‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 54 sur 151 · I.a pitié du barbare accouru de l'Ukraine · texte numérisé non relu

I.a pitié du barbare accouru de l'Ukraine

Et de tous tes vaincus d'hier 1

Les étoiles ^

Le jour tombe, la nuit tout doucement s'avance.

Et dans le fond du firmament Chaque étoile se lève et s'assied en silence

Sur son trône de diamant.

C'est l'heure du repos, du sommeil et du rêve,

Qui verse l'oubli sur nos maux ; L'heure où l'àme elle corps profilent de la trêve

Que Dieu dispense à nos travaux.

Seul je veille. Tout dort. — Comme la nuit est douce !

Dans le silence universel Je crois ouir le globe, entraîné sans secousse.

Glisser sur les vagues du ciel.

Où roulons-nous ainsi ? Comme un vaisseau qui passe

Et fend les ombres de la nuit, Sur quel bord inconnu de l'éternel espace

Allons-nous échouer sans bruit?

Peut-être que demain, cherchant une autre aui'ore.

Dans son chemin capricieux Notre globe, égaré, verra dans l'ombre éclore

D'autres soleils et d'autres cieux.

Mais non! tout est réglé. Dans l'insondable abîme

Chaque étoile sait son chemin. Sur chaque monde veille un pilote sublime ;

Dieu tient le gouvernail en main.

0 mondes ! 6 soleils ! étoiles, nuit sereine.

Doux silence, vents frémissants î Vous ranimez ce cœur à qui pèse la haine,

Vous rendez le calme à mes sens.

• Extrait de.s ïambes.

EDOUARD GRENIEK 32/

L'espérance descend sur mon âme embrasée

Et baigne mon front soucieux ; La paix, la foi, l'amour, invisible rosée,

Glissent vers moi du fond des cieux ; Et je me dis : « Ce ciel immense, où tout s'agilf

Comme une poussière de feu, Ne vit jamais un astre infidèle à l'orbite

Que lui traça le doigt de Dieu.

Le même doigt nous guide. Avançons donc sans crainliv

D'un pied sûr, d'un cœur indompté.

Dieu nous remit lui-même, au seuil du labyrinlho.

Le fil d'or de la liberté. »

L'Elkovan'.

La brise fait trembler sur les eaux diaphanes Les reflets ondoyants des palais radieux ; Le pigeon bleu se pose au balcon des sultanes ; L'air embaumé s'emplit de mille bruits joyeux : Des groupes nonchalants errent sous les platanes Tout rit sur le Bosphore, et seuls les elkovans Avec des cris plaintifs rasent les flots mouvants.

0 pâles elkovans, troupe agile et sonore. Qui descendez sans trêve et montez le courant ! Hôtes doux et plaintifs des ondes du Bosphore, Qui ne vous reposez comme nous qu'en mourant '. Pourquoi voler ainsi sans cesse dès l'aurore. Et d'Asie en Europe, et de l'aube au couchant, Jeter sans fin ce cri monotone et touchant ?

Le peuple de ces bords vous vénère et vous aim Le pêcheur vous salue en jetant ses filets ; Les enfants du rivage et le chasseur lui-même Ne déciment jamais vos rangs toujours complets ; Et quand le soleil tombe à l'horizon extrême, L'odalisque, entr'ouvrant la vitre des Yal/s, Vous suit d'un long regard à travers le treillis.

* Extrait des Petits poèmes (1859). — Ces vers sont le prélude d'un assez lo poème dédié au célèbre poète roumain Alecsandri. L'oiseau ilnut il s'açjit ici le goëland.

On dit, 6 voyageurs ! que vous êtes les Ames Des victimes sans nom qui dorment sous ces flots ; Corps souples et charmants d'ardentes jeunes femmes. Dont la nuit et l'horreur étouffaient les sanglots, Lorsque, cousus vivants dans des toiles infâmes. L'eunuque les plongeait dans ce gouffre profond. Muet comme la tombe et comme elle sans fond.

Voilà pourquoi, laissant vos corps sans sépulture Servir sous les flots bleus de pâture au dauphin. Vos mânes irrités errent à l'aventure.

Et, sans se consoler, volent, volent sans fin. Voilà pourquoi, plaignant toujours votre torture, Vous ne quittez jamais ce rivage embaumé Où vous avez souffert, où vous avez aimé.

Et vous avez raison ! car dans ce pauvre monde On ne vit qu'où l'on aime, et la patrie est là! Ici-bas, rien ne vaut le coin d'ombre profonde Où d'un être adoré le cœur se révéla.

Que ce bonheur ait lui l'éclair d'une seconde, Ou qu'il ait rayonné sur un long avenir, L'âme en garde à jamais l'immortel souvenir.

Mais même sans l'amour tes rives sont si belles, 0 Bosphore! et la main complaisante des dieux Les revêt d'une grâce et d'une splendeur telle.s Que l'étranger lui-même, à l'heure des adieux. Sans en être attendri ne peut s'éloigner d'elles ; Et devant ce ciel pur, ces flots et ces cyprès. Dit : « Pourquoi donc partir ? le bonheur est tout près !

Et moi, je fus aussi dans la verte Arcadie ! J'ai contemplé tes cieux, j'ai contemplé les mers ; J'ai reçu leur beauté dans mon âme agrandie ; J'ai versé dans tes flots mes pleurs les plus amers. Mais lorsque sous le coup ma raison étourdie Chancelait... alors Dieu, dans sa tendre pitié, Ouvrit derrière moi les bras de l'amitié.

Elkovans! elkovans ! que de fois, quand là brise ^'.animait à mes pieds le feu du narghilé.

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