‹ Chrestomathie du Moyen AgeChapitre 9 sur 112 · L'infinitif négatif, pour l'impératif, l'>ii>. au v · texte numérisé non relu

L'infinitif négatif, pour l'impératif, l'>ii>. au v

est employé ici avec la conjonction •">. Marregliers ne compte Jans le

que. vers <iuc pour trois Byllabes; voir, p. 8,

■'t. Enfes, avec L'accent .sur la pre- n. •>.

mière syllabe, cas sujet Uc enfant. 0. Que signifie u Je telle sorte que ».

CHRESTOMATHIE DU MOYEN \(.i

Qui molt par1 lu et orgoillos et fiers;

De granz losenges le prist a araisnier :

« Dreiz emperere, faites pais, si m'oiez. 30

Mes sire est jovenes2, n'a que quinze ans entiers,

Ja sereit mors (juin fereit chevalier.

Ceste besoigne, s'il vos plaist, ra'otreiez,

Tresqu'a treis anz que verrons cornent iert.

S'il vuelt preuz estre ne ja buens entiers, ■>■>

Je li rendrai de gré et volentiers,

Et acreistrai ses terres et ses liez. »

Et dist li reis : « Ce fait a otreier.

« Granz merciz, sire, » diënt li losengier,

Qui parent erent a Arneïs d'Orliens. 40

Sernpres fust reis, quant Guillelmes i vient;

D'une forest repaire de chacier.

Ses niés Bertrans li coru a l'estrier;

Il li demande : « Dont venez vos, bels niés?

— En nom Dieu, sire, de la enz del mostier, 45

qui était très orgueilleux et félon; il lui adressa la parole avec force fourberie : « Droit empereur, veuillez bien m'écouter. 30

Mon seigneur est jeune, il n'a que quinze ans. Il mourrait vite à la peine qui voudrait en faire un chevalier. Octroyez-moi, s'il vous plaît, cette besogne durant trois ans; et alors, nous verrons ce qu'il sera. S'il veut être preux et digne héritier, 35

je lui rendrai de bon gré et volontiers ses terres et ses fiefs que j'aurai accrus. — Je vous y autorise, dit le roi. — Grand merci, sire, » disent les flatteurs,

qui étaient les parents d'Hernaut d'Orléans. 40

Celui-ci fût devenu aussitôt roi, si Guillaume n'était survenu, Il revient de chasser dans une foret.

Son neveu Bertrand accourut à lui et lui prend 1 étrier. « D'où venez-vous, beau neveu, lui dil Guillaume? — Au nom de Dieu, sire, de là dedans, du moutier 'i5

1. Particule augmentative, qui se 2. Mot savant ne comptant que pour

retrouve dans c'est par trop fort. Jeux syllabes : jov[e)nes.

Ou j'ai oï grant tort et grant pechié.

Arneïs vuelt son dreit seignor boisier;

Sempres iert reis, que1 Franceis l'ont jugié.

— Mar le pensa, dist Guillelmes li fiers. »

L'espee ceinte est entrez el mostier, 50

Desront la presse devant les chevaliers :

Arneïs trueve molt bien apareillié;

En talent ot qu'il li copast le chief,

Quant li remembre del glorios del ciel,

Que2 d'ome ocire est trop mortels péchiez. 55

Il prent s'espee, el luere l'embatié

Et passe avant; quant se fu rebraciez,

Le poing senestre li a meslé el chief,

Halce le destre, enz el col li assiet :

L'os de la gole li a par mi brisié; 60

Mort le très bûche a la terre a ses piez.

Quant il bot mort, sel3 prent a chasteier :

où j"ai entendu grande infamie et grand péché.

Hernaut veut trahir son droit seigneur;

il sera bientôt roi; les Français l'ont décidé. —

Il l'a pensé pour son malheur, répond le terrible Guillaume. •

Il entre au moutier l'épée au coté, 50

fend la foule pour arriver en avant des chevaliers;

il trouve Hernaut tout prêt à être couronné;

il a envie de lui couper la tète,

quand il se souvient de ce glorieux du ciel;

il songe que tuer un homme est un péché mortel. 55

Il prend son èpée, la renfonça au fourreau,

s'approche, après avoir relevé ses manches,

prend les cheveux d'Hernaut dans son poing gauche.

hausse le droit, l'abat sur son cou,

lui brise l'os de la bouche par le milieu, 60

et l'étend mort à terre à ses pieds.

Quand il l'a tué, il Le gourmande ainsi :

a iii, comme souvent, le sens pour régime un substantif, puis une

proposition.

2. Anacoluthe : Remembrer a d'abord '■'>. Sel mis pour si le, c'est-à-dire :

alors d />■ prend.

« lié! gloz ! dist il, Dieus te doint encombrier ' !

Por quei voleies ton dreit seignor boisier?

Tu le deiisses amer et tenir chier, 65

Creistre ses terres et alever ses liez.

Je te cuidoe un petit chasteier,

Mais tu iés morz, n'en dorreie un denier. »

Veit la corone qui desus l'altel siet :

Li coins la prent senz point de l'atargier 2, 70

Vient a l'enfant, si li assiet el chief :

« Tenez, bels sire, el nom del rei del ciel,

Qui te doint force d'estre bons justiciers ! »

Veit le li père, de son enfant fu liez :

« Sire Guillelmes, granz merciz en aiez. 75

Vostre lignages a le mien esalcié. »

Louis est donc couronné empereur : l'assemblée se sépare, et Charlemagne, rentré dans son palais, adresse ces conseils à son lils en présence de Guillaume :

« Glouton, que Dieu t'accable de maux ! Pourquoi voulais-tu trahir ton droit seigneur? Tu eusses dû l'aimer et le chérir, 65

agrandir ses terres et augmenter ses fiefs. Je croyais ne te châtier qu'un peu ;

Te voilà mort! Je ne donnerais pas de ta vie un denier. » Il aperçoit la couronne posée sur l'autel ;

il la prend sans tarder, 70

vient à l'enfant et la lui pose sur la tète : « Tenez, beau sire, au nom du roi du ciel, Puisse-t-il te donner la force d'être bon justicier! » Le père voit son enfant couronné, et il en est joyeux : « Grand merci ! sire Guillaume. 75

Votre famille a relevé la mienne. »

1. Encombrier, substantif, signifiant primitif de point comme renforcement embarras, difficulté, lequel, d'après la de la négation ; sans point <le a été usité règle déjà énoncée, ne compte que pour jusqu'au xvie siècle. Nous avons la trois syllabes. même construction dans : Il n'a point

2. Locution qui nous montre l'emploi d'amis. Je ne feux point de ceci.

Filz Loois, a celer ne te quier,

Quant Dieus fist rei por pueples justicier,

Il nel fist mie por false lei jugier,

Faire luxure, ne alever pecliié, 80

Ne eir enfant ' por retolir son lie,

Ne veve lame tolir cpiatre deniers;

Ainz deit les torz abatre soz ses piez,

Encontreval et foler et pleissier.

Ja al povre ome ne te chalt de tencier; 85

Se il se claime, ne t'en deit enoier,

Ainceis le deis entendre et conseillier,

Por l'amor Dieu de son dreit adrecier.

Vers l'orgoillos te deis faire si lier

Corne liepart qui gent vueille mangier; 00

Et s'il te vuelt de neient guerreier,

Mandez en France les nobles chevaliers,

Tant qu'en aiez plus de trente miliers;

Ou mielz se lie, la le fai asegier %

Mon fils Louis, je ne cherche point ù te le cacher :

quand Dieu fit un roi pour gouverner les peuples,

il ne le créa pas pour établir d'injustes lois,

pour faire luxure, encourager le péché, 80

dépouiller l'enfant du fief dont il est héritier,

et dérober à la veuve quatre deniers ;

mais, son devoir est d'abattre à ses pieds l'injustice,

de la fouler à terre et la briser.

Tu n*as pas à chercher querelle à l'homme pauvre; ' 85

s'il se plaint, tu ne dois point t'en fâcher,

mais tu dois l'entendre et le conseiller,

lui faire droit pour l'amour de Dieu.

Avec l'orgueilleux, tu dois te montrer aussi terrible

que le léopard qui veut dévorer sa proie; 00

et s'il songe à te guerroyer pour rien,

mande en France les nobles chevaliers,

jusqu'à ce que tu en aies plus de trente mille:

assiège-le là où il se croit le plus imprenable,

l.£iren/ant,enfanthéritier,casrégimc veve fume est le régime indirect de tolir. sans préposition, es) 11- régime indirect "-'. La périphrase fai asegier est ici

il. irflir; de même, au vers suivant, IVipiiv aient du simple impératif assiège.

Tote sa terre guaster et essillier '. 95

Se le puez prendre ne a tes mains baillier,

N'en aies onques manaide ne pitié,

Ainceis li l'ai toz les membres trenchier,

Ardeir en feu ne en eve neier;

Car se Franceis te veient entrepiez, 100

Diront Normant en nom de reprovier :

« De si fait rei 2 n'avions nos mestier.

Mal dahé ait par mi la croiz del chief3

Qui avuec lui ira mais osteier,

Ne a sa cort ira por corteier! 105

Del sien meesme nos poons bien paier. »

Et altre chose te vueil, lilz, acointier,

Que se tu vis il t'avra grant mestier :

Que de vilain ne faces conseillier,

Fil a prevost ne de fil a veier* : 110

Il boisereient a petit por loier;

ravage toute sa terre, saccage-la. 95

Si tu peux le prendre et le tenir en tes mains,

n'en aie jamais miséricorde ni pitié,

mais fais-lui trancher tous les membres,

fais-le brûler vif ou noyer dans la mer.

Car si les Français te voient foulé aux pieds, 100

les Normands diront en guise de reproche :

« Nous n'avions pas besoin d'un roi ainsi fait.

Malheur à la tête de celui

qui ira désormais guerroyer avec lui,

ou cpii viendra lui rendre hommage à sa cour! 105

Nous pouvons bien nous payer avec ce qu'il a. »

Je veux, mon fils, te donner un autre conseil;

car, si tu vis, il te sera très utile.

Ne prends pour conseiller ni un vilain,

ni un fils de prévôt ou de voyer : 110

Ils te trahiraient vite pour de l'argent :

1. Essillier, à côté du sens de chasser, 3. Parle milieu du sommet delà tête, avait aussi souvent le sens d'abimer, i. Le veùr ou loyer (cf. agent voyer) ravager. était un officier préposé à la police

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