‹ Chrestomathie française à l'usage de la jeunesse arabeChapitre 60 sur 74 · EFFETS DE LA PEUR · texte numérisé non relu

EFFETS DE LA PEUR

Sor les confins de la Savoie^ dans les hantes montagnes des Alpest trois jeunes gens entoaraient on jour le lit de lenr vieux père malade. Le médecin venait de se retirer.après avoir constaté une fièvre pernicieuse et ordonné une forte dose de snlfate de quinine pour le lendemain. Les trois frères ( Joseph, Pierre et Jean } se regardaient muets et silendeux; leurs yeux étaient tristes comme leurs cœnrs. Ils étaient pauvres,très-pauvres,et le peu d'argent qu'ils avaient dans la maison ne suffisait pas à payer la moitié de ce remède si urgent, qui devait sauver la vie de leur père. A genoux par terre, ou plutôt affaissés sur eux-mêmes^ ils priaient et sanglottaient • De toutes les prières que l'homme adresse à Dieu pendant sa vie d*épreuve,nalle prière n'est plus solennelle que celle qui s'échappe de notre cœur désolé, devant le spectacle d'une âme aimée, brisée parla souffrance et sur le point de se séparer de nous pour retourner à Dieu. • Pourquoi pleurez-vous, mes pau-

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▼res enfants, disah le Tiefibrd d*dne Toix entreooopéeT Si c*est la volonté de Dienl. . La mort, c^est le repos dn faboorenr qui a fini sa journée^ c'est Farrivée chei soi après on long et pénible foyage. N'oublions pas qoe nous ne sommes pas de ce monde. Noos passons ici bas. comme lliirondelle, chercbant chaque jour la vie de chaque jour, et, comme elle, quand l*hiver approche^ une force mystérieuse nons attire en de plus doux climats. Mon Dieu! je vous remets ma vie; si vous ▼onlezqoe jemeure.eh bien t.... -*Non,non,Dieone veut pas que nous vous labnons mourir ainsi, puisque vous pouvex vivre encore, s*écrie Joseph, le plus âgé des trob jeunes gens, se relevant vivement et prenant les mains de son père qnll couvre de baisers et de larmes . « Puis, s'adressant à ses frères :« Dans deux henres,8l vous le voultz^leur dit-il,noiis serons assez riches poornoos procurer ce que le médecin a prescrit Venez avec moi • — Où allez- vous enfants 7 vous m'abandonnes 7 murmura le vieillard. » Nons ne serons pas longtemps absents, pèrel nous avons besoin d'être ensemble • • Et ils embrassèrent le pauvre mafade l'on après l'autre avant de s'éloigner.

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Joseph sortit le dernier^ après s*ôtre muni d*an long sabre, d*on fort couteaa de chasse et d*ane grosse corde dont il avait l'habitude de se servir pour abattre les arbres dans la montage. Quand il eut rejoint ses frères, il leur confia qu*il avait conçu Taudacieux projet de s*cmparer d'un nid d'aigle qu'il connaissait et de vendre ensuite sa capture à un naturaliste de la ville voisine, qui en donnerait certainement un bon prix.

Le nid se trouvait situé dans l'an Tract uosi té inaccessible d'un rocher taillé à pic, ù trois cents pieds d'élévation au dessus d'un torrent dont les vagues se brisaient en mugissant sur des roches aiguës. Arrivés sur le bord du précipice, les trois frères se mettent à genoux, font une courte mais fervente prière,et se relèvent pleins dç courage. 11 s'éleva alors entre eux un con^bat louchant de générosité et d'alTeciion filiale. Chacun voulait descendre le premier dans l'abîme. Mais Joseph, qui avait proposé l'entreprise, réclama, pour lui seul, l'honneur et le péril de l'accomplir. C'était un beau jeune homme , de YÎngt-deux ans environ, robuste et agile comme tous les montagnards et doué d'un courage à toute épreuve .

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Après avoir sondé la profondeur qu'il deTait parcourir pour atteindre le repaire des aigles, il se ceint forlcroent les reins de la corde à gros nuœds, que ses frères se chargent d'abaisser ou de hisser à volonté , puis« armé de son sabre et de son couteau de chasse^il se laisse descendre dans le précipice. Il arrive, non sans peinej jusqu'à la fente du rocher qui récèle le nid d'aigle . Il y trouve quatre aig Ions, s'en empare et donne joyeusement le signal du retour. Heureux d'un si riche butin,il pensait à son vieux père, il le voyait déjh guéri et rendu à la santé par les re* mèdes que devait lui procurer le produit de sa chasse. Une douce joie remplissait son cœor et lui faisait oublier toutes ses fatigues, lorsque deux aigles, d'une <ui* vergure colossale , fondent tout à coup sur lui . C'étaient le père et la mère des aiglons qu'il avait cachés dans son sein. Un combat terrible s'engage aussitôt. Les précipices et les rochers de l'abîme, répercutent les cris aigus des aigles en fu« reor, qui frappent le malheureux chasseur avec leurs ailes et le déchirent avec leurs becs et leurs puissantes griffes. Mais Joseph se défend avec sang-froid et lutte avec courage;armé de son sabre il porte à droite et à gauche des coups vigoureux

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et pressés^ et parvienl i repousser et ï mettre en fuite ses redoutables adversaires. Fier de sa victoire , il allait remonter la pente escarpée du ravin , lorsque , en levant les yeux , il s'aperçoit , qn*en se défendant , il a presque entièrement coupé la corde qui le soutient . Il n'en restait plus qu'un léger cordon! Â cette vue, une sueur froide lui monte au front; sa vue s'obscurcit, ses oreilles bourdonnent, son sang se fige dans ses veines. Paralysée par la terreur, sa langue demenre Immobile; ses dents s'entrechoquent avec violence. Lui, si courageux, si intrépide , il n'y a qu'un instant , en face du danger , se sent défaillir . Chaque minute qui s'écoule lui semble, devoir être la deinière de son existence. Bientôt, sa raison s'égare; il pleure comme un enfant et tremble comme une feuilIe.QuelapIus petite secousse agile la corde qui le soutient, que ses nœuds s'embarrassent dans les fissures et les rugosités du rocher ou se heurtent en passant aux branches de quelque arbuste..., il tombe, il roule de précipice en précipice, dans an abîme sans fond , meurtri , broyé , brisé , pulvérisé I ... La voix même de ses frères qui l'encouragent n'arrive pas jusqu'à lui. . . il n'entend que le bruit sourd du torrent

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impétoeax qaî gronde sous ses pieds. Et .. si les aigles aibîeat reTeoir encore nne fols ! Cette pensée le saisit et le réveille en quelque sorte. Il ponsse un dernier cri d'angoisse et de désespoir et conjure ses frères de tirer lentement, lentement, la corde qu'une l^ère secousse peut achever de rompre.

Pierre et Jean, qui avaient plutôt deviné que compris, à la terreur subite de Joseph, tout le péril desa situation, redoublent de prudence et d'activité. Ob! avec quelle ferveur ils prient et invoquent le secours et la protection du très-Haut, pendant qu'ils font glisser lentenkent entre leurs mains la corde fragile ! Enfin, après une heure d'agonie, Joseph arrive sain et sauf sur l'escarpement du ravin,et tonhe baigné de sueur et de sang entre les bras de ses frères . Mais sa terreur avait été si grande, que ses cheveux avaient complètement blanchis et qu'il resta muet tonte sa vie.

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