‹ Chrestomathie du Moyen AgeChapitre 98 sur 112 · Da> Mijet Uo larron · texte numérisé non relu

Da> Mijet Uo larron

Et deschirees nos pelices

Et enbatues dusq'aus lices!

1er, par matin devant nia porte 45

Nous jetas tu ma sereur morte,

Puis t en fuis par mi un val.

Gombers n'eut pas isnel cheval,

Si ne te peut ' à pie ataindre.

Venue me sui de toi plaindre, 50

Mais je ne truis qui droit m'en face.

Car tu ne criens autrui 2 menace

N'autrui courous vaillant deus foies 3. »

Pinte la lasse a ces paroles

Cheï pasinee ou 4 pavement, 55

Et les autres tout ensement.

Pour relever les quatre dames

Se levèrent de leur eschames

Et chien et leu et autres bestes,

Eve leur gietent seur les testes. 60

tant tu as déchiré nos pelices

en nous battant jusqu'à la barrière du poulailler!

Hier matin, devant ma porte 'i.*>

tu nous as jeté ma sœur sans vie ;

puis tu t'es enfui par un vallon.

Gombert n'eut pas de cheval rapide

et ne put t'atteindre à pied.

Aussi suis-je venue exposer ma plainte contre toi. 50

Mais je ne trouve qui me fasse droit.

Car tu ne crains menace de personne,

ni la colère d'autrui plus que deux feuilles. »

A ces paroles l'infortunée Pinte

tomba pâmée sur le sol 55

et ses compagnes en font autant.

Pour relever les quatre dames,

se lèvent alors de leurs sièges

les chiens, les loups et tous les autres

qui leur jettent de l'eau sur la tète. GO

1. Peut est le parfait ; le présent serait •!. Proposition participiale absolue.

puel; peut se réduisit plus tard à pul. Pour foies, feuilles, voir p. ^8, n. 1.

"J. Cas régime indirect se eonstrui- i. En le. saut sans régime.

ROMAN DE RENARD l<>1

Quant revindrent de paumoison.

Si coin nous en escrit trouvons,

La ou le roi virent seoir

Toutes li vont au pié cheoir :

Et Chantecler si s'agenouille On

Et de ses lermes ses pies mouille.

Et quant li rois vit Chantecler,

Pitié li prent du bacheler.

Un soupir a fait de parfont,

Ne s'en tenist pour tout le mont. 70

Par mautalent drece la teste.

One n'i eut si hardie beste

Ours, ne senglers, que peeur n'ait

Quant leur sire souspire et brait.

Tel peeur eut Couars li lièvres 75

Que il en eut dous jours les lièvres.

Toute la court fremist ensemble.

Li plus hardis de peeur tremble.

Par mautalent sa coe drece,

Si se débat par tel destrece 80

Quand elles furent revenues de pâmoison, ainsi que nous dit l'histoire, du côté où elles voient le roi assis elles vont et se précipitent à ses pieds.

Chantecler s'agenouille, "0

lui arrose les pieds de ses larmes.

Quand le roi voit Chantecler, il est pris de pitié pour ce jeune homme. Il pousse un profond soupir; rien au monde n'eût pu le retenir.

De colère il dresse la tète.

Il n'y eut nulle hète si hardie, soit ours, soit sanglier, qu'elle ne sentit peur en entendant son maître soupirer et crier. Le lièvre Couart en eut une telle frayeur que la fièvre ne le quitta pas de deux jours. Toute la cour frémit en masse :

le plus hrave tremhle d'épouvante.

De colère il dresse sa queue, et se bat les flancs avec tant de force

Que tout en sone la maison,

Et puis fu tele sa raison :

« Dame Pinte, fait l'emperere,

Foi que je doi l'arae ' mon père

Pour cui je ne li aumosne ui, 85

Il me poise de vostre enui,

Se je nel - puis ore amender.

Mais je ferai Renart mander

Quant cist cors sera enterrés,

Si que vous a vos ieus verres 00

Com grant venjance sera prise,

Car j'en ferai moût grant juïse

De l'omecide et deu desroi

Mais or parlons d'autre parole.

Bruns li ours, pernés vostre estole, 05

Si comandés l'ame deu cors!

Et vous, sire Bruianz, li tors,

La sus enmi celé cousture

que tout le palais en résonne.

Puis il adresse ces paroles à Pinte :

« Dame Pinte, fait l'empereur,

foi que je dois à l'âme de mon père,

pour laquelle je n'ai pas fait d'aumône aujourd'hui, 85

il me pèse de votre ennui.

si je ne puis dès maintenant obtenir réparation.

Mais je vais faire mander Renard

quand ce cadavre sera enterré,

si bien que de vos yeux vous verrez 'JO

quelle grande vengeance sera prise,

car je ferai très grande justice

de son homicide et de sa faute.

Mais maintenant parlons d autre chose.

Brun l'ours, prenez votre étole '.).">

et recommandez à Dieu l'âme de ce corps ;

et vous, sire Bruiant le taureau,

là au-dessus, au milieu de ce champ labouré,

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