FRÉDÉRIC MONNERON
Sé à LQnay (Vaud) «n iS/.V, mort à Gœttingen en 1S37.
Ce poète eut une destinée mélancolique : il se tua, à 24 ans, après un accès de nostalgie iavincible, n'ayant pas encore donné la mesure de son beau talent. Lyrique inspiré et profond, c'est le meilleur romantique de la Suisse. Sainte-Beuve lui trouvait du Renie et l'on sait que le grand critique français ne prodiguait pas cette flatteuse appréciation.
Le rêve du poète '.
« De qui me parles-lu, céleste rêverie, .Mystérieux concert de mon âme attendrie? D'un temps sans origine es-tu l'écho secret, Uu espoir que j'ignore, ou mon dernier regret ? Es-tu l'hymne nouveau de la harpe infinie Dont le cœur des élus comprend seul l'harmonie? Où bien l'appel trompeur de quelque esprit subtil ?
» Peut-être est-ce mon ànie au retour de l'exil. Qui du, ciel entr'ouvrant le lointain sanctuaire, Contemple son image errante sur la terre, Ou quelque ange éploré qui regarde ici-bas. Et, jetant un adieu que je ne comprends pas. Laisse tomber d'en haut sur l'ombre de lui-même Quelques pleurs... souvenir de sa beauté suprême. Oh ! qui me l'apporta, cet adieu si lointain ! Est-ce le vent d'un soir ou le vent d'un matin ?
» Terre, couche glacée où mon âme se voile, Rentre donc dans ta nuit! j'y verrai mon étoile. Son rayon prophétique et sa haute clarté
Aiment les cieux déserts et leur immensité
Que me fait ici-bas le soleil qui se lève ?
Je n'y vois guère mieux, et j'y perdrais un rêve. »
. Ainsi chantait un barde. Il doubla les coteaux
Parmi les peupliers frémissants sur les eaux. C'était l'heure douteuse où la neige est d'opale. Où, penché sur les monts, l'esprit du soir exhale
• Extrait des Poésies de Monneron recueillies par ses amis. I^a pièce est dt;