‹ Chrestomathie du Moyen AgeChapitre 66 sur 112 · I . l'our ne Ir · texte numérisé non relu

I . l'our ne Ir

de Venise; et fu li parlemenz ou moustier saint Estiene. La eut maint conseil pris et doné. Toutes les paroles qui la furent dites ne vous contera mie li livres ; mais la some deu conseil si fu leus que li dus de Venise se dreça en estant1 et leur dist : « Seigneur, je sai plus deu convinc 2 de cest pais que vous ne faites, car autre foiz i ai esté. Vous avez le plus grant afaire et le plus perilleus entrepris que onques genz entrepreïssent; pour ce si convendroit que on ouvrast sagement. Sachiez, se nous alons a la terre ferme, que la terre est granz et large, et nostre gent sont povre et diseteus de la viande3. Si s'espandront par la terre pour querre la viande; et il i a moût grant planté de la gent ou pais; si ne porrions tout garder que nous n'en perdissions. Et nous n'avons mestier de perdre; que moût avons pou de gent a ce que nous voulons faire. Il a isles ci près, que vous poez veoir de ci, qui sont habitées de genz, et labourées de blez et de viandes et d'autres biens. Alons illuec prendre part et recueillons les blez et les viandes deu pais; et quant nous aurons les viandes recueillies, alons devant

Vous avez entrepris l'affaire la plus grande et la plus périlleuse que jamais gens ont entreprise; pour cela donc il conviendrait qu'on agit sagement. Sachez, si nous allons à terre ferme, que la terre est grande et large, et nos gens sont pauvres et manquent de vivres. Aussi se répandront-ils par la terre pour s'y approvisionner, et il y a très grande quantité de gens dans le pays; aussi ne pourrions-nous faire si bonne garde que nous ne perdissions des nôtres. Et nous n'avons pas besoin d'en perdre ; car nous avons fort peu de gens pour ce que nous voulons faire. Il y a des îles ici près, que vous pouvez voir d'ici, qui sont habitées et où l'on produit du blé, des vivres et autres biens. Allons là prendre port, et recueillons le blé et les vivres du pays; et quand nous aurons recueilli les vivres, allons devant la ville et faisons -ce que Xotre Seigneur aura décidé. Car plus sûrement guerroie celui qui a des vivres que celui qui n'en a pas. » A ce conseil se

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