GEOFFROY DE VILLEHARDOUIN
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Arrivée des croisés en vue de Constantinople.
Or poez savoir que moût esgarderent Constantinoble cil qui onques mais ne l'avoient veùe : que il ne pooient mie cuidier que si riche vile peiist estre en tout le monde, corn il virent ces hauz murs et ces riches tours dont ele eret close tout entour a la reonde, et ces riches palais et ces hautes iglises, dont il avoit tant que nuls nel ' peiist croire, se ne le veîst a l'ueil, et le lonc et le lé de la vile qui de toutes les autres eret souveraine. Et sachiez que il n'i eut si hardi cui la chars ne fremist; et ce ne fu mie merveille; que onques si granz afaires ne fu empris de nule gent puis que li monz fu estorez.
Lors descendirent a terre li comte et li baron et li dus
Or vous pouvez savoir qu'ils regardèrent beaucoup Constantinople ceux qui ne l'avaient jamais vue; car ils ne pouvaient croire qu'il pût y avoir si riche ville en tout le monde, lorsqu'ils virent ces hauts murs et ces riches tours dont elle était close tout autour à la ronde, et ces riches palais et ces hautes églises dont il y avait tant qu'aucun n'eût pu le croire s'il ne l'eût vu de ses yeux, ainsi que la longueur et la largeur de la ville qui entre toutes les autres était souveraine. Et sachez qu'il n'y en eut point si hardi à qui la chair ne frémit; et ce ne fut point étonnant, car jamais si grande affaire ne fut entreprise par personne depuis que le monde fut créé.
Alors descendirent à terre les comtes et les barons et le duc de Venise, et le parlement se tint à l'église Saint-Etienne. La fut maint avis pris et donné. Toutes les paroles qui y furent dites, le livre ne vous les contera pas, mais la fin du conseil fut telle, que le duc de Venise se dressa debout et leur dit : « Seigneurs, je connais plus que vous l'état de ce pays, car j'y ai été autrefois.