ANATOLE FRANCE
Lumière, c'est par toi que les femmes sont belles
Sous ton vêtement glorieux ; Et tes chères clartés, en passant par leurs yeux,
Versent des délices nouvelles.
Leurs oreilles te font un trône oriental Où tu brilles dans une genmie.
Et partout où tu luis, tu restes, toi que j'aime, Vierge comme en ton jour natal.
Sois ma force, ô Lumière ! et puissent mes pensées.
Belles et simples comme toi, Dans la grâce et la paix, dérouler sous ta foi
Leurs formes toujours cadencées !
Donne à mes yeux heureux de voir longtemps encor.
En une volupté sereine, La Beauté se dressant marcher comme une reine
Sous ta chaste couronne d'or.
Et, lorsque dans ton sein la Nature des choses
Formera mes destins futurs, Reviens baigner, reviens nourrir de tes flots purs
Mes nouvelles métamorphoses.
La mort du singe *.
Dans la serre vitrée où de rigides plantes, Filles d'une jeune île et d'un lointain soleil, Sous un ciel toujours gris^ sommeillant sans réveil, Dressent leurs dards aigus et leurs floraisons lentes,
Lui, tremblant, secoué par la fièvre et la toux, Tordant son triste corps sur des lambeaux de laine. Entre ses longues dents pousse une rauque haleine Et sur son sein velu croise ses longs bras roux.
Ses yeux vides de crainte et vides d'espérance, Entre eux et chaque chose ignorent tout lien; Ils sont empreints, ces yeux qui ne regardent rien. De la douceur que donne aux brutes la souffrance.
Extrait des Poèmes dorés.
376 CHHESTOMATHIE FRANÇAISB
Ses membres presifiie humains sont brûlants et frileux ; Ses lèvres en s'ouvrant découvrent les gencives ; Et, comme il va mourir, ses paumes convulsives Ont caché pour jamais ses pouces musculeux.
Mais voici qu'il a vu le soleil disparaître Derrière les huniers assemblés dans le port; Il l'a vu : son front bas se ride sous l'effort Qu'il tente brusquement pour rassembler son être.
Songe-t-il que, parmi ses frères forestiers, Alors q'un chaud soleil descendait des cieux calmes. Repu du lait des noix et couché sur les palmes. Il s'endormait heureux dans ses frais cocotiers,
Avant qu'un grand navire, allant vers des mers froides. L'emportât au milieu des clameurs des marins, Pour qu'un jour, dans le vent qui lui mordît les reins, La toile, au long des mâts, glaçât ses membres roide»?
A cause de la fièvre aux souvenirs vibrants Et du jeûne qui donne aux âmes l'allégeance. Grâce à cette suprême et brève intelligence Qui s'allume si claire au cerveau des mourants,
Ce muet héritier d'une race stupide D'un rêve unique emplit ses esj)rits exaltés : Il voit les bons soleils de ses jeunes étés. Il abreuve ses yeux de leur flamme limpide.
Puis une vague nuit pèse en son crâne épais. Laissant tomber sa nuque et ses lourdes mâchoires, Il râle. Autour de lui croissent les ombres noires : Minuit, l'heure où l'on meurt lui versera la paix.
Ames obscures*.
Tout dans l'immuable Nature Est miracle aux petits enfants ; Ils naissent et leur ân)e obscure Eclat dans des enchantements.
Extrait des Poèmes dorés.
ANATOLK FRANCK 377
Le reflet de cette magie Donne à leur regard un rayon.
Déjà la belle illusion Excite leur frêle énergie.
L'inconnu, l'inconnu divin, Les baigne comme une eau profonde ; On les presse, on leur parle en vain : Ils habitent un autre monde.
Leurs yeux purs, leurs yeux grands ouverts S'emplissent de rêves étranges.
Oh ! qu'il sont beaux, ces petits anges Perdus dans l'antique univers!
Leur tête légère et ravie Songe tandis que nous pensons ; Ils font de frissons en frissons La découverte de la vie.
Les Noces corinthiennes <.