‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 52 sur 151 · W CHRESTOMATHIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

W CHRESTOMATHIE FRANÇAISE

Son feuillage est aussi léger, Sa fleur n'est pas plus tôt flétrie ; Rien ne trahit, pour l'étranger, La première et sombre patrie !

Mais souvent, au déclin du jour, Quand la foi rêve, ou bien le doute, Seul, je m'approciie avec amour, Je l'interroge et je l'écoute.

Alors, je le vois frissonner Au souvenir que je réveille :

Chaque rameau semble incliuor Vers ma lèvre sa fleur vermeille;

Il me parle du cher blondin Endormi dans la paix profonde, Et l'ait passer dans mon jardin Comme un souffle de l'autre momie.

Vision*.

J'ai vu, dans un rêve attristé, Deux chaumières presque pareilles ; El deux voix, dans l'obscui-ité.

Plaintives, frappaient mes oreilles.

Chaque logis était caché Dans un de ces vallons prospères D'où la guerre avait arraché Bien des enfants et bien des pères.

C'était l'hiver : l'hiver accroît Le souci des absents qu'on aime, Quand l'àpre morsure du froid S'attaque au blessé morne et blême !

La neige posait lentement Ses flocons sur les branches mortes ; La bise au long gémissement Pleurait par les fentes des portes.

' Extrait de Pendant la guerre (1872;, l'ecueil de vers touchants dans lesquels le poète a exprimé les deuils de rAmiéc terrible. — Cette pièce, si belle dans sa simplicité, a été écrite en novembre 1870.

Tous les chemins étaient déserts ; Les corbeaux, sous la brume dense, Volaient par bandes, dans les airs, Aux festins flairés à distance.

Les deux foyers se ressemblaient ; Et, devant le feu de broussailles, Deux mères, dont les doigts tremblaient, Songeaient aux lointaines batailles.

L'angoisse étreignait ces deux cœurs Sevrés des caresses passées ; Le devoir avec ses rigueurs Troublait leurs naïves pensées ;

Leur esprit voyageait là-bas :

Point de lettre qui les rassure !

Quand les enfants sont aux combats, Pour les mères tout est blessure !

L'une disait — cris obstinés,

Navrants dans sa langue ou la nuire :

« Mein Kind t... Mein Kind \... » — Vous comprenez f

« — Mon fils !... Mon fdsl... » murmuruil l'aiilre.

Et j'entendais, au même instant, Sur un affreux champ de carnage, Contre la souffrance luttant, Gémir deux enfants du même âge.

C'était en hiver, et le soir ; Les canons venaient de se taire.

Et, pêle-mêle, on pouvait voir Français, Saxons couchés à terre.

La neige aussi couvrait les bois, Vers tous ces pâles fronts chassée ; Un chœur de lamentables voix Perçait la nuit sombre et glacée.

Les deux soldats se resseiidjlaient, Mourant quand il fait bon de vivre; Et leurs pauvres membres tremhlaienl.

nieuis par la bise ou le givre!

310 CHRESrOMATHIE FRANQAISK

Ils sentaient, trop faibles tous deux, Couler leur sang que rien n'étanclie.

La bande des corbeaux hideux Tournoyait sur la plaine l)l;uiclie.

Ils s'éteignaient dans un ravin, En proie aux angoisses dernières ; Leurs yeux ili' loin suivaient en vain La longue file des civières !

L étrange réveil du passé, Qui précède l'adieu suprême, Evoquait pour chaque blessé La vision de ce qu'il aime ;

Et tous deux, au monieuL sacré Où la mort, en passant, vous louche, Jetaient l'appel désespéré Que les petits ont à la bouche :

L'un répétait — cris obstinés,

Navrants dans sa langue ou la nôtre :

a Mutter!... Mullcr !... » — Vous conq)reiiez ?

tt — Maman !... maman!... « murmurait l'aulro.

Viatique'.

Si vous voulez chanter, il faut croire d'abord : Croire au Dieu qui créa le monde et l'harmonie, Oui, d'un (le ses rayons, allume le génie, El se révèle à lui dans le plus humhie accord : Si vous voulez chanter, il faut croire d'abord.

Si vous voulez combattre, il faut croire d'abord :

Il faut que le lutteur alTirme la juslice;

Il faut pour le devoir qu'il s'oiïre en sacrifice.

Et qu'il soit le plus pur, s'il n'est pas le plus fort :

Si vous voulez combattre, il faut croire d'abord.

Si vous voulez aimer, il faut croire d'abord : Croire à l'âme immortelle, aux amours infinies, Pour la terre et le ciel également bénies ; Croire au serment sacré qui survit à la mort : Si vous voulez aimer, il faut croire d'abord.

' Extrait de /vu voyage (1882).

Jeune couple'.

« Entrons làl nous serons presque seuls: tout est plein 1.

C'était une voix fraîche, au timbre cristallin,

Qui parlait, — enfantine et pourtant décidée.

La portière s'ouvrit, et, doucement aidée.

Une femme monta, prit place lestement.

Inspecta d'un coup d'œil tout le comparliment,

Kt résignée, avec une petite moue,

S'enfonça dans son coin, la vitre sur la juue.

Un jeune homme suivait, correctement ganté,

Qui s'assit, élégant et grave, à son côté,

Avec un sac de nuit tout en cuir de Russie.

La robe de la dame était fort réussie :

Costume sérieux et jeune, rubans clairs,

Couleurs faisant valoir le velouté îles chairs,

Chapeau frivole à point pour ses grâces mutines;

Quand le pied se montrait, d'adorables bottines ;

Entre les doigts mignons un énorme éventail :

Tout sentait son faiseur, jusqu'au dernier détail.

L'homme aussi, bien sanglé dans sa veslc incommode,

Portait une toilette à la dernière mode.

C'étaient visiblement deux jeunes mariés.

Discrets et de bon ton, pourtant contrariés

D'avoir un importun près d'eux pour le voyage.

Ils habitaient certain château du voisinage,

Et rendaient leur visite à quelques grands-parents.

Le jeune homme prenait des airs indiiTérents.

Comme il sied au bonheur honnête et sans conteste ;

Le vrai triomphateur sait demeurer modeste.

Mais elle, enfant gâtée, en quête d'un regard,

Me voyant, dans mon coin, m'absorber à l'écart,

Se lassa du silence et devint plus hardie.

J'eus, sans la rechercher, l'aimable comédie

Que nous avons jadis donnée à d'autres yeux 1

— Près des jeunes amoiu-s comme on se trouve vieux l

D'abord, elle poussa du coude l'homme grave, Trouvant qu'il n'avait rien pour elle d'un esclave,

Kxtrait de En voyage.

Et que cet air maussade et ce cœur cuirassé Témoignaient d'un amour trop désintéressé. Elle lui souriait, malgré sa résistance, Même, sous l'éventail grand ouvert à dislance. Ses beaux yeux languissants voulaient l'apprivoiser, Et sa lèvre ébauchait un rapide baiser.

Elle se met enfin à causer, à voix basse,

Puis plus haut ; elle rit^ et l'éventé avec grâce,

Et lui sourit encore après l'avoir boudé ,

Elle éponge son front de son mouchoir brodé ;

Refait furtivement, d'une main délicate,

Tandis qu'il gronde un peu, le nœud de sa cravate ;

Et le désarme vite avec un mot câlin.

Et puis : « Mais parle donc ! réponds donc ! le vilain I

C'est si bon, tous les deux, de dire des sornettes !

Tu crains ce voyageur caché sous ses luneltes ?

Ce monsieur décoré, plongé dans son journal?...

Notre wagon n'est pas un confessionnal !

Veux-tu donc jusqu'au bout te contraindre et te taire,

Parce que nous avons avec nous... un notaire ?

Tu crois qu'il a l'oreille à ce que nous disons ?

Il regarde les champs, il compte les maisons l

Je l'ai vu sommeiller tout le temps de la route !

A peine s'il nous voit : tu veux qu'il nous écoute? »

Et ce fut un babil sans fin, jusqu'à Nevers,

— Tandis qu'en traître, moi, je crayonnais ces vers I

Le miroir*.

Je revois des pays que j'ai vus à vingt ans.

Ces sentiers au milieu des blés mûrs serpentants, Ces taillis oti j'allais surprendre, vers la brune. Le coucher des oiseaux sous un rayon de hme. Ce ruisselet perdu dans les ronces des bois, Ce ravin, ce rocher (jue j'ai gravi vingt fois. Tous ces riants objets dont ma mémoire encore Garde chaque détail, pittoresque ou sonore,

' Extrait de En voyage

MANUKL 3 lit

Je les retrouve! ainsi j'observais, j'écoulais, J'admirais. Aujourd'hui, suis-je ce que j'élais ? J'allends, j'appelle eu vain l'émoUon intense Des jeunes souvenirs évoqués à distance; Où sont-ils, ce prestige et cet enchantement liulicibles, qui n'ont peut-être qu'un moment?

C'est la même clairière où j'écartais les herbes; Voici les genêts d'or dont j'arrachais des gerbes; Les chênes sont plus hauts, les saules plus penchés : Mais les oiseaux chanteurs y sont toujours cachés ; Sur les mêmes coteaux grimpent les mêmes vignes; Ce sont, à l'horizon pourpré, les mêmes lignes. Et les petits clochers au tintement si pur Qu'on aurait dit des voix s'envolant dans l'azur 1

Mais ces tableaux, dont l'âme alors était ravie. Je les vois à travers les brumes de la vie, Toujours s'épaississant dès qu'on est loin du seuil : A travers les ennuis, les mécomptes, le deuil, Les sens plus émoussés, la raison plus savante, Tout ce qui froisse, irrite, humilie, épouvante Et décourage ! Ainsi, quand nous l'interrogeons, La nature est la même, et c'est nous qui changeons ! Rien n'a pu l'altérer : c'est nous seuls que tout blesse; Nous mesurions sa force, et non notre faiblesse ; Avec d'autres pensers, nous avons d'autres yeux ; Nous la jugeons moins belle, étant déjà trop vieux ; Notre propre bonheur nous la peignait plus tendre ; Jeune, on lui donnait tout: vieux, il faut tout reprendre! Je trouve moins de charme aux lointains carillons; Les champs ont moins de fleurs et moins de papillons; Je sens ce que l'esprit met de soi dans les choses; El la nature en nous fait ses motaniorphoses! Elle n'est qu'un miroir, et nous rend nos rayons: Elle a beau se montrer, c'est nous que nous voyons; Et, comme il faut gravir une pente plus rude. Nous lui prêtons notre ombre et notre lassitude!

Peut-être, en réveillant quelques vieilles douleurs, Ai-je épaissi le voile, ou terni les couleurs?

Peut-être si, tous deux, nous inarcliions côle à côte,

(^es yeux, vainqueurs du temps, me rendraient ce qu'il m'ôle ?

l'our retrouver ce charme étrange du |irinleni|is.

Est-ce moi que je cherche? est-ce loi ijuc j'attends?

Confiance '.

Rien dans l'inlini mystère

N'est vain:

rs'nlle chose n'a sur terre

Sa fin !

Quand la douleur blesse et dumjitc

Nos cœurs, C'est l'élernilé qui compte

Les pleurs.

Que serait la mer immense

Sans port, El, si rien ne recommence,

La mort ?

A(iuol bon l'heure écoulée

Sans toi, El. sans l'espérance ailée,

La foi ?

Sans l'infaillible justice

D'en haut.

Que serait le sacrifice?

Un mot!

Que serait le corps sans l'àmo?

Si peu!

Et l'âme aussi, pauvre Ihimme,

Sans Dieu?

Tu m'as dit un jour 2.

Quand nous [larcuurions la |)lage normande, Tu m'as dit un jour, un jour do printenqjs : H Sais-lu bien, ami, ce que je demande,

' Kxtrait de En vuyaijc.

' Kxtrait tic En voyage

MANUEI, 3lo

Parmi lant de vœux dans Tesprit flultauls ? Indéfiniment sur la même grève, Au même rocher par les flots battu^ Près de toi m'asseoir pour le même rêve ! »

— Ces mots adorés, les redirais-tu?

Quand nous voyagions dans les Pyrénées,

Tu m'as dit un jour, un beau jmir d'été :

« Oh ! voir avec loi s'enfuir les journées !

Te sentir ainsi seul à mou côté !

Sans que rien nous lasse et nous décourage.

Ensemble gravir des pics ignorés,

Et, d'un même cœur, y braver l'orage ! »

— Les redirais-tu, ces mots adorés ?

Aux bois du Morvan, quand sèchent les chênes,

Tu m'as dit un jour d'octobre brumeux :

« Nous aurons aussi nos bises prochaines,

Et nous vieillirons, dépouillés comme eux;

Mais ({u'iinporle au front ({ue demain soit sombre,

Si le souvenir garde sa vertu ?

Qu'importe avec loi le soleil ou l'ombre?»

— Ces mots adorés, les redirais-tu?

Quand, rentrés au nid. nous lisions ensemble. Tu m'as dit un soir, un long soir d'hiver : « Vivre ainsi toujours, ami, que t'en semble? Nous chaulfer toujours à ce feu si clair ? Et, lorsqu'il faudra déployer la voile Pour conduire ailleurs nos cœurs préparés, Débarquer tous deux dans la même étoile ! »

— Les redirais-tu, ces mots adorés ?

(Euvrcs à lire de Manuel (Galmann Lé\ y, éditeur, Paris) : Pages intimes 1I8G6); Poèmes populaires (1871) ; Pendant la guerre (1872) ; En voyage (188i?i. Poésies du foyer et de l'école. Théâtre en vers : Les Ouvriers (1870); l'Absent (1873). — Critiques à consulter : Jules Leuiaitre, Impressio>is de Ihcdtre (1891); Gh. Gidel, Histoire de la littérature française.

3i6 CHRESTOMATHIE FRANfiAISB

Né à l'île Bourbon en 1838.

Compatriote de Leconfe de Lisle, il se rattache aussi à la patrie intellectuelle de ce grand poète : c'est une âme noble et hautaine que le pessimisme philosophique a assombrie et qui a cherché dans la contemplation de la nature ou dans la légende une consolation à ses angoisses morales. Parnassien par ses tendances générales et par sa forme remarquable, il est cependant beaucoup plus lyrique que les autres poètes du Parnasse proprement dit. Une partie de son œuvre se compose de poésie personnelle et passionnée, délicatem<nt estompée de rêve. Par sa manière de comprendre l'union de la nature et de la vie, il peut passer pour le précurseur des symbolistes. Sa poésie suggère autant qu'elle exprime. Peu connu du grand publie, Léon Dierx est un excellent poète ; il égale presque les premiers.

La vision d'Eve *.

C'était trois ans après le péché dans l'Eden. Adam sous les grands bois chassait, fier et superbe, Luttant contre le tigre et poursuivant le daim. Tranquille, il aspirait l'acre senteur de l'herbe.

Eve, sereine aussi, corps vêtu de clartés, Assise aux bords ombreux d'une vierge fontaine, Regardait deux enfants s'ébattre à ses côtés, Attentive aux échos de la chasse lointaine.

Adam sous la forêt parlait d'Eve aux oiseaux, Et leur disait : «Chantez ! Elle est belle et je l'aime ! » Eve disait : « Répands, source, tes fraîches eaux ! Mon âme vibre en lui, mais en eux, ma chair même. »

Eve pensait : a Seigneur! vous nous avez chassés Du |)aradis; l'archange a fait luire son glaive. Mordus par la douleur, et par la faim ])ressés Il nous faut haleter dès (jue le jour se lève.

« Nous n'avons plus, errants dans ces mornes ravins, Maître! comme autrefois, la candeur ni l'extase;

Kxtrait fies Poèmes et poésies (18(ii). — Ou peut affirmer que ce poème dgale en beauté ceux de Leconle de f^isle.

LÉON DIERX 31i

Et nous n'entendons plus dans les buissons divins L'hymne des anges blancs que voire gloire embrase ;

« Mais rj^u'imporlenl l'embùcbe et la nuit sous nos pas, Si toujours dans la nuit un flambeau nous t'clairo ? Ah ! si l'amour nous reste et nous guidf ici-bas, Soyez béni ! Dieu fort ! Dieu bon ! Dieu tutrlaire l

« Adam a la vigueur et moi j'ai la beauté. Un contraste à jamais nous lie et nous console ; Ivres, lui de ma grâce et moi de sa fierté, Pour nous chaque fardeau se change en auréole,

« Et maintenant, voici grandir auprès de nous Deux êtres, notre espoir, noire orgueil, notre joie ; Quand je les tiens tous deux groupés sur mes genoux, Je sens dans ma poitrine un soleil qui rougeoie !

« Vivant encore en nous qui revivrons en eux, Encor pleins de mystère, ils sont la loi nouvelle. Nés de nous, sous leurs doigts ils resserrent nos nœuds. Un autre amour en nous, aussi grand, se révèle.

« Leurs yeux, astres plus clairs que ceux du firmament, Ont un étrange attrait ; et notre âme attirée, Qui s'étonne et sabîme en leur regard charmant, Y cherche le secret d'une enfance ignorée.

« L'amour qui les créa sommeille en eux. Le ciel Peut gronder; comme nous, dans le vent, sous l'orage, Ils se tendront la main, et l'éclair d'Azraël Xe pourra faire alors chanceler leur courage.

« Gloire et louange à toi, Seigneur ! A toi merci l Le châtiment est doux, si malgré l'anatliùme Le baiser de l'Eden se perpétue ici.

Frappe 1 regarde croître une race qui t'aime l

Ainsi, le front baigné des parfums du matin. Son beau sein rayonnant de chaleurs maternelles, Eve, les yeux fixés sur Abel et Cain, Sentait l'infini bleu noyé dans ses prunelles.

318 CHRESTOMATllIE FRANÇAISE

Or les enfants jouaient. Soudain, le premier-né. Di'ltniit, l'œil plein de fauve ardeur, la lèvre amère. Frappa l'autre éperdu sous un poing forcené El qui cria, tendant les deux mains vers sa inère.

Eve accourut tremblante et ptàie de stupeur, Et fermant autour d'eux ses bras, les prit sur elle; El comme en un berceau les couchant sur son cœur, Les couvrit de baisers pour calmer leur querelle.

Bientôt tout s'apaisa, fureur, plainte, baisers; Ils dormaient tous les deux enlacés, et la femme, Immo])ile, ses doigts sous un genou croisés. Sentit les jours futurs monter noirs dans son âme!

Soleil du jardin chaste ! Eve aux longs cheveux d'or l Toi qui fus le péché, loi qui feras la gloire ! Toi, l'éternel soupir que nous poussons encor l Ineffable calice où la douleur vient boire !

0 Feiimie! qui sachant porter un ciel en toi, A celui qui perdait l'autre ciel, en échange, Olfris tout, ta splendeur, ta tendresse et ta foi, rius belle sous le geste enflammé de l'archange !

0 mère aux flancs féconds ! Par quelle brusque hurnur, Endormeuse sans voix, étais-tu possédée ? Quel si livide éclair fen fut le précurseur ? A quoi songeais-tu donc, la paupière inondée?

Ah ! dans le poing crispé de Gain endormi Lisais-tu la réponse à ton rêve sublime ? Devinais-tu déjà le farouche ennemi Sur Abel faible et nu s'essayant à son crime ?

Au fond de l'avenir, Azraël, menaçant.

Te montrait-il ce fils, ayant fait l'œuvre humaine, Qui s'enfuyait sinistre et marqué par le sang, Un soir, loin d'un cadavre étendu dans la plaine?

LÉON DIKRX 3I!I

Le voyais-lu mourir loiTiiieinent dans Enocli, Reniparl poussé d'un jet sous le puissant l)laspl)èine Des niautlils qui gravaient leur diMi sur le roc, Et dont la race iniineiise est maudite elle-même?

Ah! voj'ais-lu l'envie armaul les désaccords, Et se glissant partout comme un chacal qui rôde? Le fer s'ouvrant sans cesse un clieunn dans le corps, Le sol toujours fumant sous une pourpre chaude?

Et les peuples Gains sur les peuples Abels Se ruant sans pitié, les déchirant sans trêves; Les sanglots éclatant de toutes les Babels, Les râles étouffés par la clameur des grèves?

Sous l'insoluble brume, où l'homme en vils troupeaux S'amoncelle, efl'rayé de son propre héritage, Entendais-tu monter dans les airs, sans repos, Le hurlement jaloux des foules, d'âge en âge?

Compris-tu que le mal était né? Qu'il serait Immortel? Que l'instinct terrestre c'est la haine Qui, dévouant tes fils à Satan toujours prêt, Lui fera sans relâche agrandir la Géhenne ?

Compris-tu (jue la vie était le don cruel ? Que l'amour périrait avec l'Aïeule blonde ? Et qu'un fleuve infini de larmes et de liel Né du premier sourire abreuverait le monde ?

Dieu l'a su ! — Jusqu'au soir ainsi lu demeiu-as Contemplant ces fronts purs où le soleil se joue; Et tandis qu'ils dormaient onljlieux en les bras. Deux longs ruisseaux brûlants descendaient sur ta joue.

L'œil K

Sous l'épais treillis des feuilles tremblantes. Au plus noir du bois la lune descend ; Et des troncs moussus aux cimes des plantes, Son regard fluide et phosphorescent

Extrait des Poèmes et poésies.

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