‹ Chrestomathie du Moyen AgeChapitre 4 sur 112 · Le subjonctif comme en latin : polms qunm rémanent · texte numérisé non relu

Le subjonctif comme en latin : polms qunm rémanent

14 CHRESTOMATHIE DU MOYEN \<-i.

Li emperedre qui François nos laissât

Itels ' vint milie en mista une part, 50

Son escientre 2, nen i out un codart.

For son seignor deit ora sofrir granz mais

Et endurer etforz freiz et granz chalz,

Sin " cleî t oui perdre del sanc et de la charn.

Fier de ta lance, et jo de Durendal, 55

Ma bone espede que li reis me donat.

Sejo i muir, dire puet qui l'avrat,

Que.ele fui a nobilie i vassal ! »

D'altre part est l'arcevesques Turpins.

Son cheval brochet, et montet unlarriz; 60

Franceis apelet, un sermon lor at dit :

« Seignor baron, Charles nos laissât ci.

Por nostre rei devoms nos bien morir.

Crestientet aidiez a sostenir.

L'empereur qui nous laissa ses Français

a mis à part ces vingt mille, 50

et, il le sait, parmi eux il n'y eut point un lâche.

On doit, pour son seigneur, souffrir grands maux,

endurer les plus rudes froids, les plus terribles chaleurs:

pour lui on doit perdre de son sang et de sa chair.

Frappe de ta lance, moi je frapperai avec Durendal, b'y

ma bonne épée que le roi m'a donnée.

Si je meurs, qui l'aura pourra dire

qu'elle appartint à un noble vassal! >•

D'un autre côté est l'archevêque Turpin.

Il pique son cheval et monte sur une lande; 60

il s'adresse aux Français et leur fait un sermon :

« Seigneurs barons, Charles nous a laissés ici.

Notre devoir est de mourir pour notre roi.

Aidez, protégez la chrétienté.

1. Itels n'est autre que tels, qui est t i F ; encore aujourd'hui a mon ici employé dernonstrativement. 3. Sin pour si en.

2. Escientre, du latin scienter, ion- 4. Nobilie, mot savant, a l'accent sur fondu avec le gérondif fuient, lat. la deuxième syllabe comme V. 50 milie scient,', qui s'employait comme les compte pour deux syllabes ; ntilje : autres gérondifs avec un détermina- nobilje.

Bataille avrez, vos en estes luit lit. 65

Car a vos uelz vedez les Sarrazins.

Clamez vos colpes, si preiez Dieu mercit :

Assoldrai vos por voz aneraes1 guarir;

Sr vos morez, vos estrez saint martir ;

Sièges avrez el graignor paredis. » 70

Franceis descendent, a terre se sont mis,

E l'arcevesques de Dieu les benedist.

Por pénitence les comandet ferir.

Franceis se drecent, si se metent sour piez.

Bien sont assoit, quite de lor péchiez : 75

E l'arcevesques de Dieu les at seigniez.

Puis sont montet sour lor coranz destriers.

Adobet sont a lei de chevaliers

E de bataille sont tuit apareilliet.

Vous allez avoir bataille, vous en êtes tous assurés, 65

car sous vos yeux vous voyez les Sarrasins.

Battez votre coulpe, demandez pardon à Dieu :

je vais vous absoudre pour le salut de vos âmes ;

si vous mourez, vous serez saints martyrs,

vous aurez place dans le grand paradis. ■ 70

Les Français descendent de cheval et mettent genou à terre.

L'archevêque les bénit au nom de Dieu.

Pour pénitence, il leur ordonne de frapper.

Les Français se relèvent, se remettent sur leurs pieds.

Ils sont absous et quittes de leurs péchés; 75

l'archevêque, au nom de Dieu, les a bénis de la main.

Ils montent ensuite sur leurs rapides destriers.

Ils sont armés à la manière des chevaliers

et sont tous prêts pour la bataille.

Mort de Roland.

La bataille a été terrible; tous les Français y <>ut péri; mais les païens, en entendant les cors de l'armée de Charle-

magne, se sont enfuis. Des deux seuls survivants de la

1. Aneme a l'acceut sur a et ne compte que pour Jeux syllabes : an ■

vaillante troupe, Turpin ef Roland, le premier ;i rendu 1 âme; Roland lui-même senl que sa dernière heure esl venue.

Ço sent Rodlanz que la mort si l'argudet, Met sei sour piez, quanqu'il puet s'esvertudetj De son visage la color at perdude.

Tient Durendal, s'espede tote nude;

Dedevant lui at une piedre brune, 5

Dis cols i Util par duel et par rancune :

Croist li aciers, ne fraint ne ne s'esgrunet;

Et dist li coins : « Sainte Marie, a'iude l!

E! Durendal, bone, si mare fustes!

Quant jo mei pert, de vos nen ai mais cure. 10

Tantes batailles en champ en ai vencudes,

Et tantes terres larges escombatudcs,

Que Charles tient, qui la barbe at chenude!

A mon vivant ne me serez tolude.

Ne vos ait om qui por altre s'en fuiet :! 15

Molt bons vassals vos at lonc tems tenude :

Ja mais n'iert tels en France la soluue. »

Roland sent que la mort le presse;

il se dresse et, autant qu'il peut, rassemble ses forces;

sur son visage il n'y a plus de couleur.

Il tient son épée Durendal, toute nue :

devant lui il y a une pierre brune; ■">

il y frappe dix coups de douleur et de colère.

L'acier grince, mais ne se brise ni ne s'ébrèche :

« Sainte Marie, dit le comte, aidez-moi!

Ah! Durendal, ma bonne épée, que vous êtes en malheur!

Puisque je me perds, je n'ai plus souci de vous. 10

J'ai avec vous gagné tant de batailles,

j'ai conquis tant de vastes pays,

que tient Charles à la barbe chenue!

Tant que je vivrai, vous ne me serez pas ravie.

Ne soyez pas à un homme qui fuie devant un autre! 15

Vous avez été longtemps possédée par un bon vassal;

jamais il n'y en aura un tel dans la libre France. »

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