‹ Chrestomathie égyptienne (volume 2)Chapitre 17 sur 98 · DES PRONOMS PERSONNELS ARSOLUS · texte numérisé non relu

DES PRONOMS PERSONNELS ARSOLUS

178. Ainsi que nous l'avons fait voir, les affixes n'exprimaient réellement que l'attribution à une des trois personnes grammaticales; ils n'avaient pas d'existence isolée et le pronom absolu devait emprunter sa valeur personnelle soit à un substantif, soit à une

* Voyez Lepsius, Todtenbuch, eh. i, ]. 9. Le sens exact du substantif untu est encore douteux.

particule, épave elle-même d'un radical à valeur personnelle. L'application de ce principe a produit en égyptien une assez grande quantité de types pronominaux qui servaient à varier les nuances du discours.

Les particules qui contribuent à former les pronoms personnels peuvent se réduire à deux : en^ développé en an et en rUCy et em. La particule ê^^^**^ en est usitée pour indiquer le relatif, comme en copte IT, tout aussi bien que '"^^ ^^ ente, enti (copte wte), développé par le t final. Ce mot, en égyptien, signifiait même «rrêtrei)

d'une manière absolue : ^^\i enti-u^ se traduit par «ries êtres;!) enti'U neb-t tr tout ce qui existe, i» Avec les affixes, ^'^ enluk

est donc «r l'être par rapport à toi-n ou «rce qui est toi,*» ^^ entuf «rce qui est luii) (en copte htoK, moq, etc.).

Pour la 1** personne, le support est un peu différent, il semble emprunté à la forme an. Le copte nous montre au singulier s^uoK , ^HK, 5.nr* et au pluriel 5.K0K, &nn; En égyptien, le singulier est

1 ^^fidntife. Le pluriel n'a pas encore été rencontré; la forme émotique àunen se transcrirait 1 V/«««^«^*. Le support an ne nous paraît pas autre chose que la même particule ^'^^^^ en, dans la variante \ an avec la voyelle forte. Cette particule servait, dans l'inversion , à introduire le sujet du verbe : j£L \ 1 /^ un An suten crest le roi ^.-n En comparant dans cette locution le sens de an à la composition des pronoms de la i*^ personne ànuky s^nou, on est amené à penser que le fcy figure comme affixe pour la 1"^ per-

' Remarqaez Tusage grammalical du signe iiiM. qui distingue ici le substantif eniiu frêtre» du relatif en/t •rqui.'»

' Champollion la donne, mais par conjecture seulement, sous 1 orthographe \ pj^ . M. Birch n a pas fait cette remarque en insérant | (YJ dans sa grammaire, sans autre autorité. Voy. Brugsch, Grammaire démoûque, n* a 08, et Birch, Grammaire, p. 629.

' Le copte, au lieu de on, emploie «u même usage H^E ^ où le XX a la même valeur, renforcée par^ç (rscilicetn Cette construction sera étudiée phis loin. On voit que Tégyptien antique se prêterait peut-être pins complètement à expliquer la genèse de ces pronoms que les autres langues auxquelles ils appartiennent sous des formes peu différentes; aussi en a-t-il conservé un tableau plus complet.

sonne du singulier, comme en pour le pluriel. La réunion des pronoms empruntés à ce type de particules forme le tableau suivant

SINGULIER

1^* pers. m. f. I ^ S^K ànuk »rje, moi,^ copte sahidique &t\OK^

2* pers. m. ^ Ç , m, entuk «rtu, toijW copte sahidique mOK;

2 f. (^ Ç entut?) rrtu, toi,D copie sahidique UTO.

3" pers. m. ^ Ç, ^ enitif^ «il, lui,?» copte sahidique moc^;

f. ^Ç» —M—» Il ^tus erelle,^ copte sah. it*TOC.

PLURIEL

i" pers. (I ^A*'^'^ àunenf) irnous,?» copte sahidique i)^noî^

a* pers. V a**^*^ entuten frvous,^ copte sahidique nTtUTtt,

3* pers. -j A»***A entt^en fr ils, elles, n

^ ou

^1 entuu ffils, elles,?) copte sahidique ttTOO'Tf.

Ce premier type du pronom s'employait de deux façons : premièrement il remplaçait le verbe être d'une manière tout à fait conforme à la tournure sémitique : | * ^^^ ànuk (rjeii pour «rje suis, 17 ^*y enluk (rtu-n pour rrtu es;ii exemples : l__^^^^C[

' Forme abnîgée ,^ ^^ nuk. Le per- conjecture s^appuie sur la transcription

sonnage varie suivant la qualité de celui du si^e dëmotique correspondant. Voyez

i parle : J rrdieuj) ou /^ ttroi^n etc. Brugsch, Grammaire démotique, n* aïo.

(T femme ou déesse, ?) etc. Nous nous ' Je n*ai pas rencontre d'exemples

bornons à mettre en regard de Tëgyptien pour eniuu; mais, d'une part, Texistence

la forme copte sahidique , qui est la plus du dëmotique entuu (Voyez Brugsch,

rapprochée. Grammaire démotique , n* an), et de

' La forme \^ donnée par Cham- laulre, la forme emtuu du type suivant

polHon, Grammaire, n"* âi8, ne repose affirment Texistence de cette forme enAitf^

que sur un exemple mal expliqué. Notre qui a produit le copte mOO*^-

ànvk paik sen èerau tr Je suis ton jeune frère ^ y)

^^ *^^ .»— I entuf jhba en tu yia-t âa-t tr il est Tâme du grand coi^ps^^ii La seconde personne du pluriel se remarque dans le dialogue de Ramsès II avec les espions du prince de xjBt; le roi les interroge en ces termes : % | ^ enttfteti

«X ^ ^^^ êtes-vous '? Tî

Ces pronoms servaient également de sujets pour les verbes, surtout dans les textes dune moindre antiquité; exemple : ^ ^^L ^"^^ I -^^ eniusen y^enen nuter peu ùa tr us font naviguer ce dieu grand *. •» Cet exemple et plusieurs autres analogues appartiennent aux textes de la XX* dynastie; on y rencontre aussi les variantes écrites avec ^ comme ^^ ^ , ^ —h— eniufy entesen.

179. Le second type est composé avec la particule \k , (indiquant souvent Tétat), modifiée également par la finale % ou Cm*: enitu vaut ainsi exactement cr étant, t) et on le trouve quelquefois en ce sens lié à un substantif au lieu de Taflixe. \^ ^ ^^^ enUvrà s'interprétera donc «r étant moi?) pour trje. -n Nous croyons que ce type était usité à toutes les personnes, conformément au tableau suivant où le (?) signalera les lacunes de nos observations.

SINGULIER

i'* pers.

3* pers. m. Ik ^ ^ emiuk itlu, loi;^

f. ( V^ ^ emtui?).

3* pers. m. ^k ^ fm^w/'iril, lui;^ f.(lk ^ ^ emtus?) ffelle.'^

emtuà (rje, moi.^

' Histoire des deux frères , p. 7, 1. â.

' Rectifiez ainsi Texemple cite dans la Grammaire de Champollion , n* a 08.

"^ Voy. Champollion , Gramm, n" ti 1 1

* /«rf.n'aiS.

' OUe finale tu indique Ir j»arlici|>e.

PLURIEL

1^* pers. Ik jBmA emtuna (v nous. 10 ù^ pers. Ik A»AA emtuten ttyous.n 3* pers. Ik iJILw emtusen rils, elles, 19

et ^ \ emtuu.

L! Histoire des deux frères me fournit un exemple des trois personnes du singulier réunies dans la même phrase ^ : Batu parle ainsi à son frère aîné du talisman de son cœur qu il doit cacher dans une fleur :

EnUuà her nak-f her fafa en ta hurere

Ego ponam eum in summo flore

pa-as ;^er àr siU-tu pa-âi emtuf hai4

(cedri?); quod si exscindatur (cedrus?) ille cadet

er uttten enUuk ài-t er ^X^Xrf'

in terram. Tu venies ut quœras eum.

La 3® personne du singulier est extrêmement usitée; il faut remarquer aussi les formes emtuna (1"* personne du pluriel^) et em-

^ Histoire des deux/rires, p. 8, 1. &. reste singulier. Dans la traduction, nous *

Nous avions pris Tarbre nommé as pour avons supposé un sujet masculin au lieu

un mimosa, à cause de cette mention de de trcor)) pour suivre exactement Tëgyp-

la fleur. Les recherches de MM. Chabas tien.

et de Horrack ont rendu très -probable ' Grande inscription du Ramesséum,

Tattribution du mot ôi au cèdre. Le choix rëpouse des espions à Ramsès II. de cet arbre pour mentionner une fleur

tuu (3* personne du pluriel ^) , qui manquent au tableau du premier type. Cette dernière % i se trouve dès la XIX'' dynastie.

Les exemples traduits ci-dessus montrent que ces pronoms servaient, comme les précédents, soit à remplacer le verbe être y soit à fournir des sujets aux verbes ordinaires.

180. Le troisième type résulte du cumul des deux particules em et entu. La distinction originelle des deux particules résulte de l'orthographe : emren n'y sont jamais réunis en une seule syllabe JSJJS men. Nous n avons encore rencontré que la 2* et la i^ personne du singulier masculin : einenl'uky ementuf. D'après les exemples que nous avons recueillis , lusage de ce pronom semblerait un peu plus emphatique que celui des précédents; exemples* :

emerUuk neb ne/f C'est toi (qui es) ie Seigneur de la victoire I

Batu dit à sa beîle-sœur, en parlant de son mari * :

X^r pa-âa er-à ementuf «e-;(^efv-a.

Or il est plus grand que moi (mon aine), c'est lui qui me fait vivre.

La troisième personne du pluriel était aussi usitée sous la forme j^^ Ç ementu^, qui recevait les variantes phonétiques ordinaires.

181. On rencontre encore , mais bien plus rarement, la particule em, dans le sens de Ym d'état *, servant de support aux afTixes per-

^ Grand traite de Ramsès II avec le ^ Histoire des deuxfrires, p. 3, 1. lo.

prince de Chel; clauses finales d extra- * VoyeiDeyéria^ Papyrus judiciaire de

dition. Turin,!, 9; III, 1.

* Lepsius, Denkm, III, 911. Discours * Voyez ci-dessus, n" 1&7. de Ramsès au dieu Anion.

sonnets; elle prend alors la forme pleine l\k àm. Les pronoms absolus ainsi composés peuvent devenir le sujet d'une phrase, et il faut se garder de les confondre avec Tablatif ou le locatif des pronoms, de la forme àmrfy àmr-sen, etc. Toutmès III, parlant à ses capitaines , dans le conseil de guerre , leur dit ^ :

àm-ten em ses-iu konrà,

Vous êtes mes serviteurs (mot à mot : vous êtes pour suivre ma Majesté).

. 182. Les Égyptiens paraissent avoir eu une disposition d'esprit toute spéciale qui les engageait à particulariser et à localiser, pour ainsi dire, l'action ou le sentiment que nous attribuons ordinairement dans le discours à la personne entière et indivise. C'est ainsi qu'ils mettent successivement en jeu le corps, l'âme, l'ensemble des membres et telle ou telle partie de l'homme ^. Les substantifs ainsi choisis deviennent autant de types pronominaux, auxquels viennent se joindre les affixes personnels. Le copte a conservé plusieurs de ces types et il s'en sert spécialement pour tous les cas obliques des pronoms personnels. Nous examinerons successivement ces substantifs pronominaux '.

8 I hârlu ou 8 (lâ-u. Gomme substantif, ce mot désigne les membres spécialement dans leur partie charnue, apparente. Aussi est-ce le terme propre pour désigner la personne physique. L'Histoire des deux frères dit de la femme faite pour Balu par le dieu Nutn * :

' Voyez Lepsius, Denkm^er, lil, 3i, sou âme, son corps, sou ombre, etc. sous

l, hk. divers aspects.

' C'est par suite de cette disposition h ' Comparez Brugsch , Grammaire de-

distingiier que , dans les textes funéraires , moUque, p. io3 : des substantifs prono-

la personne du mort est représentée par minaux.

une foule d'expressions qui varient, sui- * Histoire des deu^rfrcres, p. 9, 1. 8.

vant qu'on vent considérer spécialement

àu'8(l) nefer em AÂ-fti-«(f) er se{t) hime^ neb-t nii em j>-te fer. Elle ëtail belle dans sa personne pios qu'aucune femme du monde entier.

Hâ-lUf indiquant la personne, est ici déterminé par la figure de la femme J, outre le signe des membres i. On choisira ensuite 8 thà'tu comme type pronominal, lorsque, par la personne, on

voudra particulièrement indiquer la substance physique.

EXEMPLE ^

Se-uab hà^ em uêcx-t ouu.

Tu es purifie dans la salle du dieu Su.

On trouve assez souvent, comme ici, le signe i du masculin, dans .cette formule, à la place de a.

Le type pronominal copte ^^, qui renforce les pronoms personnels, et les formes ^S, ^&^, ^StuCLi, qui font partie de l'ablatif EÊioA>5.K, etc. peuvent provenir de ce type ou du suivant qui s'échange quelquefois avec lui.

183. 4a, plus anciennement har «r visage, i» Comme type pronominal, il réunit quelquefois les deux formes de la tête ; la seconde ne paraît pas appartenir à la prononciation, elle complète l'idée. Le récit de la bataille de KadeS dit de Ramsès II ^ :

âu-^ va ha-f.

Il était seul de sa personne.

* Sai en sinsin ou Livre des eoujffles, minale de ▼ dans la locution ^^ ha neb S II, manuscrit du Louvre. ffchacun.'» (Voyez Chabas, Glossaire,

' Nous retronvorons la valeur prono- n* 966.)

184. Le copte Idht, qui signifie au sens propre a u térus , ventre , i) fournît certains cas obliques du pronom personnel, comme n|:iH- ^K ce in te. -n II doit correspondre au substantif antique ' )(a-t «r flancs, ventre, utérus. -n Celui-ci est aussi employé dans les textes égyptiens comme type pronominal ; toutefois on saisit ordinairement la nuance qui Ta fait choisir; exemple :

A W I I I I I I J caca <^lo^ >- J^^t 'I I I I

hàtisen her bu{à etn xflrt-sen.

Leur cœur faiblira en eux (plus littëralement : dans leurs flancs) ^

On trouve, dans cet emploi, des variantes de '^ avec /a-t cr le corps, -n II y a eu probablement confusion et empiétement réciproque dans le développement du langage entre ces types et le suivant.

185. ^^^ fiâti «rie cœur,!) en copte (sahidique et memphitique) ^HT , a pris un domaine très-étendu dans cette dernière forme de la langue égyptienne comme type pronominal; on l'emploie à Taccusatif : ^HT (rme,7) ^ktK crte,?) ^TKq ffeum,Ti etc. Le cœur, dont le vase ^ est le symbole constant, avait diverses expressions phonétiques; comme principe actif de la vie et source du courage ou d'autres sentiments analogues, le phonétique est

^* hàti\ A w I •

On reconnaît souvent la raison du choix de hâti pour remplacer la personne elle-même dans le discours. Dans le récit des deux fi'ères, les dieux visitent Batu après sa malheureuse aventure^; le texte ajoute :

* Poème de Pentaur, ui. lo. ^♦i-. % n- j j /• i

' -^ ; hati. — Htst. des deux frères

' M. Le Page nenouf a indique avec a %« I

raison la prononciation db | J y pour le p. g, I. C. cas où ♦seul figure en opposition avec

au hâti^en mer nef er àker àker.

Leurs cœurs s'allristaient pour lui extrêmement.

Mais dans d'autres cas, la valeur devient purement personnelle, ou, du moins, nous n'apercevons plus, à première vue, le motif qui a pu guider le choix de l'écrivain. Ramsès II, se vantant de ses bienfaits auprès de ses capitaines, leur dit : «Qu'aucun roi n'a ftiit

pour ses soldats?) tl I n^^ ^ f 3 -r i M^ ^'""^ *^ à-àru

hen-f (à, t. s.) en hâii-ten «ce qu'a fait sa majesté pour vous^ti Ce serait évidemment insérer une nuance inexacte que de traduire ici cr à vos cœurs; 7) hâli y est devenu un simple support personnel. Hâti est presque toujours employé à la place de toute autre expression personnelle quand il est question de courage; exemples : Ht™!

^^"^/f^m^ smen hâti-ten ce soit ferme votre cœur!?) -iJl V«b- %

îv "W* - ^^ -^

I V --^^A*''^^ yasi-Aii au hâti-ten (r lâche a été votre cœur^. •» On trouve le même emploi personnel de Aâft dans le sens du désir. On lit la phrase suivante- dans Y Histoire des deux frères y lorsque, la quatrième année après sa mort, Batu voulut ressusciter :

au hàti-f àbu ài-t er katne.

Son cœur d^îra venir en Egypte' (pour : il dënira).

186. Le type pronominal emprunté à la bouche "^ ru est un des plus usités. En copte, on le rencontre à presque tous les cas obliques : pa\s, pOK, poq, EpOS, etc. Il renforce également le pronom ordinaire : ^noK paT cr moi-même ti Tlh^i pctT cr celui-ci, lui-même. 7î En égyptien, les pronoms ^^^ ni-â, ""^ ruk,

* Poëme de Pentaur, vi, 3. Cest bien la personne, et non le cœur

* Ihid. VI, 3. matériel, qui était restée cachée au som- ' Histoire des deux frères, p. i3, L 5. met du cèdre, à ce moment du récit.

^^ rujj varient, même dans les exemplaires du Rituel finiéraire , avec les affixes simples. Nous rencontrerons aussi ces formes aux impératifs des verbes. Dans l'emploi de la forme ^^iru-à,etc.

isolée, nous ferons la môme distinction que pour '^ hâti: tantôt le motif du choix se discerne et tantôt il n'existe plus à nos yeux; exemple : Ramsès II dit à Amon ^ dans son invocation :

as ben seme-nà hâ^nà hcr ruk,

N'ai-je pas marche et ne me suis-je pas arrête d'après toi ( littéralement : d'après ta

bouche , sm* tes ordres) ?

L'intention est évidente, elle apparaît également dans la formule :

Se-wjtë ruk sep àfte en râ.

Tu fais la prière quatre fois par jour' (ta bouche invoque).

Mais toute nuance a disparu dans l'emploi de ce type comme» accusatif du pronom; exemple :

nuter-u hakermusen ruf.

Les dieux Tacclament ^.

187. La main^"J[ /M^ Le copte emploie ce type pour le datif et l'ablatif; sahidique : E-^Oonr-K (rtibi,Ti Efio?v^x-TOT-K «a te. -n L'égyptien se servait de ^^ pour les mêmes usages. Les re-

' Poëme de Pentaur, ii, k\ le texte de ' Champoilion, Grammaire, p. 3o3.

Karnak rectifiant ici le manuscrit. Exemple de la XX* dynastie, où l'emploi

' Livre des souffles, S k bis, manuscrit de In ^ devient plus fréquent, du' musée du Louvre.

DES PKONÔMS.

gistres de comptabilité du règne de Séti I", que possède la Bibliothèque impériale de Paris, nous montrent la formule suivante, constatant la sortie des denrées des magasins de l*Ëtat :

Miio;;;;ffiii^XVlk"S;^

Ahcl Ypnei «a /iru wstn sep cm

pa

ufa

en yennu

lKzJ[nl@^^fi I li

em tut m {an) neyf ta-u nefer.

Mois d'Athyr, jour 3*, reçu du magasin de TÉtat par (la main du) le scribe Nexf, des

bons pains, etc.

Suit le cliiffre et le poids ou la valeur de la denrée fournie ^ Aux jours suivants, le comptable se contente de la mention abrégée ^S m \k 3^-^ sep emtut-fy «pris par lui^-n suivie de chiffres.

Le poëme de Pentaur fournit de remarquables exemples de l'emploi personnel de la main. Ramsès II reproche ainsi à ses soldats leur absence au moment du danger :

JM

Bu hâ uâ àm-ten er-ta tut-f hnâ-à.

Pas un de vous ne s'est arrête pour se mettre avec moi (littéralement : pour mettre sa

main avec moi').

Décrivant ailleurs l'instant du plus grand carnage, le roi s'écrie ^ :

' Voyez Pleyle, Papyrus RoUin, pi. X , 1. 1 . M. Pleyte , qui vient de faire une publication extrêmement intéressante sur ces Papyrus, traduit ce passage : trReçu dans le magasin du palais par la main du scribe. i Cette tournure semblerait constater une cnlrëc au magasin; c'est au contraire une sortie que constate ici le comptable, pour 9390 morceaux de pain i^uivalnnt en-

semble à 7880 ten et remis à un scribe pour une dépense publique.

* Poème de Pentaur, vi, 6, corrigé par le texte de Kamak.

' Ihid. Pap, Sali, m, p. 4 , 1. 7, complété par le texte de Kamak. r^*-^ {^^ est le copte Ti^lTT ffvorare ;« il est déterminé par *^ , parce que ce signe sert à écrire phonétiquement le mot nas^ langue, r

60 CHKESTOMATHIE ÉGYPTIENNE.

tu-â iapet-sen tut-à cm kam en aL

Je les ai dévores dans i espace d'un instant (lilt. : Je les ai fait dévorer à ma main).

L'écrivain a su trouver un remarquable eflet de style dans le choix de son type pronominal.

1 88. Le pied pi^T esl usité dans les pronoms coptes surtout au

datif Ep^TK ff à loi Tî et à l'ablatif ou locatif J^^p^^^K cr sous toi. ^ Celui-ci porte la trace visible du choix intentionnel. C'est la reproduction exacte de l'égyptien J-u ^ i ^^^ yer ret-tt-k cr sous tes pieds , sous toi. V Dans d'autres exemples la couleur personnelle se développe. Entre autres mesures d'ordre prises par le conquérant éthiopien Pi--any(i-menamun , après la prise de Memphis, on lit^ :

ta uab-u er àa ret-dsen.

Il remit les prêtres à leurs places (litt. : à la place de leurs pieds).

1 89. Outre ces pronoms empruntés au corps ou à ses parties, on demandait aussi souvent l'indication de la personne à une qualité abstraite. C'est de ce genre de considération que l'on a tiré l'expression f hen-J dont Champollion a parfaitement rendu le tour grammatical en traduisant ; crSa majesté. -n C'est une expression personnelle, royale et divine, fournie par le radical 8 ! hen qui signifie probablement cr l'autorité,?) car, au sens passif, f'^^^ hen est cr un esclave. ^ C'est visiblement le même mot que le copte ^tL\w signifiant rrimpcrareT) et encore crobedire. ?) On remarque aussi quelquefois l'expression plus compliquée VS^^ f ba-u hen-J fcles esprits du roi.T» Sans pouvoir bien définir la nuance qu'elle

' Stèle de Pi-any^i-meriamun , v", I. ai.

impliquait, il est certain qu elle s'applique toujours à la pei^onne même du pharaon.

190. C'était encore une disposition d'esprit toute spéciale qui portait à introduire la personne conçue d'une manière abstraite et sous un ensemble de qualités qu'on supposait quelquefois résumées dans le nom propre de l'individu. La Bible nous atteste l'importance attachée aux noms divins et à ceux des hommes; aussi, trouvons-nous le mot ^^ ^Js ran v nom t) employé pour la personne dans les textes religieux. Osiris est invoqué au Rituel funéraire par une litanie de tous ses noms mystiques; il en est de même de la série des noms des parties du navire solaire et de la salle du jugement de l'âme. Les dieux eux-mêmes se chargeaient de rédiger le premier cartouche du pharaon et la devise de l'étendard royal. Les noms ainsi obtenus, et qui contenaient toujours des idées religieuses, étaient censés définir la personne et composaient un type sacré. Le substantif qui représente ces idées est le mot | f ^« augmenté quelquefois de signes de vénération : j 1 J ou Ui. Quelquefois même il est déterminé par le cartouche du nom j ï J En effet, au Papyrus bilingue Rhind, le démotique, qui ne connaît plus cette expression dans son vrai sens sacré, traduit | | J ^'^û P^^* ran «le nom^.i) Nous croyons que le mot qui se rapprocherait le plus de l'idée égyptienne serait celui d'cr essence, tî Nous le comparons au radical copte memphitique ys^\, ^^, sahidique K^»., Ka\ (Tconstituere, ponere?) et J^H, KK crmanere, esse,^ d'oii vient probablement le memphitique y^z>i crsubstantia.*» Par une confusion souvent reproduite entre la substance, la vie et les vivres, ka passe quelquefois au sens de a pains, vivres, offrandes,!) avec le déterminatif , sic j ï , ordinairement alors mis au pluriel.

* Voyez Brugsch, Papyrus Rhind, 6, dans son Mémoire sur la coupe d'or, du 8; 7, 10, etc. On doit une large et IxîHe Louvre, étade des emplois du n)ottJ|à M. Birch,

62 CIIRESTOMATUIE ÉGYPTIENNE.

Dans le sens personnel, avec les suffixes, l'idée d'essence explique souvent très-bien la nuance qu'on a voulu rendre par le choix de I j ; exemple : Le dieu Su est un fils sur le trône de son père, n

sonne(ou son essencejse joint à celle de Ra^.i)

Leka ou l'essence personnelle est précisément ce qui devait être maintenu pour les élus dans YA^nenti :

en ka-à mm cm àmenit er saâ neheh,

Pour que mon essence demeure dans TAmenti jusqu à rëtcrnitë '.

Ka-k men-tu cm-dau neteru.

Ton essence demeiu'e dans les séjours divins *.

L'emploi purement personnel de j ï fai apparaît clairement dans une foule do locutions* :

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