LOUIS BOUILHET
Le mouton qui te suit, de henué tacheté, Sur la natte en jouant agace ton chien leste, Et ta servante noire, accroupie à côté, Croise ses bras luisants tatoués par la peste ;
Le joueur de rebec dort sur son instrument... Dans ton lit de palmier maintenant tu reposes, Ou sur ton escalier lu le liens gravement, Avec ton tarbouch large et tes pantalons roses ;
L'émeraude à ton front allume un rayon vert, Ta gorge s'arrondit sous une gaze fine, Et tes cheveux, poudrés par le vent du désert, Ont une odeur de miel et de térébenthine.
— Mais une ombre obscurcit ton regard éclatant ; Tu te sens, dans ton cœur, triste comme une veuve, Et lu penches la tête, écoutant... écoutant Passer le bruit lointain des canges sur le fleuve!
Le bois qui pleure ' .
Tout est mort ! — Vers d'autres climals Les oiseaux vont chercher fortune, Et la terre, sous les frimas, Est blanche, au loin, comme la lune;
Le vent, pareil à cent taureaux, Mugit au seuil de ma demeure ; Le givre a brodé mes carreaux ; A mon foyer la bûche pleure :
« Je me souviens 1... je me souviens !... Au pied des monts..., dans le bois soinhre... Mon front large, en ces jours anciens, Faisait à terre une grande ombre !
« Oh ! les cieux en pluie épandus Siu- l'ébullition des sèves!
Oh 1 les ravissements perdus Dans la profondeur de mes rêves !
• Extrait des Dernières chansons, poésies posthumes (ISTO).