‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 120 sur 151 · AND[U<: VAN HASSELT · texte numérisé non relu

AND[U<: VAN HASSELT

Né à Maastricht en IS06, mort à Bruxelles en 1S74.

Ce Hollandais francisé, disciple de Victor Hugo, dont il fut Tami, est un des représentants les plus caractérisliques du romantisme français en Belgique. Quand on lit ses vers, on voit qu'il partagea les nobles ambitions, les aspirations généreuses et les belles illusions qui régnèrent en France après 1830. C'est un poète de valeur, remarquable surtout parce qu'il essaya de créer une nouvelle poésie rylhmique. Pour réaliser l'idée antérieurement préconisée par Castil l'.lfize. il tenta d'adapter les vers français aux sons musicaux et aux difTércnis rythmes de la musique. C'est alors qu'il traduisit les mélodies de Schubert et une dizaine d'opéras allemands ou italiens, parmi les((uels le Freischïitz &i Le Barbier de Séville. l'Ius tard, il élcmlit sa tentative à la poésie proprement dite. Ses Eludes ri/thmiquex, (jui parunul dés 1857, com-

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prennent des vers, en général basés sui* la prosodie traditionnelle, mais aussi sur l'accentuation des syllabes, tant(M fortes, tantôt faibles, lesquels forment de véritables pieds. On peut les classer, d'après Jules Guilliaume, en : vers à trois accents ou tripodies (de 5 à 9 syllabes), vers à quatre accents ou tetrapodies (de 7 à 12 syllabes), vers à cinq accents ou peutapodies (de 9 à 15 syllabes), vers à six accents ou hexapodies (do 11 à 18 syllabes). La mesure des vers rythmiques dépend donc surtout du nombre des pieds, et c'est l'alternance régulière des syllabes fortes et des syllabes faibles qui produit le rythme et la musique du vers. Très discutée au début, la révolution prosodique de van Hasselt compte aujourd'hui beaucoup d'adeptes. Le poète lui-même en a tiré de très îieureux effets ; ses meilleurs vers sont en tout cas ses vers rythmiques.

La Polog'ne*.

0(i! quand la voix d'Urbaiu, comme un coup de touuerre. Eclata, réveillant l'Europe dans son aire ; Quand Rome, de la foi rallumant le flambeau Et du Christ insulté prête à venger l'offense, Convoquait nations et rois à la défense

De quel(|ues pierres d'un loiubeau ;

La France avec son oriflamme, L'Anglais avec ses léopards, Le Belge qui porte une tlainme Dans les plis de ses étendards, La Suisse aux villes fédérales, L'Espagne dont les cathédrales Fout dans leurs clochers à spirales Chanter mille cloches d'airain, L'Allemagne qui la première S'écria : << Voici la lumière ! »

Tout vint, le palais, la chaumière, Au cri du pape souverain.

Les barons descendaient leurs roches escarpées ; Les rois faisaient forger leurs sceptres en épées; Toute l'Europe en bloc s'arma, chefs et vassaux. Au fond du nord s'ouvrait leur marche d'une année; Et leurs flottes couvraient la Méditerranée, Comme un pont jeté sur ses eaux.

1 Extrait des Primevères (1834). — L'influence de Plugo est très visible dans cette pièce d'une noble inspiration, alors en harmonie avec les idées libérales de l'Europe.

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Et la croisade, orage immense,

Se (léroulail vers l'Orient.

« Où vont ces peuples en démence? »

Dit le vieux Nil en sourianl.

Et toutes ces ombres-momies

Qui, sous les ailes des Lamies,

Depuis trois mille ans endormies,

Au tombeau n'ont pu se glacer.

Pâles dans leurs linceuls humides,

Sur les degrés des Pyramides

Où se brisent les vents numides,

S'assireut pour la voir passer.

Et la croisade allait, aiusi qu'une rafale, Poursuivant à grand bruit sa route Iriomjiliale, Simoun d'hommes creusant au loin les sables gris, Heurtant murs de granit et villes crénelées Qui, par l'ouragan noir, en passant nivelées,

Peuplaient le désert de débris.

C'est ainsi trois fois sur l'.Asie

Que déborda l'Europe à flots.

Tous les peuples l'avaient choisie

Pour cimetière ou pour champ-clos

L'Iiilidèie vit ses bannières.

Courbant leiu-s têtes prisonnières.

Souiller de fange leurs crinières.

Et l'ombre voiler le Croissaiil,

Et de Sion crouler les faites,

Et les Chrétiens, au bruit des fêles.

Du Dieu prédit par les prophètes

Laver la tombe avec du sang.

Mais nous ne sommes plus au tem[)S des grandes clioses. A la voix du passé nos oreilles sont closes. Nous ployons à tout vent le front comme un roseau. L'air des champs userait nos poitrines débiles; Le fer serait trop lourd à nos mains inhabiles, A nos mains qui sauraient mieux tourner le fuseau.

Nous ne savons plus môme avoir de bonne haine. Lâches nous crions haut, mais la peur nous enrhaînf.

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Nos âmes et nos cœurs sont des foyers éteints. Nous reculons devant une lutte virile.

Si parfois la colère en notre sein fébrile S'allume, c'est pour trois matins.

Pourvu qu'un chaud printemps embaume notre voie; Qu'une femme nous rie. enfant que nous envoie Dieu, comme un ange saint, pour essuyer nos pleurs; Qu'un ciel serein et pur illumine nos fêtes Et ne couve jamais l'orage sur nos têtes, Et verse, chaque jour, la rosée à nos fleurs;

Nous voyons de sang- froid les peuples qu'on égorge Sous le pied des bourreaux tordre, eu râlant, la gorge, La hache remplacer le sceptre au poing des rois, Et nos frères, pieds nus, errer le long des fleuves. Hélas ! et la Pologne, en ses campagnes veuves, Traîner, comme Jésus, sa croix;

Et (portant, comme lui, la couronne d'épine

Sur son front d'où le sang coule en rouge cr(''pine)

Du Calvaire des rois gravir le noir coteau.

Et marcher en priant pour nous, sasis qu'au passage

Vienne une main pieuse essuyer -.ou visage

Ou lui rendre moins loui'tl les plis de son manteau.

Nous sommes des maudits, nous sojimes des infâmes, Nous avons moins de force aux veiaes que les femmes. De nos pères en nous rien hélas 1 n'est resté. Pour qui donc, pour qui donc, sn son aire profonde. L'avenir couve-t-il, sous son aile léconde, L'œuf sacré de la liberté?

La maison déserte ^

La maison était pleine de fleurs et de chants, D'oiseauN. et île roses,

» Cette pièce est extraite des Eludes rythmiques. Elle est composée de vers de douze syllabes à quatre accents toniques alternant avec des vers deciiiqsyllabes à deux accents toniques (quatre pieds et deux pieds), ï'e rnuet non compté à la flr. d'un vers ; ils doivent être scandés de la inanicre suivante, le signe ^ désignant les syllabes faibles, le signe — indiquant les syllabes fortes ou accentuées :

La maison/ était plei/ne d>3 fleurs/ et dé chants. 4 ^ 2 ^ ^ ,'1 4

D'oiseaux/ et Je roses '

Et ses portes toujours aux propos des méchants, Toujours étaient closes.

Le printemps l'égayait d'un sourire cliarmant,

Mon ange, à toute lieure.

Et chantait comme un luth quand du soir doucement

La brise l'effleure.

Ce printemps c'était vous, la splendeur, la heautô,

La grâce suprême, Le rayon qui dorait de sa pure clarté

La nuit elle-même.

Et voici, la maison voit grimper sur son seuil

Les ronces armées, Et le morne silence remplit de son deuil

Les salles fermées.

Le rosier du jardin que fait-il de ses fleurs ?

Le soir les effeuille.

Et l'oiseau que fait-il de ses chants, de ses pleurs ?

Le vent les recueille.

Car, hélas l mon amour, de la blanche maison

Vous êtes partie, De SOD nid printanier, sa chantante prison.

Fauvette sortie.

Vous n'êtes plus là *.

Dans mon frais jardin plein de fleurs étoilées Vous croissiez, ô lis des bosquets ténébreux. Vous chantiez, bouvreuils, ô musiques ailées, Aux échos charmés vos refrains amoureux.

Dans mon gai foyer, plein de flammes joyeuses, Vous brûliez, rameaux des yeuses des bois ; 0 grillons, et vous, aux soupirs des yeuses, 0 grillons chanteurs, vous mêliez votre voix 1

* Cette pièce rythmique est formée entièrement de vers dp onze syllabes à quatre accents toniques (quatre pieds), la dernière syllabe muette n'étant pas comptée, à la fin d'un vers, comme dans la prosodie ordinaire. 11 faut les scander ainsi :

Dans mon frais/ jardin/ plein de fleurs/ étoilées

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