‹ Chrestomathie du Moyen AgeChapitre 11 sur 112 · Onor a très souvent le sens de possession noble · texte numérisé non relu

Onor a très souvent le sens de possession noble

Et le quart prestre et puis le quart mostier.

De mes estables vos doing le quart destrier;

De mon trésor vos doing le quart denier; 50

La quarte part vos otrei volentiers

De tôt l'empire que je ai a baillier.

Recevez le, nobile chevalier.

— Non ferai! Sire, Guillelmes respondié.

Je nel fereie por tôt l'or desoz ciel; 55

Que ja direient cil baron chevalier :

Vez la Guillelme, le marchis au vis lier,

Corne il a ore son dreit seignor boisié !

Demi son règne li a tôt otreié,

Si ne l'en rent vaillissant un denier; 60

Bien li a ore son vivre retaillié!

— Sire Guillelmes, dit Looïs li ber, Quant ceste onor receivre ne volez, En ceste terre ne vos sai que doner,

Ne je ne autres ne m'en sai porpenser '. 65

le quart des prêtres et le quart des moutiers ;

je vous donne le quart de ce qui est dans mes écuries,

le quart de l'argent de mon trésor. 50

Enfin de tout mon cœur, je vous octroie le quart

de tout l'empire que j'ai à gouverner.

Recevez-le, noble chevalier. —

Non certes, répondit Guillaume,

je ne le ferais pas pour tout l'or qui est sous le ciel. 55

Car tous vos barons chevaliers diraient aussitôt :

Voyez là Guillaume, le marquis au fier visage,

voyez comme il a dupé son droit seigneur!

Le roi lui a donné la moitié de son royaume,

et il ne lui donne pas en retour la valeur d'un denier ; 60

il lui a bien rogné les vivres ! —

Sire Guillaume, dit le noble Louis,

puisque vous ne voulez pas recevoir ce domaine,

je ne sais plus que vous donner en ce pays;

ni moi, ni un autre ne pourraient rien trouver. — 65

1. Le verbe s'accorde avec le pro- syntaxe actuelle celui-ci soit placé nom je, bien qu'à l'encontre de la tête.

— Reis, dit Guillelrnes, laissiez le dont ester ' A ceste feiz n'en quier or plus parler; Quant vos plaira vos me dorreiz assez, Chastels et marches, donjons et fermetez. » A ces paroles s'en est li coms torncz.

Roi, dit Guillaume, laissez tout cela,

je n'en veux plus parler pour cette fois.

Quand il vous plaira, vous me donnerez assez

de châteaux, de marches, de donjons et de forteresses.

A ces mots le comte a pris congé du roi.

ALISCANS

(xi Ie siècle)

Guillaume et Guibourg.

Guillaume, dans une bataille livrée aux Sarrasins à Aliscans, a vu mourir son neveu Vivien et la plupart des siens. Il se retire du combat, poursuivi par les enuemis, et arrive aux portes d'Orange où est sa femme Guibourg. Le portier ne le reconnaît pas sous l'armure païenne dont il est affublé; il refuse d'ouvrir et va avertir la comtesse.

« Gentilz2 comtesse, fait il, car vos hastez. La defors est uns chevaliers armez.

D'armes paienes est moût bien adobez.

« Noble comtesse, dit-il, hâtez-vous.

Là dehors est un chevalier armé; il est tout adoubé d'armes païennes,

1. Laisser ester signifie abandonner, çais, comme leurs correspondants en planter là ; littéralement : laisser cela, latin, une terminaison identique pour donc être tranquille; ester est le latin le masculin et le féminin. Cf. encore stare. aujourd'hui grand'mere, grand' 'rue, Gruit-

2. Gentil fait partie de la classe ville, Rochefort, fonts baptismaux. d'adjectifs qui avaient en ancien fran-

ALISCANS 33

Estrangcmcnt est grande sa fiertez ;

Bien resemble orne qui d'estor soit tornez, 5

Que j'ai veù ses braz ensanglentez ;

Moût par est granz sor son cheval armez,

Et dist qu'il est Guillaumes au cort nés '.

Venez i, dame, por Dieu, si le verrez. »

Ot le Guiborc, li sans li est muez; 10

Elle descent deu palais seignorez,

Vient as crestaus amont sus les fossez,

Dit a Guillaume : « Vassal, que demandez? »

Li coins respont : « Dame, la porte ovrez

Isnelement, et cel pont m'avalez, 15

Que ci m'enchauce2 Baudus et Desramez 3,

Vint mil paien a vers heames gemez.

Se ci m'ataignent, toz sui a mort livrez.

Gentilz contesse, por Dieu la porte ovrez

Isnelement, et si vos en hastez. » 20

Et dist Guiborc : « Vassal, n'i enterrez,

sa fierté est étrangement grande;

il semble bien homme qui sorte de la mêlée, 5

car j'ai vu ses bras ensanglantés.

Il est tout à fait noble en armes sur son cheval,

et dit qu'il est Guillaume au court nez.

Venez, dame, au nom de Dieu ; vous le verrez. »

Guibourg l'entend et a tout son sang tourné. 10

Elle descend du palais seigneurial,

vient aux créneaux, en haut, au-dessus des fossés,

et elle dit à Guillaume : « Vassal, que demandez-vous? — ■

Dame, répond le comte, ouvrez la porte

vite, et descendez ce pont, 15

car j'ai âmes trousses Baudus et Déramé

avec vingt mille païens aux heaumes verts et gemmés.

S'ils m'atteignent ici, c'en est fait de moi.

Noble comtesse, au nom de Dieu, ouvrez la porte,

vite, et hâtez- vous en ! — '20

Vassal, répond Guibourg, vous n'entrerez pas.

1. Il avait eu le bout du nez coupé pouvait ne s'accorder qu'avec l'un des dans un combat singulier. deux comme en latin.

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