‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 108 sur 151 · STÉPHANE MALLARMÉ · texte numérisé non relu

STÉPHANE MALLARMÉ

Eteigne dans l'horreur de ses noires traînées Le soleil se mourant, jaunâtre, à l'horizon l

— Le ciel est mort. — Vers toi, j'accours ! donne, ô Matière,

L'oubli de l'Idéal cruel et du Péché

A ce martyr qui vient partager la litière

Où le bétail heureux des hommes est couché,

Car j'y veux, puisque enfin ma cervelle, vidée Comme le pot de fard gisant au pied d'un mur, N'a plus l'art d'attifer la sanglotante idée, Lugubrement bâiller vers un trépas obscur...

En vain l'Azur triomphe, et je l'entends qui chante Dans les cloches. Mon âme, il se fait voix pour plus Nous faire peur avec sa victoire méchante, Et du métal vivant sort en bleus angélus !

Il roule par la brume, ancien et traverse Ta native agonie ainsi qu'un glaive sûr ; Où fuir, dans la révolte inutile et perverse ? Je suis hanté. L'Azur 1 l'Azur ! l'Azur! l'Azur!

Sonnet'.

Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui Va-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivre Ce lac dur oublié que hante sous le givre Le transparent glacier des vols qui n'ont pas fui 1

Un cygne d'autrefois se souvient que c'est lui. Magnifique mais qui sans espoir se délivre Pour n'avoir pas chanté la région où vivre Quand du stérile hiver a resplendi l'ennui.

* Voici un spécimen typique de poésie symboliste ; nous le donnons à titre de curiosité et comme un bel exemple à ne pas suivre. Il parait (jue ce logogriphe a un sens, d'après M. de Wyzevra ; le voici : o Un cygne se lamente à la surfice d'un lac dont les eaux sont gelées éternellement. Il aurait pu jadis, chanter, — créer — une autre région : là, il aurait vécu, abrité des hivers stériles et de l'ennui. Hélas I U est aujourd'hui devenu l'esclave de ce monde glacé. Son aUe est attachée à la surface du lac éternellement. Eternellement? Ne peut-elle s'arracher en ce jour nouvel et vivace de la scieuce regagnée ? Mais son col sevîoue vainement cette blanche agonie; vainement il a nié l'espace qui le tient, et qu'il sait avoir créé. L'habitude cruelle le rive au sol : il peut mépriser cette vision de malheur : toujours, désormais, il devra la subir. » Quand on publiera les œuvres complètes de Mallarmé, il faudra évidemment charger Teodor de Wyzevpa d'en faire une traduction ad usum populi.

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Tout son col secouera celte blanche agonie

Par l'espace infligée à l'oiseau qui le nie,

Mais non l'horreur du sol où le plumage est pris.

Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne, Il s'immobilise au songe froid de mépris Que vél parmi l'exil inutile le Cygne.

Œuvres à lire de Mallarmé (Perrin et C'«. éditeurs, Paris; F. Rops, Bruxelles): Poésies complètes, i" cahier; Vers et prose, morceaux choisis (1893); Poésies (1899). — Critiques à cousulter : Catulle Mendès, La légende du Parnasse contemporain (1884); Byvanck, Un Hollandais à Paris eniSQl; Teodor de Wyzeva, Nos maîtres (1895); Jules Lemaître, Les Contemporains (189G); Gaston Deschamps, La vie et les livres (1898); Henri de Régnier, Revue de Paris, l«r octobre 1808.

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