‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 51 sur 151 · MANUEL (EUGÈNE · texte numérisé non relu

MANUEL (EUGÈNE

Né à Paris en tSi.'l, mort à Pans c/i HJOt.

Dans le Pîxrnasse contemporain Eugène Manuel représente aussi la poésie intime et familière. Uu peu avant (^oppi'e, marcliaut sur les traces de Sainte-Beuve, il avait dans ses Par/es intimes, dessiné de délicieux petits tableaux de la vie moderne. Depuis lors il a suivi une voie parallèle à celle du peintre des Humbles. C'est un poète délicatement sentimental, d'un charme discret, d'une sensibilité touchante. Idéaliste convaincu, il a donné à ses peintures de la réalité la teinte charmante de son âme pure. Son œuvre est noble parce qu'elle chante tout cequ"il y a de bon et de beau dans la vie, ne provoquant jamais que des émotions absolument saines.

Le rosier *.

Il a vécu sur un tombeau Le rosier fleuri que j'adore:

Le mystère du froid caveau S'épanouit dans chaque rose !

Sur le tombeau d'un pauvre enfant.

D'un pauvre enfant (jui fut mon frère, Il avait ses fleurs à tout vent Et ses racines dans la bière.

Un simple marbre a tout couvert, Le buis n'y vient plus en bordure ; Le thuya, l'arbre toujours vert, N'oiiii)rage plus la sépulture.

Le deuil a parfois son dédain ; On a proscrit tout ce qui tombe, Et j'ai planté dans mon jardin L'humble rosier, fils de la tombe.

Parmi les autres confondu, Nul regard ne peut le connaître ; Dans la corbeille il est perdu ; Seul, je le vois de ma fenêti-e.

Et j'hésite en le comparant :

Mêmes parfums et même tige ; Sur sa corolle, indifférent, Le papillon plane et voltige

' Extrait des Pages intimes (1866). '

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