‹ Chrestomathie du Moyen AgeChapitre 3 sur 112 · Mur, adv. du latin mulu hora, cée, avec · texte numérisé non relu

Mur, adv. du latin mulu hora, cée, avec

12 CHRESTOMATHIE Dl MOYEN \'.\

Que mi parent por uni scient blasmel, Lo

Ne France dolce ja chiedet en viltet.

Ainz1 i ferrai de Durendal assez,

Ma bone espede que ai ceinte al costet :

Tôt en vedrez lo brant ensanglentet.

Félon paien mari sont assemblet : 20

Jo vos plevis, tuit sont a mort livret. »

Compaing Rodlanz, sonez vostre olifant.

Si l'odrat Charles qui est as porz passanz ;

Jo vos plevis, ja retorneront Franc.

— Ne placet Dieu, ço li respont Rodlanz, 25

Que ço 2 seit dit de nul ome vivant

Ja por paiens que jo seie cornanz !

Ja n'en avront reproche mi parent.

Quant jo serai en la bataille grant,

Et jo ferrai e mil cols et set cenz, 30

De Durendal vedrez l'acier sanglent.

qu'à cause de moi mes parents soient blâmés, 15

et que la douce France tombe dans le déshonneur,

Non, je frapperai rudement avec Durendal,

ma bonne épée, que j'ai ceinte- à mon côté :

vous en verrez toute la lame ensanglantée.

pour leur malheur les païens félons sont rassemblés ici ; 20

je vous le jure, ils sont tous destinés à mourir. —

Ami Roland, sonnez votre olifant.

Charles l'entendra, lui qui est en train de passer les défilés ;

je vous le jure, les Français reviendront sur leurs pas. —

A Dieu ne plaise, répond Roland, 25

qu'il soit jamais dit par aucun homme vivant

que j'ai sonné du cor par peur des païens!

Jamais on n'en fera reproche à mes parents.

Quand je serai dans lu grande bataille,

et que je frapperai mille et sept cents coups, 30

vous verrez l'acier sanglant de Durendal.

1. Ainz, du lat. aitiius (lire de antr), aie 2. Ço annonce la proposition consens de avant et celui de plutôt\ c'est jonctive qui suit, que jo seic, etc. cette dernière Mgnilieation qu'il a ici.

Franceis sont bon, si ferront vassalraent.

Ja cil d'Espaigne n'avronl de mort guarani. »

Dist Oliviers : « D'iço ne saijo blasme.

Jo ai vedut les Sarrazins d'Espaigne : 35

Covert en sont li val et les montaignes,

E li larriz et trestotes les plaignes.

Granz sont les oz de celé g-ent estrange :

Nos i avoms molt petite compaigne. »

Respont Rodlanz : Mes talenz en est graindre. 40

Ne placet Dieu ne ses saintismes angeles *

Que ja por mei perdet sa valor France !

Mielz vueil morir qu'a hontage remaigne - :

Por bien ferir l'emperedre nos airaet. »

Quant Rodlanz veit que bataille serat, Plus se fait fiers que lions ne lieparz; Franceis escriet, Olivier apelat :

« Sire compaing, amis, nel direja3.

Les Français sont braves, ils frapperont vaillamment.

Ces gens d'Espagne n'échapperont pas à la mort. —

Je ne vois pas, reprend Olivier, où serait le déshonneur.

J'ai vu de mes yeux les Sarrasins d'Espagne : 35

vallées et montagnes en sont couvertes,

ainsi que les landes et toutes les plaines.

Immense est l'armée de ce peuple étranger,

tandis que nous, nous n'avons qu'une toute petite troupe. —

Mon ardeur n'en est que plus grande, répond Roland. 40

A Dieu ne plaise et à ses très saints anges

qu'à cause de moi la France perde son prix!

J'aime mieux mourir que survivre avec le déshonneur.

Qui frappe bien est aimé de l'empereur. ■

Quand Roland voit qu'il y aura bataille 45

il se montre plus fier qu'un lion ou qu'un léopard;

il interpelle par ses cris les Français et Olivier :

« Sire compagnon, ami, ne parle plus ainsi.

1. Angeles a l'accent sur la première 3. Kel pour ne /o, et emploi de l'insyllabe : an^[e)les. finitif pour l'impératif négatif.

Page 1