‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 64 sur 151 · Troisième partie. — Scène VIII · texte numérisé non relu

Troisième partie. — Scène VIII

Daphiié, Jeune fille de Gorinthe, a été fiancée à un jeune grec. Hippias; mais sa mère, convertie depuis peu à la religion nouvelle, veut lui faire rompre sa promesse pour la consacrer au Christ. La jeune fille consent d'abord : cependant, l'amour est le plus fort. Quand Hippias vient chercher sa fiancée, elle consent à le suivre. Pour concilier son devoir avec le vœu de sa mère, elle prend du poison au moment où ses noces vont s'accomplir secrètement, selon les rites païens, dans un tombeau en pleine campagne.

DAPHNÉ, HIPPIAS, THÉOGNIS, évéque chrétien, KALLISTA, HERMAS, mère et père de Daphné.

THÉOGNIS, à Hippias et à Daphné (jui sortent de la chambre funéraire, oii s'est accompli leur hymen.

A prêtez- vous, enfants, et sachez me connaître : Je suis, au nom du Christ, pasteur d'àmes et prêtre Selon l'ordre éternel de Melchisédech, roi. Ecoutez-moi tous deux sans trouble et sans effroi,

' Les Noces corinthiennes (1878). Dans ce beau poème dramatique, Anatole France a voulu peindre les âmes du vieux monde grec finissant et l'aube chrétienne dans l'Hellade. C'est une œuvre d'une psj'chologie profonde, très objective et très poétique en même temps, un véritable chef-d'œuvre.

Car je ne le viens pas sacrer diaconesse.

Enfant ; Christ ne veut plus la fleiu" de ta jeunesse.

L'homme la respira, l'homme la doit cueillir;

Le Dieu de pureté n'en a plus le désir.

Entends : je suis la main qui lie et qui délie.

Daphné, fille d'Hermas, j'annonce et je publie

Que le vœu de ta mère est délié par moi.

Et tu peux dans la chair t'unir selon la loi.

N'étant plus agréable à l'Epoux du mystère,

Suis sans peur, devant tous, cet enfant de la terre.

Car le Maître s'assit aux noces et donna

Le vin miraculeux aux époux de Cana.

Et toi, fils des gentils, que l'esprit de mensonjje

Inspire et fait errer comme un homme qui songe,

Ecoute, afin que Dieu daigne bénir ton lit:

Quitte la vieille erreur et crois. L'Apôlre a dit :

« L'homme sanctifiera l'épouse qu'il a prise,

Et c'est un sacrement dans la nouvelle Ei,dise. »

Vous voulez être unis? Qu'il en soit fait ainsL

Homme, prends celle-ci. Femme, prends celui-ci.

Par le Père incréé, par le Fils, roi du monde,

Par le saint Paraclet en qui la gloire abonde,

Je vous joins. Soyez deux dans une même chair.

Femme, suis ton époux. Homme, reste-lui cher,

Et sache, ayant reçu celte enfant toute pure,

La rendre un jour à Dieu sans ride et sans souillure.

Echangez vos anneaux, car vous êtes unis.

Par l'imposition des mains, je vous bénis.

HIPPIAS

0 saint vieillard, un Dieu t'accompagne. Que dis-je? Tu parais un Dieu même. 0 faveur ! ô prodige l

HBRMAS

Il convenait d'unir ces enfants, en eflel. Certes, ce que tu fis, 6 prêtre, fut bien fait. Je tuerai le grand bœuf, honneur de mes étables. Et je ferai couler le vin sur douze tables. Au banquet nuptial, enfants, nous convierons Tous les pasteurs du bourg et tous les vignerons.

ANATOLE KHANCE 379

Préparez uq festin, le festin funéraire, l'risu au iilel du Dieu, je n'ai pu m'y soustraire. Hélas l tu fus cruel de me tendre, ô vieillard, La vie et le bonheur, quand il était trop tard.

De quel mal, ô Daphné, te sens-tu menacée ?

Ta main est dans la mienne et ta main est glacée !

Adieu, tous! apprêtez la myrrhe et le linceul. Croyais-tu donc, ami, que, lidèle à toi seul. J'aurais trahi ma mère et le Dieu pour le suivre ? Croyais-tu que t'aimant je pouvais encore vivre ? Je suis venue à toi, c'est que j'allais mourir. Hippias, je n'avais que ma mort à t'offrir. Tu connais le poison que les magiciennes Savent tirer, la nuit, des fleurs thessaliennes? Je l'ai bu dans ma coupe en livides humeurs. Il a glacé mon corps, vaincu mes bras. Je meurs.

HIPPIAS

0 deuil 1 ô désespoir! Tombez, fleurs et couronnes '

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