CHIFFRES, MESURES ET CALCULS
235. Un traité des nombres, comprenant la métrologie et le calendrier, serait l’appendice nécessaire d’une grammaire complète. Toutefois, une courte énumération des points acquis à la science suffira pour remplir le but de cet abrégé et pour mettre les commençants en état d'étudier par eux-mêmes les monuments qui contiennent des chiffres, des calculs ou des dates.
Les Égyptiens avaient un système de numération décimal; les chiffres hiéroglyphiques, remarqués d’abord par M. Jomard, complétés et vérifiés ensuite par Ghampollion, sont faciles à distinguer
dans les inscriptions et se suivent dans l’ordre le plus clair ?; l'unité ( Ï
* Histoire des deux frères, p. 5, 1. 4. gatif que nous croyons reconnaître 1. Quelques nouveaux exemples seraient * Comparez Ghampollion, Grammaire, nécessaires pour assurer le sens interro- n°174 et suivants.
DES NOMS DE NOMBRE. 107 est marquée par un trait, ordinairement vertical et que l'on répète jusqu'à neuf : 1, |; 2, |]; 3, [|], plus rarement =; /, [[[f ou (us LEA PAR NE EL EE OA TR L IEEE “ou 11° TFou 1 EL 0 MORTE 1 = = AULUL
La dizaine, exprimée par le signe A, se répète de la mème RE NNNNN
nière jusqu’à 90, et la centaine, ainsi figurée €, jusqu'à 900 es. Mille s'écrit par la feuille de lotus et 10,000 par Île doigt Mes |: ils se répètent également jusqu'à neuf.
À ces chiffres usuels on doit ajouter quelques signes pris ordinairement dans le discours pour un grand nombre indéterminé,
mais qui sont aussi employés dans les calculs pour des valeurs fixes
supérieures à 10,000. Le têtard + vaut 100,000; très-probablement 1 million et © 10 millions. Ajoutons, pour compléter la
. Fi . LM . f .
série, la négation , qui remplace notre zéro dans certains calculs. Chaque chiffre conserve sa spécialité el ne change pas de va-
leur par la position. [ls ont été remplacés chez les Coptes par les lettres numérales & 8. etc.
236. Les noms de nombre anciens sont presque tous conservés dans la langue copte; on les écrivait quelquelo's phonétiquement. L'unité est écrite soit avec le groupe complet ice uà, soit avec le dard seul L le Le copte sahidique a conservé exactement le mot Dr.
Pour le nombre deux, le copte sahidique est cuz&% (féminin cenTte). Les deux traits ||, et plus tard les deux dards |, reçoivent le phonétique | sen, qu'on redouble quelquefois [I pour parler à
la fois à l'oreille et aux yeux.
Trois{[|, — ou fl avait pour phonétique e, — yemet, dont le ë En
me
* Les nombres se rapportant à un substantif écrit idéographiquement se rendaient quelquefois par la multiplication de
. la figure. On observe surtout cette particu-
larité dans le nombre neuf, qui forme une
sorte de pluriel d'excellence; exemples :
117711111 si ve des neuf
deuxr t EEE les neuf arcs
indiquant l'ensemble des peuples étranpers.
memphitique wjorsT+ est le plus voisin. Le sahidique ajoute la nasale your; sous les Ptolémées, ce nombre est souvent écrit par
trois oiseaux de divers genres, ee, AVS etc.
Le nombre te se rencontre sous les deux formes — âfle,
RE âftu et Ne
700% pour le nombre tolé et de BUTE comme aflixe après Îles
ftu. Le copte sahidique se Sert de
dizaines !.
Le nombre canq RS écrit, dans le style récent, par l'étoile X à cinq rayons dont la valeur phonétique fau est bien prouvée ?. La forme copte “To (en afixe TE) est évidemment la même que celle du mot égyptien.
Le nom du nombre six ! ! lesten copte CO0%. Dans l'ésyptien, M. Birch a indiqué le groupe 1 1 säs dans un exemple qui peut laisser quelque doute. M. Goodwin a remarqué que lallitération jouait sur le nombre six avee Île groupe AY qu'il propose de lire suu. Gette précieuse indication est confirmée ci-après par le nom du nombre soixante; nous écrivons donc suu, pour fe nombre six°.
Le nombre sept a été rencontré par Champollion sous les deux
formes 1 sexef et I: sefex. Les mots coptes Czut sahidique
et WAY memphitique sont dérivés de seyef. Les Égyptiens des bas temps écrivent «sept» avec la tête @*. Une autre variante, signalée par M. Mariette, se sert du groupe (1)
f Le nombre huit s'écrivait phonétiquement Z'Z sesennu, LERtRers &
À ÎD. signe des bas temps pour «quatre,» fait allusion à la forme carrée des salles panégyriques.
? La variante du titre sacerdotal des LS
égale à 4 K provient de cette valeur a pour l'étoile. is
* M. W. Goodwin a signalé, dans le papyrus du musée de Leyde, n° 350, un rapport d’allitération établi entre les nom-
princesses thébaines
bres écrits en tête de chaque paragraphe et le premier ainsi que le dernier mot du
texte correspondant. C'est à cette précieuse découverte, étudiée plus tard par M. Pleyte, que nous devons la connaissance de tous les noms de nombre nouvellement déterminés, (Voy. Goodwin, Zeitschrift, 1854 , p.39,1867, et Pleyte, ibid.
1867, p. 1 etsuivantes.)
* Suivant M. Lauth, par allusion aux sept ouvertures de la tête.
* Ce groupe se lit hept ordinairement; le rapport avec ér7a est bien singulier.
mot fort différent du copte &jxs0%1; cette exception, unique dans la série, a de quoi surprendre; mais le mot est trop fréquemment écrit en lettres simples pour nous laisser de l’hésitation. Aux basses époques on trouve pour le nombre huit un chiffre ainsi figuré Dans l'antiquité, le groupe © est l'expression du cycle des neuf dieux, il se lit patu; peut-être varia-t-il de prononciation quand on l’'appliqua au nombre neuf en général. I est certain que le signe © resta en usage pour «neuf» dans un temps où ce nom de nombrese prononçait peset, comme le copte Ÿ1+; en effet, à côté du signe ©),
le style ptolémaïque emploie la variante & qui se prononçait #
AÂh AR?
AA RAA?
Cr peset (irradiare). Je crois donc qu'il faut transcrire également © par peset quand c’est le chiffre 9. Un autre chiffre de la basse époque pour le 9, __1,, n'est pas autre chose que linutation du chiffre hiératique -que nous rencontrons ci-après.
Le chiffre , pour «dix,» a comme phonétique le groupe ” met, égal au memphitique 5E"7; le sahidique ajoute quelquefois la nasale #77. On trouve comme chiffre des bas temps lépervier
ou le phallus =.
Aucun exemple ne nous renseigne sur la prononciation des unités jointes aux dizaines; les Coptes font subir de légers changements aux nombres ainsi réunis, comme 22WTZUTE 14, 2UWT%CE 16, etc. Les unités suivent les dizaines, comme dans l'écriture égyptienne.
Le nombre vingt N se prononce en copte sahidique XOXUT,
5 q memphitique <xx. Le papyrus de Leyde met ce nombre en rap- Se , : : 7e Ce port avec le groupe e laut; égyptien était donc encore 11 ES identique avec le copte!.
Plusieurs chiffres ont été relevés dans le style récent; <= figure
dans quelques dates pour le nombre « vingt?,» ce n’est que limi-
! T'aut est le participe du verbe fa lu, nouveau jeu de mots ayant le même der à la fin du paragraphe on re- but que le premier.
\ Es 2 ? Stèles du Sérapéum, du temps de marque les HIDE De lut ài-
Psammétik I”, au musée du Louvre.
tation du signe hiératique pour le vingtième jour du mois. TN indique deux dizaines par deux boucles de cheveux. La tête d'oiseau © reçoit aussi cette valeur «vingt» dans quelques dates!. On trouve enfin les deux éperviers pour deux dizaines.
Le mot égyptien pour trente devait différer bien peu du mot — | el re-
à , memphitique
yemet « trois, » car le nom propre du dard | s'écrit 16 Fos
çoit pour variante M2, Le copte sahidique 22217 EM 292.28 est fort différent. Trente ou plutôt trois dizaines sont rendues par TX trois boucles dans les monuments récents. |
Nous ne connaissons pas de renseignements certains pour le nom du nombre, 4o. Dans lorthographe récente, on a signalé le groupe ARE ou huit fois 5. Le cople sahidique est S234.
À partir dé cinquante, les noms des dizaines sont tirés, dans le copte, du nom de l'unité correspondante; *Ÿo% «cinq» a donné “210% «cinquante.» Le manuscrit de Leyde termine le para-
graphe 90 par le mot N SH patuu dont la finale tuu indique un
mot identique avec ve
Soixante, en copte CE (comparez COD% #six»), se disait en égyplien su où sau; en effet, le paragraphe 6o du manuscrit précité commence par 1 € sa-ut et finit par 1 \ À sautu. Le chiffre des bas temps pour 60 est En imitation évidente du chiffre hiératique *.
Pour soixante et dix, le copte a les formes ay8E, LUE, qui s’écartent un peu de cz «sept.» Le paragraphe 70 du manuscrit commence par le mot Et sefeyu et finit par DRE Lure
! Peut-être serait-ce la tête de l'oiseau appelé |- tat. (Voy. la stèle de Pische-
renplah.)
* Voyez Brugsch, Zeitschrift, février 1868. L'épyptien peut avoir possédé deux termes différents : le papyrus de Leyde
met en rapport avec le nombre 30 un mot
terminé par bu et dont le premier signe ressemble à À teb ou à l'hiératique pour «trente.» On trouve également, sur une stèle du Louvre, le titre nnn | \ que nous serions bien tenté de lire mabu, d'après le copte 22228.
* Voy. le tableau ci-après, planche IE,
au nombre 6o.
DES NOMS DE NOMBRE. 111 än xesef-f, Cest un jeu de mots par approximation qui ne sullirait pas pour renseigner exactement; joint avec le premier, on en peul conclure que 70 se prononçait d’une manière peu diflérente de sefex ou sexef «sept.
Quatre-vingts, en copte memphitique Bz23%e, sahidique E2- ENE, se retrouverait exactement dans le mot ù indiqué par M. Goodwin : le manuscrit ne nous renseigne pas de la même manière, il nous renvoie au nombre «huit» par le mot LL s cll: sesennuu. Peut-être la langue possédait-elle deux termes différents Le chiffre ptolémaique ZX « quatre-vingts» est encore une imitation de lhiératique !.
Le copte présente pour quatre-vmgt-dix les formes, sahidique NECT210%, memphitique MC TZ310% provenant de Y1T «neuf; » le même rapport existait en égyptien, le manuscrit met ici en allitération le même groupe que pour le nombre 9 : unit le cycle des neuf dieux prononcé patu.
Le copte QE vcentr est également égyptien; le manuscrit établit ici l’allitération avec le mot MAR N sai.
mn
Pour 200, le memphitique K°+ semble bien provenir du précédent avec la finale |}, & du duel. Le mot antique était le même, le manuscrit se sert ici du mot 5 C x sau.
Après 200, le copte place les noms d'unités avant le mot CU: comme CURE QUE sahidique, 500. Le précieux manuscrit de Leyde montre que telle était aussi la règle égyptienne, il commence par ||} ONE yemet sa le numéro 300 et par] sa le numéro oo.
Le signe | 1,000 n’est autre chose que la lettre ya, le copte yo montre l'adoucissement ordinaire de x en $. |
Le doiot levé he valant 10,000 ,se prononçait {eh EET Le même
* Voyez le tableau des chiffres hiéra- remarque notamment dans le Vote |
tiques, planche IT, au nombre 80. ST tebah «prier.» Comparez les va-
Fe Peel ; $ | F cette orthographe pleine se riantes | | | tab et - |) teb. > pr |
rapport est conservé dans le copte sahidique : 7K8 « doigt,» 782
10,000. Les 1,000 et les 10,000 se répètent jusqu’à neuf comme les chiffres précédents. |
Le têtard À, 100,000, se prononçait û è N lufennu !; le nom
LATE , k | spécial n'existe plus en copte. Pour plusieurs centaines de mille, on pouvait aussi répéter le signe ù | ou le placer sur des unités; exemple : à hoo,000. Les grains des domaines de Mageddo sont évalués ie l'inscription de Tutmes III? à un nombre de A tena
« mesures » exprimé par à à EN PRE de T T NE T SEA
(dizaines et unités A Ailleurs le même document fournit le
nombre de AE ê
Le signe
FA
répond au phonétique \ heh et au copte SzS «mul-
titudo, multus.» D’après la progression décimale des expressions numériques, il doit signifier «un million » quand on le prend dans le sens absolu“. La phrase suivante, tirée du discours de Ramsès IF, au Poëme de Pentaur, montre l'emploi des trois derniers nombres: