‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 79 sur 151 · Scène première · texte numérisé non relu

Scène première

GÉKALD, HEHTHE, LE DUC NAYME, RAGENHARDT, AMAUin . GEOFFROY, HARDRÉ, jeunes filles, jeunes si:i(;.\t,uiis

LE DUC NAYME, debout à gauche.

Approchez tous les deux, jeune fille el jeune homme; C'est Gérald de Moulblois et Berthe qu'on vous nomme?

GÉRALD ET BERÏHE

Oui, sire.

LE DUC NAYME

L'Empereur m'ayaiil commis ce soin, Moi, duc Nayme, prenant cette foule à témoin, Ici du dizaiaier je rem[)lirai la charge; L'Empereur veut ainsi d'une façon plus large Honorer cet hymen... Venez donc devant moi Echanger les présents, comme le veut la loi. -Mais, d'après cette loi dont aucun ne s'exempte, Jo dois interroger l'époux qui se présente. Afin qu'il puisse encore, ayant mieux réfléchi, Revenir sur ses pas avant le seuil franchi. — Gérald, un homme fut, dans les temps héroïques. Grand parmi les plus grands, parmi les plus stoïques; Vingt ans nous l'avons vu, marchant au doigt de Dieu Sous sou blanc gonfanon et son cimier de feu; Son courage était fait de sa haine du crime. Il était généreux surtout et magnanime; Le soir de Ronce vaux, dans le fatal vallon, Quand Olivier mourant maudissait Ganelon : « Tais-toi, lui dit Roland, plus de parole amère; » Epargne devant moi le mari de ma mère 1 » L'univers, où son nom vient toujours retentir. Vénère maintenant le chevalier martyr.

Si bien que, nous offrant ce rare et noble exemple, La tombe de Roland lui peut servir de temple !

Tel fut Roland. — Voici sa fille près de toi, Sire Gérald; avant de recevoir sa foi, Cherche si dans ton cœur ferme, loyal, fidèle, On ne peut rien trouver qui soit indigne d'elle.

GÉRAI.D

Rien l — Je peux donc offrir, messire dizainier, Sur ce bouclier d'or le sel et le denier.

Il présente à Berthe le bouclier qu'elle reçoit et remet à une des suivantes.

LE DUC NA^TtfE

Dame Berthe, à présent, selon le même usage, Otfrez au fiancé les dons du mariage.

BERTHE

iMessire dizainier, j'offre donc devant vous Le manteau, puis l'é{)ée, à mon futur époux.

Une des suivantes remet à Gérald l'épée et le niantean qu'il fait passer à un seignenr de sa suite.

LE DUC NAYME

Et maintenant, il faut ])our l'hymen qu'on espère, Joindre au désir du fils la volonté du père. — Venez, comte Amaury. Voici les fiancés ; Us ne peuvent sans vous être unis. Prononcez!

AMAURY, avançant lentement.

Sire duc... Pardonnez à mou trouble. . Il me semble Que pour moi cet honneur est trop grand, el je tremble; Je voudrais qu'en ce jour qui met tout au vrai prix. Le père disparût dans la gloire du fils ! Après ce qu'il a fait, ce qu'il fera peut-être. Mon fils est le vrai chef de famille, le maître 1 .Moi je ne suis plus rien, je ne peux rien, siuon Sentir mon cœur frémir de tendresse à son nom. Faites ce qu'il désire.

GÉRALD

Ah 1 mon père... De grâce!...

Ma gloire, c'est d'avoir bien suivi votre trace.

Ce que j'ai dit, Gérald, je dois le maintenir: Moi, je suis le passé; marche vers l'avenir !

HENIII DE BOliNlKU 'it'}^)

LE DUC NAYME

Comte Aniaury, c'est bien ! — Pour que nul n'en ignore, A tous, selon la loi, je fais appel encore. Ainsi, par des motifs qu'a prévus cette loi, Quelqu'un s'oppose-t-il à cet iiymeu?

RAGKNUABDT, sortant de la foule.

Oui, moi.

GÉRALO ET BERTIIB

Ragenliartlt l

AMaUKT

Le Saxon !

LE DUC NAYME

Ah ! je comprends sans doute :

La haine du vaincu se réveille. J'écoute. Tu peux parler. Saxon.

RAGENHARDT

La haine, avez- vous dit ?

En effet, j'ai souffert, j'ai haï, j'ai maudit; Je n'étais, n'ayant pas de Dieu qui m'avertisse, Que la haine... Je suis à présent la justice ! Dame Berlhe, Gérald, moi Saxon, vous Français, Je me tairais encor si je vous haïssais, Et laissant accomplir cet hymea exécrable, Je parlerais quand tout serait irréparable ! Eh bien, non, non ! Cela, je ne le ferai pas, Et tous deux, je vous sauve avant le dernier pas !

LE DUC NAYMJS

Explique-toi donc 1

Il est notre ennemi.

Amaury !

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