‹ Chrestomathie du Moyen AgeChapitre 8 sur 112 · Ellipse trèe fréquente de la con- 2. V. p, lô, n · texte numérisé non relu

Ellipse trèe fréquente de la con- 2. V. p, lô, n

jonction que devant un subjonctif su- 3. V. p. 13, n. 1.

bordonnù.

20 CHRESTOMATHIE m MOYEN A.GE

Charlemagne, accablé par 1 âge et se sentant incapable <l<soutenir plus longtemps le poids si lourd de son vaste empire, a réuni su cour plénière à Aix pour lui proposer d'élire s<.n lils Louis. La couronne est posée sur l'autel où le Pape vient de célébrer la messe, et, lorsque l'assemblée a acclamé Le futur roi, Charlemagne s'adresse au jeune prince :

« Filz Looïs, veiz ici la corone?

Se tu la prenz, emperere iés de Rome;

Bien puez mener en ost mil et cent omes,

Passer par force les eves de Gironde,

Paiene gent craventer et confondre, 5

Et la lor1 terre deis a la nostre joindre.

S'ainsi vuels faire, je te doing la corone;

0 se ce non2, ne la baillier3 tu onques.

Se tu deis prendre, bels (ilz, de fais loiers,

Xe desmesure lever ne esalcier, 10

<■ Mon fils Louis, tu vois ici la couronne?

Si tu la prends, tu es empereur de Rome;

tu peux mener en guerre cent mille hommes,

passer de vive force les eaux de la Gironde,

détruire et confondre la gent païenne, 5

et tu dois joindre leur terre à la nôtre.

Si tu veux agir ainsi, je te donne la couronne:

sinon, ne la possède jamais.

Si tu dois, beau fils, recueillir d'injustes profits,

encourager et honorer la violence, 10

1. Lor est employé ici comme pronom '2. Ellipse du verbe, comme dans lu personnel au génitif pluriel (illorum), u et moderne sinon ; l'ancien français niella terre d'eux ». On sait, du reste, <|ue tait en plus le démonstratif régime du jusqu'au xvie siècle leur est resté in va- verbe sous-entendu.

riable : Leur omis; cette valeur étvnio- 3. Infinitif négatif pour l'impératif

logique se retrouve dans Malherbe et et ici avec le pronom sujet tu. dans les écrits de la jeunesse de Racine.

Faire luxure ne alever pechié,

Ne eir enfant retolir le sien lié,

Ne veve faine tolif quatre deniers,

Geste corone de Jesu la te vie ',

Filz Lools, que tu ne la baillier -. » 15

Ot le li enfes3, ne raist avant le pie;

N'osa aler la corone baillier.

Por lui plorerent maint vaillant chevalier,

Et l'emperere fu molt grains el iriez :

« Ha! las, dist il, coin or sui engeigniez! 20

Ja en sa vie n'iert de mei avanciez.

Quin4 fereit rei, ce sereit granz péchiez.

Or li fesons toz les chevels trenchier,

Si le metons la enz en cel mostier :

Tirra les cordes et sera marregliers °, 25

S'avra provende qu'il6 ne puist mendiier. »

Delez le rei sist Arneïs d'Orliens

faire luxure et soutenir le péché,

ravir sa terre à l'enfant héritier.

dérober à la veuve quatre deniers,

de par Jésus, cette couronne, je te l'interdis;

mon fils Louis, tu ne dois pas la posséder. » \~>

L'enfant l'entend et ne bougea pas;

Il n'osa pas s'avancer pour prendre la couronne,

et maint chevalier pleura de pitié pour lui;

l'empereur en est violemment irrité et courroucé :

« Hélas! dit-il, comme je suis déçu à cette heure! 20

De ce jour je ne lui accorderai aucun honneur.

En faire un roi, ce serait grand péché.

Faisons-lui raser tous les cheveux

et mettons-le ici dans ce moutier;

il sonnera les cloches et sera marguillier; 25

il y sera nourri et n'aura pas à mendier. •>

Alors s'approcha du roi Hernaut d'Orléans :

1. Viivt. iiul. I'1 p. s. de veei (vetare). 4. Quin pour qui en; Je mime plus

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