‹ Chrestomathie française à l'usage de la jeunesse arabeChapitre 58 sur 74 · VA · texte numérisé non relu

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leors richesses. Les vivres qu'ils avaient portés étaient consommés; ils convinrent qu*un d*euz irait en chercher à la ville, et que le plus jeune se chargerait de cette commission: il partit.

Il se disait en chemin: « Me voilà riche; ma*s je le serais bien davantage si j'avais été seul quand le trésor s*est présenté; ces deux hommes m'ont enlevé mes richesses, ne pourrais-je pas les reprendre? Cela me serait facile; je n'aurais qu*à empoisonner les vivres que je vais acheter; à mon retour je dirais que j'ai dîné à la ville. Mes compagnons mangeraient sans défiance, et ils mourraient; je n'ai que le tiers du trésor, et j'aurais le tout. »

Cependant les deux autres voyageurs disaient:* Nous avions bien affaire que ce jeune homme vint s'associer avec nous; nous avons été obligés de partager le trésor avec lui; sa part aurait augmenté les nôtres, et nous serions véritablement rtcfaes: il va venir^ nous avons de bons poignards. «

Le jeune homme revint avec des vivres empoisonnés; ses compagnons l'assassin^rent ; ils mangèrent^ et moururent, et le lré>or n'appartint à personne.

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Histoire de jean et marie .

Un marchand s'embarqua pour les Indes a?ec sa femme , il y gagna beaucoup d*argent» et, au bout de quelques années^ il fit ses préparatifs ponr revenir en France j où il élait né et où il avait toute sa famille : il emmenait avec loi sa femme et deux enfants , un garçon et une fille ; le garçon , âgé de quatre ans « se nommait Jean , et la fille , qui n*cn avait que trois , s'appelait Marie . Quand ils furentà moitié chemin, il s'éleva une violente tempête, et le pilote dit qu'ils étaient en grand danger , parce que le vent les poussait vers des lies où sans doute leur vaisseau se briserait Le pauvre marchand, voyant le péril qui les menaçait^ prit une grande planche.et y lia fortement sa femme et ses deux cnfanis;i] voulut s'y attacher aussi lui-méme,mais il n'en eut pas le temps,car le vaisseau, ayant heurté contre on rocher»se brisa en deux, et ceux qui étaient dedans tombèrent à la mer. La planche sur laquf'lle étaient la femme et les deux enfants se soutint sur l'eau comme un petit bateau, et le vent les poussa vers une tle. Alors la femme détacha les cor-

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des , Gt avança dans cette île avec ses deux enfants.

La première chose qu'elle fit quand elle fut en lieu de sûreté, fut de se mettre à genoux , pour remercier Dieu de Tavofr sauvée ; elle était pourtant bien affligée d*avoir perdu son mari, qui lui était si cher : elle pensait aussi qu'elle et ses enfants mourraient bientôt de faim dans cette île , ou qu'ils seraient dévorés parles bêtes sauvages. Elle marcha quelque temps dans ces tristes pensées;puis elle aperçut plusieurs arbres chargés de fruits. A\ec un bâton elle en fit tomber quelquesuns qu'elle donna à ses petits enfanis;elle en mangea elle-même,et avança ensuite plus loin pour voir si elle ne découvrirait point quelque cabane, mais elle reconnut qu'elle était dans une île déserte . Elle trouva sur son chemin on grand arbre qui était creux; et résolut de s'y retirer pendant la nuit. Après y a\oir couché avec SCS enfants,ils marchèrent encore le lendemain autant que les forces le leur per^ mirent ; sur leur chemin elle découvrit des nids d*oiseanx dont elle prit les œufs^et voyant qu'elle ne trouvait dans cette Ile ni hommes ni bêtes malfaisantes,elle résolut desesoumettre à la volonté du Ciel , et de faire son possible pour bien élever ses

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enfanis. Elle avait $aoTé da nanfrage on évangile et un livre do prièrestelle s'en servit pour leur apprendre à liie et leur enseigner à connaître Dieu • Quelqoefois son fils lui disait : i Ma mOre , où est donc papa ? Pourquoi nous a-t-il fait quitter notre maison pour venir dans cette île ? Est-ce qu*il ne viendra pas noas chercher? — Mes enfanis, leur répondait cette piuvre mère en fondant en larmes, votre père est aKé au ciel ; mais vous avez un autre père qui est Dieu : il est ici , quoique vous ne le voyiez pas : c'est lui qui nous envoie des fruits et des œufs, et il aura soin de nous tant que nous l'aimerons de tout notre cœur, et que nous le servirons Gdclcnunl. » Quand ces enfants surent lire, ils s'occupaient avec plaisir de tout ce que contenaient leurs livres.et ils en parlaient toute la journée ; ils étaient d'ailleurs d'un excellent ceraclcre j et d*UQe souoiitfsioQ sans bornes aux moindres volontés de leur mère.

J^u bout de deux ans elle tomba malade, et comme elle comprit qu*elle allait mourir, elle conçut la plus grande inquiétude sur ses pauvres enfants; mais à la Gn elle pensa que Dieu qui est bon en prendrait soin; cette pensée consolante la

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ntsora. EOe éuit couchée dans le creux de mn artire, et ayant appelé tes tnknts, elle leor dit:i Je Tab bientôt mourir, mes chers enfants, et voos n*anrez phis de mère. SoQ?ene£-vons pourtant que tous ne resterez pas tout seuls, et que Dîen verra tout ce que vous ferez; ne manquez jamais à le prier matin et soir. Mon cher Jean, ayez bien soin de votre sœur Marie; ne la grondez pas, ne la battez Jamais; vous êtes pins grand et plus fort qu'elle, vous irez lui chercher des œufs et des fruits. » Elle voulait dire aussi quelque chose à Marie, mais elle nVn eut pas le temps, elle rendit le dernier soupir entre leurs bras.

Ces malheureux orphelins ne comprenaient pas ce que leur mère avait voulu leur dire: ils ne savaient ce que c'était que de mourir; ils crurent qu'elle dormait et ils n'osaient faire du bruit, par crainte de la réveiHer.Jean alla chercher des fruits, et ayant soupe, ils se couchèrent à côté de Tarbre, et s'endormirent tous les deux. Le lendemain matin ils furent fort étonnés de ce que leur mère dormait encore, et la tirèrent par le bras; mais comme ils virent qu'elle ne leur répondait point^îls crurent qu'elle était fAcbée contre eux, et se mirent ) pleurer; ensuite ils lui demandèrent pardon, et lui promirent d'être plussages.Ils eurent beau faire,la pauvre

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femme ne leur répondit point . Ils restèrent là pendant plusieurs jours , jusqu'à ce que le corps commençât à se corrompre. Un matin, Marie, jetant de grands cris, dit à Jean:* Alil mon frèrel Toilà des vers qui mangent notre pauvre maman; il faut les arracher: venez m'aider. • Jean approcha; mais le corps sentait si mauvais, qu'ils ne purent rester auprès, et furent contraints d'aller chercher un autre arbre pour y coucher.

Ces deux enfants ohéirent eiactement à leur mère^et jamais ils ne manquèrent à prier Dieu ; ils lisaient si souvent leurs livres qu'ils les savaient par cœur : quand ils avaient lu, ils se promenaient ou bien ils s'asseyaient sur rherbe,et Jean disait à sa sœur: « Je me souviens, quand j'étais bien petit, d'avoir été dans un pays où il y avait de grandes maisons et beaucoup d'hommes ; j*avais une nourrice, et vous aussi» et mon père avait un grand nombre de valets: nous avions aussi de belles robes: tout d'un coup papa nous a mis dans une maison qui allait sur l'eau, et puis nous a attachés à une planche et a été au fond de la mer, d'où il n'est ja* mais revenu . — Cela est bien singulier , répondait Marie ; mais enfin puisque

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c*est arrivé ainsi , c'est que Dieu Ta voulu ; car vous savez bieb , mon frère , qu*il est toutpuissant . »

Jean et Marie restèrent onze ans dons cette !!c. Un jour qu'ils étaient assis au bord de la mer,ils aperçurent dans une barque plusieurs bommcs noirs. D'abord Marie eut peur > et voulut se sauver ; mais Jean la retint et lui dit : • Restons , ma sœur ; ne savez-vous pas que Dieu est ici présent , et qu'il empêchera ces hommes de nous faire du mal ? » Ces hommes noirs , étant descendus à terre, furent surpris de voir ces enfants qui étaient d*unc autre couleur qu*eux, ils les environnèrent et leur parièrent, mais ce fut inutilement, le frère et la sœur n'entendaient pas leur langage. Jean mena ces sauvages à Tcndroit où étaient les os de sa mère, et leur conta comment elle était morte tout d'un coup. Ils ne l'entendirent pas non plus. Enfin les noirs leur montrèrent leur petit bateau et leur firent signe d'y entrer. «Je n'oserais, dit Marie, ces gens-là me font peur.» Jean lui répoa-> dit : « Rassurez- vous ^ ma sœur , mon père avait des domestiques de la même couleur que ces hommes; peut-être qu'il e&t revenu de son voyage, et qu'il les envoit pour nous chercher. »

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Ik entrèrent donc dans la barque, qui les conduisit dans une île peu éloignée de celle qu'ib venaient de quitter ^ et qui avait des sauvages pour habitants. Ils y forent fort bien reçus : le roi ne pouvait se lasser de regarder Marie, et il mettait souvent la main sur son cœur pour lui prouver qu*il l'aimait. Marie et Jean eurent bientôt appris la langue de ces sauvages , et ils connurent qu'ils faisaient la guerre à des peuples qui demeuraient dans les îles voisines , qu'ils mangeaient leurs prisonniers, et qu'ils adoraient un grand vilain singe qui avait plusieurs nègres pour le servir^ en sorte qu'ils se repentaient beaucoup d'être venus demeurer au milieu de cette affreuse nation. Cependant le roi voulait absolument épouser Marie; mais celle-ci disait à son frère : • J'aimerais mieoi mourir que d'être la femme de cet homme-là. — C'est^ sans doute, parce qu'il est si laid que vous ne voulez pas J'épouser. — Non^ mon frère , c'est parce qu*il est méchant ; ne voyez- vous pas qu'il ae connaît pas Dieu , et qu'au lieu de le prier il se met à genoux devant ce vilain singe? D'ailleurs notre livre dit qu'il faut pardonner à ses ennemis et leur faire da bien ; et vous voyez qu'au lieu de cela ce méchant homme fait mourir

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ses prisonniers et les mange .

— Il me vient une pensée , dit Jean ; si nous pouvions tuer ce vilain animal, ils verraient bien que ce n*est pas un dieu. — Faisons mieux, reprit Marie; notre livre nous enseigne que Dieu accorde toujours les choses qu*on lui demande de bon cœur; mettons-nous à genoux, prions-le de tuer lui*même le singe^ alors on ne s'en prendra point à nous^ et on ne nous fera point mourir. »

Jean trouva ce que sa sœur lui disait fort raisonnable ; ils se mirent donc tous deux h genoux , et dirent tout haut : « Seigneur , qui pouvez tout ce que vous voulez^ ayez , s*il vous plaît , la bonté de tuer ce singe , afin que ces pauvres gens connaissent que c*est vous qu*il faut adorer^ et non pas lui . » Ils étaient encore à genoux, lorsqu'ils entendirent pousser de grands cris ; ils s'informèrent de ce qui pouvait y donner lieu , et ils apprirent que le grand singe , en sautant d'an arbre à l'autre , s'était cassé la jambe,et qu'on craignait pour sa vie . Les sauvages qui en avaient soin,ct qui étaient comme ses prêtres,dirent au roi^ lorsqu'il fut mort, que Marie et son frère étaient cause du mal heur qui était arrivé, et qu'ils ne popr -

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raient être heureux qu'après que ces deux blancs auraient adoré leur Dieu. Aussitôt on décida qu'on ferait un sacrifice an nouveau singe qu'on venait de choisir ; que les deux blancs y assisteraient et qu'après la cérémonie Marie épouserait leur roi;dansle cas où ils s'y refuseraient, on les brûlerait tout vifs avec leurs livres, dont ils se servaient pour faire des enchantements. Marie apprit cette résolulion;et comme les prêtres lui disaient que c'était elle qui avait fait mourir leur singe, elle répondit : «Si je l'avais fait mourir, n'est>il pas vrai que je serais plus puissante que lui ? Je serais donc bien stupide d'adorer quelqu'un qui ne serait pas au-dessus de moi; le plus faible doit se soumettre au plus puissant , et par conséquent je mériterais plutôt les adorations du singe,que lui les miennes; cependant je ne veux pas vous tromper ; ce n'est pas moi qui lui ai ôté la vie, mais notre Dieu , qui est le maître de toutes les créatures, et sans la permission duquel vous ne pourriez m'ôter un seul de mes cheveux . » Ce discours irrita les sauvages ; ils attachèrent Marie et son frère à des poteaux, et se préparaient à les brûler, lorsqu'on leur apprit qu'un grand nombre de leurs ennemis venaient d'aborder dans l'île. Ils cou-

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