JEAN AICARD
Plus fjue la vie et que la mort...
Il chante avec une âme humaine!
L'adieu '.
Adieu. J'ai dit adieu. Le meilleur de moi-in(^me, Avec un long soupir, hors de moi s'est enfui : Tu m'as pris tout mon cœur, voyageuse que j'aime, Et je suis resté là, plein de vide et d'ennui.
Je suis je ne sais où, car mon âme voya^'e ;
Elle est je ne sais où : sais-je par où tu vas ?
On m'a dit : « Vous restez tout seul, ayez courage ! i>
Mais je suis plus que seul : je ne me reste pas.
Ah ! comment tout entier ne t'ai-je pas suivie? Quel devoir me retient? Qu'ai-je à faire et pourquoi ? N'as-tu pas emporté la raison de ma vie, Et n'est-ce pas mourir que d'être absent de soi ?
Adieu. Je le l'ai dit. ;e mot profond, si triste, Et des pleurs tout à coup m'en reviennent aux yeux. Car à tous les départs je sais qu'un spectre assiste. Que la mort est partout où se font des adieux l
Adieu. Toutes les fois qu'il frappe notre oreille. Ce mot cruel, qu'on dit tout bas et sanglotant, On craint que le malheur qui dormait ne s'éveille ! On sait qu'il vaudrait mieux se taire en se quittaiU
Adieu. Ce mot nous dit : « Téméraires, tout passe ! Nous n'avions entre nous que notre volonté ; Puisque nous y mettons le temps avec l'espace, Dieu qui s'indigne y peut mettre l'éternité !
C'est une mort d'un temps, l'absence, et c'est un crime ; Sachons bien que c'est mal, et que nous tentons Dieu, Quand l'àme, s'absentant de l'être qu'elle anime, Avec un être aimé s'en va dans un adieu !
QLuvres à lire de Jean Aicard (Charpentier, Lemerre, Fischbaoher, Ollendorf, éditeurs, Paris) : Les jeunes croyances (1867) ; Les poèmes de Provence (1874) : La chanson de l'enfant (1875) ; Miette et Noré, poème (1880) ; Le livre des petits (1886) ; Jésus (1896). — Critiques à consulter : Jules Tellier, Nos poètes (1888) ; Ch. Gidel. Histoire de la littérature française.
' Extrait du Livre d'heures de l'amour. — Comparer avec le morceau de Lamartine, reproduit plus haut, page 53.
EDMOND HARAUGOURT
-Ve à Bourmont (Haute-Marne) en 1857,
Ce poète très élevé tient du romantisme le goût des développemenls lyriques : il aime à broder sur des thèmes. Sa poésie n'en a pas moins un caractère d'originalité réelle, car il a l'esprit d'un penseur. Après avoir écrit des vers à tendances plutôt philosophiques, il s'est lancé dernièrement dans le mouvement néo-chrétien. Parmi les nombreuses pièces récentes qui ont mis en scène la vie de Jésus-Christ, sa Passion est peut-être la plus sincère et la plus noble.
L'Immuable *.
Ah 1 les moades éteints et les globes détruits ! Rêve, et nombre la poudre inuoinbrable des astres Qui, croulant tour à tour dans le chaos des nuits, Ont fécondé les cieux en semant leurs désastres !
Tout passe au vent des jours t Lorsque les temps soûl mûrs,
La mort rient balayer les cités jadis pleines,
Qui couvraient l'horizon des ombres de leurs murs
Et qui peuplaient de bruit l'immensité des plaines.
Les bois qui s'élajg'eaient sur la pente des mouls S'affaissent ; l'Océan submerge les prairies. Tandis que, surgissant du sable et des limons. Les continents nouveaux sortent des mers taries.
Les pôles dégelés roulent vers le soleil ;
Les dieux qu'on adorait sont remplacés par d'autres;
Les empires houleux s'endorment sans réveil,
Et les cultes vieillis lapident leurs apôtres.
Les lois chassent les lois dont un peuple était fier; Un fleuve de mépris vient en laver les traces : Nous punirons demain ce qui fut juste hier, Et nos propres vertus feront rougir des races.
Chaque fleur qui Ih-uril porte déjà son deuil ; Le vrai n'existe pas : uous changeons et tout change. L'immortel n'est qu'un mol créé par notre orgueil Rêvant pour oublier qu'il est né sur la fange.
* Ces vers et les suivauts août «xtraita de L'Ame nut (ibSb).