ROMAN DE RENARD
Cinc frères oi tout de mon père : 27>
Tous les manja Renars ii 1ère '.
Ce fu grans perte et grans douleurs.
De par ma mère oi cinc sereurs,
Gorabers deu Fraisne les passoil,
Qui de pondre les angoissoit. 30
Li las! mal les i engraissa,
Qu'onques Renars ne l'en laissa
De toutes cinc nesune seule.
Toutes passèrent par sa gueule.
Et vous qui la gisez en bière, 35
Ma douce suer, m'amie chiere,
Coin vous estiés tendre et crasse !
Que fera vostre suer la lasse
Qui a nul jour ne vous regarde?
Renars, la maie flame t'arde ! 40
Tantes fois nos avras foulées
Et cbaciees et triboulees,
J'avais eu cinq frères de mon père; 25
tous ont été dévorés par le fripon Renard.
Ce fut grande perte et grande douleur.
.Ma mère m'avait donné cinq sœurs;
Gombert du Frêne les nourrissait
et les mettait en état de bien pondre. 30
Le malheureux! il avait bien tort de les engraisser,
car Renard ne lui en laissa
de toutes les cinq pas une seule.
Toutes passèrent par sa gueule.
Et vous, qui gisez là en bière. :{.'>
ma douce sœur, ma chère amie,
comme vous étiez tendre et grasse !
Que fera votre sœur, 1 infortunée,
qui ne vous verra plus jamais?
Renard, puisse la foudre te brûler! W
Tant de fois tu nous as foulées aux pieds,
poursuivies et harcelées,