‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 126 sur 151 · JEAN-JACQUES PORCHAT · texte numérisé non relu

JEAN-JACQUES PORCHAT

iVrf à Crête (canton de Oenève) en £800, mort à Lausanne en 1864.

J.-J. Porchat est un aimable versificateur plutôt qu'un véritable poète, mais c'est lui qui représente le mieux en Suisse l'école des derniers classiques ; il en a toutes les qualités : clarté, logique, correction et, par moments, tous les défauts : sécheresse, prosaïsme, banalité. Ecrivain facile, il s'est essayé dans plusieurs genres ; à notre avis, c'est dans la chanson et la satire tempérée qu'il a le plus brillé. Sa verve, malicieuse et spirituelle, rappelle l'esprit de Béranger dans ses bons moments. On le cite surtout comme fabuliste et ses fables ont été très populaires, même en France, à un moment donné.

Les amis politiques*.

Nos aïeux me font grand'pitié :

On n'a pas connu l'amitié

Dans les temps monarchiques.

Esclave, on ne pensait qu'à soi.

Pour le dévoûment parlez-moi Des bons amis, Des vrais amis, Des amis politiques.

Poussé d'un noble mouvement, Je frondais le gouvernement

' Yj-utTaiH i(^s Souvenirs poétiques de Valamont. La pièce est de 1832.

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Dans mes vers anarchiques :

On m'embrasse, on me prend la main :

Farbleii ! tu dîneras demain Chez nos amis, Nos bons amis Nos amis politiques.

« Volontiers », leur dis-je gaîment.

Ah ! le bousingot est charmant.

Vive la République!

Mais, à table avant de m'asseoir, Il fallut passer au comptoir.

Voilà traiter.

Voilà fêter, Un ami politique !

C'était trop cher de la moitié.

Si pour deux je n'ai pas payé.

Mais certain famélique, Des plats prompt à me soulager, Pour deux a bien voulu manger.

Un jour sur trois Dînait, je crois, Mon ami politique.

Au dessert, on m'offre un couplet.

Disant : « Chantez-nous, s'il vous plaît.

Ces vers patriotiques. « Le sang y coulait à pleins bords :

Aussi, quels furent vos transports, 0 mes amis, Mes bons amis, Mes amis politiques 1

Mais la patrouille accourt au bruit, Et vite en prison me conduit.

Adieu l'ardeur bachique !

ils avaient dit : « Nous irons tous! » Me voilà seul sous les verrous.

0 quel ami, Quel bon ami, Qu'un ami politique l

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Chut ! j'entends le bruit de leurs pas : Trop tôt ne les accusons pas :

J'ai leur serment civique....

Ciel ! Ami d'enfance, est-ce toi :" Je t'oubliais et je te vois !

Tu viens sans peur De mon malheur !

Tu n'es pas politiqup.

Plus de Jura ' .

Eh quoi ! pour notre bonne Suisse Vous avez pu quitter Paris !

Nos couplets d'un tel sacrifice Ne sauraient vous payer le prix : Mais nous parlerons de la France :

Et votre cœur nous répondra ; Chantons notre antique alliance, Plus de Jura !

Des vieux temps consultons l'histoire :

Nous fûmes tous Gaulois et Francs ; Rome trembla de notre gloire; Le Saxon nous vit conquérants.

Au début de mainte campagne, Qu'un champ de Mars inaugura, On chantait, passant la montagne, Plus de Jura!

Le temps vint tracer nos frontières ; Nous Suisses, vous Français enfin.

Vos rois soldaient bien nos bannières, Et nous baptisions le Dauphin.

Marignan souffla des orages, Mais François, qui nous admira, Nous dit : — Mes amis, soyons sages : Plus de Jura !

Puis dans le sein d'un moine austère Le grand roi pleurant ses beaux jours,

' Extrait des Souvenirs poétiques de Valamont. — Ces couplets de bienvcaue furent composés en l'honneur de Sainte-Beuve, alors en Suisse pourdonnei à l'Académie de Lausanne son célèbre cours sur Port-Royal (1837).

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