‹ Chrestomathie du Moyen AgeChapitre 84 sur 112 · Pour que le. jnrn, forn · texte numérisé non relu

Pour que le. jnrn, forn

2. Prés, indic. \™ ps. sg. de torner, 3. Pour je le. avec chute de l'n; cf. jour, four, .de

140 CHRESTOMATHIE Dl MOYEN AGE

Chanson de croisade '.

( X 1 I '' SI i. o le)

Ahi ! amors, com dure départie

Me couvendra faire de la meillor

Qui onques fust amee ne servie 2 !

Dieus me ramaint 3 a li par sa douçor

Si voirement que m'en part a dolor! 5

Las! qu'ai je dit? Ja ne m'en part je mie :

Se li cors vait servir Xostre Seignor,

Toz li miens cuers remaint en sa baillie.

Por li m'en vois sospirant en Surie,

Car je ne doi faillir mon Creator : 10

Qui li faudra a cest besoing d'aïe

Sachiez que il li faudra a greignor.

Et sachent bien li grant et li menor

Que la doit on faire chevalerie

Hélas! Amour, quelle dure séparation

il me faudra faire, d'avec la meilleure

qui fut jamais aimée et servie!

Que Dieu me ramène à elle par sa douceur

aussi vraiment que je m'en éloigne avec douleur! 5

Hélas! qu'ai-je dit? Je ne m'en éloigne pas.

Si mon corps va servir Notre Seigneur,

mon cœur lui reste à elle tout entier en sa puissance.

Pour lui je m'en vais soupirant en Syrie,

car je ne dois pas faillir à mon Créateur : 10

qui lui fera défaut dans ce besoin d'aide,

sachez que Dieu lui manquera dans un plus grand besoin.

Et sachent bien les grands et les petits,

qu'il faut là-bas faire chevalerie,

1 Cette chanson est de Conon de 2. Conon parle ici de sa fenime.

Bétkune et, comme la précédente a 3. Subj. prés. 3e ps.

été composée à l'occasion de la troisième croisade.

CHANSON DE CROISADE Vil

Ou on conquiert paradis et onor l~>

Et pris et los et l'amor de sa mie.

Dieus! tant avons esté pro par oisose!

Or i parra qui a certes iert pros,

S'irons vengier la honte dolorose,

Dont chascuns doit estre iriez et hontos, 20

Qu'a nostre tens est perduz li sainz leus

Ou Dieus soufri por nos mort angoissose,

S'or i laissous noz enemis morteus,

A toz jours mais iert no vie hontose.

Qui ci ne veut avoir vie anoiose, 25

Si voist por Dieu morir liés et joios,

Que celé morz est douce et savorose,

Dont on conquiert le règne precios;

Ne ja de mort n'en i morra uns seus,

Ainz naisteront en vie gloriose. 30

Et sachiez bien, qui ne fust amoros,

Moût fust sa voie et bone et delitose.

où l'on conquiert paradis et honneur 1«>

et prix et gloire ct l'amour de son amie.

Dieu! trop longtemps nous avons été des preux oisif-!

Maintenant on verra qui était vraiment preux.

Nnus irons venger la honte douloureuse,

dont chacun doit être courroucé et honteux. 20

qu'en notre temps soit perdu le saint lieu

où Dieu souffrit pour nous mort angoisseuse.

Si maintenant nous y laissons nos ennemis mortels,

à tout jamais sera notre vie honteuse.

Qui ne veut traîner ici vie ennuyeuse, 25

qu il aille pour Dieu mourir content et joyeux,

car c'est une mort douce et savoureuse

que celle dont on conquiert le royaume précieux;

non, de mort n'en mourra pas un seul.

mais tous naîtront en vie glorieuse. 30

Et sachez bien que pour qui ne serait pas amoureux,

sa voie serait très bonne et délicieuse.

142 CHRE8T0MATHIB DU MOYEN AGE

Dieus est assis en son saint iretage;

Or i parra corn cil le secorront

Cui il jeta de la prison ombrage, 35

Quant il fu morz en la crois que Turc ont.

Sachiez, cil sont trop boni qui n'iront,

S'il n'ont poverte ou viellesce ou rnalage,

Et cil qui sain et juene et riche sont

Ne pueent pas demorer sans hontage. 40

Las ! je m'en vois, plorant des ieus deu front, La ou Dieus vuet amender mon corage; Et sachiez bien qu'a la meillor deu mont Penserai plus que ne fais au voiage.

Dieu est assis en son saint héritage;

or l'on verra comme ceux-là le secourront

qu'il jeta hors de la prison sombre, 35

quand il mourut sur la croix qu'ont les Turcs.

Sachez-le, ceux-là sont honnis qui ne partiront,

s'ils n'ont pauvreté ou vieillesse ou maladie,

et ceux qui sont sains, jeunes et riches

ne peuvent pas demeurer sans honte. 40

Hélas! je m'en vais, pleurant des yeux du front, là où Dieu veut amender mon cœur; et sachez bien qu'à la meilleure femme du monde je penserai plus que je ne fais au voyage.

Chanson de croisade l.

(XIIIe siècle)

Nus ne pourroit de mauvaise raison Bone chançon ne faire ne chanter;

Nul ne pourrait sur un mauvais sujet faire ni chanter une bonne chanson ;

1. Cette chanson a été composée à adressée au roi Louis IX pour l'enga-

Acre en 1250. Des sentiments analo- ger à ne pas quitter la Terre Sainte

gués sont exprimés, chose curieuse, avaDt d'avoir visité Jérusalem et dé-

dar Joinville dans ses Mémoires à livré les chrétiens captifs, dropos des mêmes incidents. Elle est

Pour ce n'i vueil mètre ui'enteneion, Que ' j'ai assez autre chose a penser. Et nonpourquant la terre d'outre mer .">

Voi en si très grant balance Qu'en chantant vueil proiier le roi de France Que ne croie couart ne losengier - De sa honte ne de la Dieu vengier.

A! gentis rois, (puant Dieus vous list croisier, lo

Toute Egypte doutoit vostre renon.

Or perdes tout s'ainsi voulës laissier Jérusalem estre en chativoison; Car quant Dieus list de vous élection

Et seigneur de sa venjance, J .">

Bien deiissiez moustrer vostre poissance De revengier les mors et les chaitis Qui pour Dieu sont et pour vous mort et pris.

aussi n'y veux-je mettre mon effort,

car j'ai fort autre chose à penser.

Toutefois la terre d'outre-mer, 5

je la vois en si grand péril, qu'en chantant je veux prier le roi de France qu'il ne croie pas couard ni flatteur quand il s'agit de venger sa bonté et celle de Dieu.

Ah! noble roi, quand Dieu vous fit croiser, lo

toute l'Egypte redoutait votre renom.

Vous perdez tout maintenant si vous voulez ainsi laisser

Jérusalem être en captivité;

car lorsque Dieu fit élection de tous

et vous fit seigneur de sa vengeance. 1;,

vous eussiez bien dû montrer votre puissance pour venger les morts et les captifs qui pour Dieu et pour vous ont péri et sont pris.

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