LA « BELLE INCONNUE
Elle apparaît, enveloppée de lumière ; elle porte une robe blanche ; elle a en mains une palme verte et une rose blanche. Davel, pendant qu'elle parle, se soulève à moitié, en rêve ; on entend, en sourdine, la musique de la chanson du premier acte.
Ne pleure point, Davel, sur ta patrie l Rouvre les yeux, Davel, que ta lèvre sourie Et qu'un éclair de joie illumine ton front ! Un vaillant ouvrier s'en va, d'autres viendront, Car Dieu ne laisse pas son œuvre inachevée, Et ta patrie, un jour, sera libre et sauvée. Qu'importe l'insuccès, qu'importe le trépas : L'héroïsme est vaincu, la justice, non pas. Elle n'a point menti, la voix de l'Inconnue; Et ta fée, ô Davel, de toi s'est souvenue : C'est du sang des martyrs que naît la liberté, La mort est le chemin de l'immor'alité. Tu fus et tu seras le précurseur auguste, Dont la mémoire au cœur des nations s'incruste Comme aux parures d'or, une perle de prix ; Tu fus abandonné, mais tu seras compris Et ta défaite aura sa superbe revanche.
EUe jette palme et rose sur la couche de Davel.
Prends cette palme verte et cette rose blanche : Ton pays les verra, ton doux pays de Vaud, Marier leurs couleurs aux plis de son drapeau Et saluer demain sa jeune indépendance... Une aube pâle monte au ciel ; la mort avance ; Tu meurs ; un dernier cri de ta tombe est monté : a Pour Dieu, pour la Patrie et pour la Liberté ! »
Elle dépose un baiser sur le front de Davel et disparait.
1 Le personnage dont il s'agit ici est une jeune fille, légendaire ou non, qui avait autrefois prédit à Davel qu'il accomplirait de grandes choses. Comme Jeanne d'Arc, le grand patriote vaudois était un mystique et entendait des voix