FRANCIS JAMMES
JVe à Borileriitx en l.StSU.
Disciple de Viélé-Griffin, il a, comme ce derniei-, une Ame délicate et douce : la fleur de la prime jeunesse s'épanouit dans ses vers d'une naïveté charmante. C'est le poète des choses simples et des sentiments courants. Il les exprime avec une spontanéité,une grâce priraesautièro qui donnent à ses vers libres un grand charme musical.
Le vieux villag-e *.
Le vieux village était rempli de roses
et je marchais dans la grande chaleur
et puis ensuite dans la grande froideur
de vieux chemins où les feuilles s'endorment.
' Extrait du recueil . De l'angélus de l'aube à l'angélus du snir (1898).
560 CUKKSÏÛMATHIE FRANÇAISE
puis je longeai un mur long et usé ;
c'était un parc où étaient de grands arhres.
et je sentis une odeur du passé,
dans les grands arhres et dans les roses blanches
Personne ne devait l'iiabiter plus...
Dans ce grand parc, sans doute, on avait lu...
Et maintenant, comme s'il avait plu,
les ébéniers luisaient au soleil cru.
Ah ! des enfants des autrefois, sans doute, s'amusèrent dans ce parc si ombreux...
On avait fait venir des plantes rouges des pays loin, aux fruits très dangereux.
Et les parents, en leur montrant les plantes leur expliquaient : celle-ci n'est pas bonne... c'est du poison... elle arrive de l'Inde... et celle-là est de la belladone.
Et ils disaient encore : cet arbre-ci vient du Japon où fut votre vieil oncle... Il l'apporta tout petit, tout petit, avec des feuilles grandes comme l'ongle.
Ils disaient encore : nous nous souvenons
du jonr où l'oncle revint d'un voyage aux Indes :
il arriva à cheval, par le fond
du village, avec un manteau et des armes...
C'était un soir d'été. Des jeunes filles couraient au parc où étaient de grands arbres, des noyers noirs avec des roses blanclies. et des rires sous les noires charmilles.
Et les enfants couraient, criant : c'est l'oncle ! Lui descendait avec son grand chapeau, du grand cheval, avec son grand manteau... Sa mère pleurait : ô mon lils. . . Dieu est bon...
Lui répondait : nous avons eu tempête... L'eau douce a bien failli manquer à boni. Et la vieille mère le baisait sur la tête en lui disant : mon fils, tu n'es pas mort...
FRANCIS JAMME3 561
Mais à préseul où est celle famille?
A-t-elle existé? A-t-elle existé?
Il n'y a plus que des feuilles qui luisent, aux arbres drôles, comme empoisonnés ..
El tout s'endort dans la grande chaleur... Les noyers noirs pleins de grande froideur... Personne là u'habite pins...
Les ébéaiers luisent au soleil cru.
Le village à midi.
Le village à midi. La mouche d'or bourdoune
entre les cornes des bœufs.
Nous irons, si tu le veux, si tu le veux, dans la campagne monotone.
Entends le coq... Entends la cloche... Entends le pnon .
en lends là-bas, là-bas, l'âne...
l/hirondelle noire plane.
Les peupliers au loin s'en vont comme un ruban.
Le puils rongé de mousse! Ecoute sa poulie
qui grince, qui grince encor,
car la lille au cheveux d'or lient le vieux seau tout noir d'où l'argent lomhc en pluie.
La nilelte s'en va d'un pas qui fait pencher
sur sa tête d'or la cruche,
sa tête comme une ruche, qui se mêle au soleil sous les Heurs du pocher.
Et dans le bourg voici que les toits noircis lancoii!
au ciel bleu dfs flocons bleus;
et les ai'l)res paresseux à l'horizon qui vibre à peine se balancent.
Œuvres à lire d'^ Fraueis .lammes (Société du Mercure de Frajice, édit., Paiid) : Vers (1892, 1893, 1894); De l'Angélus de l'aube à V Angélus du soir (1898); Les quatorze prières (1900); Le deuil des primeoères (1901). — Critiques à consulter : André Beaunier, Journal des Débats du 7 octobre 1900, et La poésie jt^myei/c(1902).
0t)â CHUESTOMATHIE FRANOAISE
Les poètes belges.
Malgré la merveilleuse renaissance du fl;iuiand, la langue française est encore l'idiome prépondérant de la Belgique. Parlée par plus de deux millions quatre cent mille habitants, elle reste la langue officielle. Plus nombreux que les Wallons, les Flamands voudraient cliasser le franr.iis de leur pays; ils n'y ont pas réussi jusqu ici : noire idiome est toujours, en Belgique, la langue supérieure, la langue de la haute culture et de la civilisation.
La littérature belge d'expression française compte dans ce siècle-ci de fort belles œuvres. Ses poètes, qui sont nombreux (et plusieurs même sont des Flamands francisés) peuvent rivaliser, sinon avec les grands génies, du moins avec les plus grands talents de la France littéraire. Nous n'avons pu faire place ici qu'à quelques-uns d'entre eux; bien que réduite, celle brillante pleïade soutiendra pourtant la réputation de la Belgique qui compte de si nobles artistes.
Pour étudier ce groupe, consulter ■ Edmond Picard, Pro arte; Francis Nautet, Histoire des latlres belges d'expression française; Virgile Rossel, Histoire de la littérature française hors de France; Pol de Mont, Poètes belges d'expression française (ISfO); G. Barrai, Les Fronces littéraires de l'Etranger; Louis Dumont-Wildeu, Les lettres belges et la littérature française, dans La Grande Revue du \" septembre 1901. G. Lemonuier, La Vie belge (1905).