avarice,
et Envie et tous les autres vices :
alors ils firent sortir Pauvreté 15
de l'enfer où elle avait si longtemps été,