‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 116 sur 151 · FERNAND GREGH · texte numérisé non relu

FERNAND GREGH

Mais j'irais moins lassé sur la route infinie Si je n'étais pas seul à faire mon chemin. El si pour me guider je tenais une main Dont je suivrais le charme et la douceur hénie...

Promenade d'automne ^

J'ai marché longuement à travers la campagne

Sous le soleil rêveur (]ue son ombre accompagne.

Comme la forme pâle, à terre, de son rêve.

L'étang brillait, je suis descendu sur la grève.

De beaux cygnes nageaient sous les derniers feuillages;

Ils traînaient derrière eux, calmes, de blancs sillages

Qui ridaient, en s'élargissant, l'eau solitaire

Et semblaient des liens d'argent avec la terre.

J'ai regardé longtemps, assis sous les vieux charmes,

Près du pont, me sentant monter aux yeux les larmes

Que fait venir l'aspect de la beauté parfaite.

Parfois passait, dans l'or du bel automne en fête,

Odeur de la Toussaint funèbre, attristant l'heure

Du tendre souvenir lointain des morts qu'on pleure.

Un monotone et doux parfum de chrysanthème.

— Et soudain j'ai songé que je mourrai moi-même...

Et j'ai dit à l'automne, aux longs rayons obliques.

Au vent, au ciel, aux eaux, aux fleurs mélancoliques

« Je ne vous verrai plus, un jour, beauté du monde !

Tu ne couleras plus en moi, douceur profonde

Qui, tous les soirs, des bois pleins d'ombres colossales

Que le couchant allonge aux prés lointains, t'exhales

Et coules lentement dans ma jeune poitrine I

Un jour, tu ne viendras plus enfler ma narine.

Je ne sentirai plus à mon front ta caresse.

Vent odorant, léger, qui cours avec paresse

Sur les fleurs que le soir n'a pas encor fermées ;

Et vous, fleurs tristes, fleurs paiement parfumées.

Un jour, vous couvrirez ma tombe, chrysanthèmes!

Mais j'accueille ton nom, ô mort, sans aiiathèmes

Parmi la vaste paix de ce couchant d'automne ;

Kien, ce soir, dans ma chair, ne tremble et ne s'étonne,

i Extrait de La Beauté de vivre (1900). C'est un spécimen très réussi de poésie en rimes féminines.

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Et la grande pensée en moi n'est pas amère ;

Et je m'endormirais comme aux bras de ma mère,

S'il fallait m'endormir par ce soir pacifique,

Remerciant la vie étrange et magnifique

D'avoir mêlé ses maux de délices sans nombre,

Souriant au soleil, n'ayant point peur de l'ombre,

Espérant dans la mort d'un espoir invincible.

Car tout ne trompe pas, car il n'est pas possible

Que mes pleurs devant ce beau soir n'aient pas de cause

Et ne répondent pas ailleurs à quelque chose.

Que cette ample beauté si douce et si sereine

Ne couvre pas un peu de bonté souterraine ;

Et que mon âme enfin, douloureuse on joyeuse,

Mais qui reste pour moi toujours mystérieuse.

Ne cache pas, peut-être au plus secret en elle,

Un mystère de plus qui la fasse éternelle t »

Œuvres à lire de Fernand Gregh (Calmann Lévy, éditeur, Paris) : La maison de l'enfance (I697j; La Beauté de vivre (1900); Les Clartés humaines ; L'Or dos minutes (1905). — Critiques à consulter : A. Sabatier, Journal de Genève du 80 mai 1897; Gaston Deschamps, Le Temps des 8 novembre 1897, 15 avril 1900 et 2 juillet 1905; G. Pellissier, Le mouvement littéraire contemporain (1901).

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