‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 150 sur 151 · MATHIAS MORHARDT · texte numérisé non relu

MATHIAS MORHARDT

Né à Ptainpalais (Genève) en 1863.

Ecrivain absolument francisé, Mathias Morhardt n'appartient au groupe suisse que par sa naissance: l'influence parisienne l'a complètement dénationalisé. Par ses conceptions et par son style, il se rattache aux symbolistes, mais il y a en lui un pétrarquisant modernisé qui rendrait des points au subtil chantre de Laure. Sa poésii^ précieuse et raffinée, d'une langueur un peu féminine, d'un sentimenlalisme délicat, a le charme particulier des œuvres très litté rainas. L'auteur est un artiste d'une rare valeur et ses vers sont de la quintes sence poétique.

Fleurs de tristesse ^

Là-bas fleurissent les fatales Digitales. Là-bas, dans la vallée en deuil, le vent du soir Verse sur les grandes tristesses végétales Les frissons de son invisible désespoir.

Des musiques, sur le silence illimité, Bi'c lenl confusément leur lente et triste hisloire, Et la nuit — dépourvue, hélas 1 de ciiarité ! — Ecoule le concert des voix contradictoires.

La nuit! la douloureuse et lamentable nuit. Souveraine d'un monde intiui de mystère, Penche les larges fleurs vers leur destin d'ennui El mêle leur angoisse aux peines de la terre.

Et le frisson terrestre au ciel se communique, La lune esl le témoin des langueurs de la terre El son profil subtil a la [làleur unique Des grands visages anxieux et solitaires.

' Cette pièce et les suivantes, sans titres dans le volume, sont tirées do recueil Le Livre de Marr/tierite (189.5).

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Aussi pour notre double et pareil désespoir, Qui se Toit, comme uu rêve, à lui-même attesté, Il est propice douloureusemeût ce soir, Ce domaine d'éternelle immobilité.

Et nous irons, parmi le nocturne désastre, Pleurant sans fui le mal des heures accomplies, Promener, sous les yeux impassibles des astres. Cette si chère et si vaine mélancolie.

(Là-bas fleurissent les fatales Digitales. Là-bas dans la vallée en deuil, le vent du soir Verse sur les grandes tristesses végétales Les frissons de son invisible désespoir.)

Espérances.

Les Espérances, comme un essaim d'oiseaux blancs.

Elles ont salué les splendeurs aurorales

Du battement léger de leurs ailes d'opale.

Et montent vers le ciel comme un vol d'oiseaux blancs

C'est, au loin, le babil infini de leur joie ! Ivres d'avoir tout bu l'or des rayons tremblants. Elles enchanteront l'éveil étincelant Du jour par le babil infini de leur joie.

L'universel enthousiasme épanoui De leur ascension permanente s'éploie Et la divinité du mystère flamboie Alentour leur enthousiasme épanoui.

EUe.

Von» 80U\nent-il, fleurs déjà pâlies I Des chers grands yeux qui vous ont clioisies, Et de ces mains qui vous ont cueillies Selon le gré de leurs fantaisies ?

Vous souvient-il des gestes agiles Avec lesquels Elle organisait L'orgueil de vos pétales fragiles Dans un très vieux vase japonais?

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En TOUS choisissant dans le parterre Elle rêvait au delà de vous, Et ses yeux recelaient un mystère Infiniment merveilleux et doux.

Au milieux de tous, fières et belles.

Elle avait la souveraineté Nécessairement surnaturelle ^

De Sa réelle ingénuité.

Ce fut, 6 fleurs! l'apparition, Parmi vos charmes bientôt défunts.

D'une âme de pure élection Et subtile comme vos parfums.

Maintenant que vous défleurissez Et mourez vers vos formes dernières, De vos rayonnements eff"acés Elle enrichit sa propre lumière.

Œuvres de Mathias Morhardt (Bibliothèque artistique et littéraire, éditeur, Paris) : Hénor (poème) ; Le Livre de Marguerite. — Critique à consulter : Georges Renard, Critique de combat (1897).

Les poètes exotiques.

Notre idiome français, malgré les incontestables progrès qu'il a faits dans ces dernières années en Europe et en Amérique, n'est plus comme autrefois une sorte de langue universelle, cependant il a conservé encore, ailleurs qu'en Belgique et en Suisse, plusieurs centres de rayonnement très actifs, soit dans les anciennes colonies françaises, soit dans les pays qui subirent l'influence de la France et gardent le culte de sa civilisation. Il existe un assez grand nombre de poètes, en dehors des trois centres francophones que nous avons étudiés jusqu'ici. Ces écrivains français exotiques sont intéressants à connaître ; les uns sont pour nous des frères séparés, les autres, des amis d'élection qui ont la religion de notre hingue; ne pas les mentionner serait de l'ingratitude. Dans ce livre déjà si rempli, il nous est doux de faire une place aux deux plus grands

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