DÉMÂTER
Qu'elle soit donc heurense t Hadès n'est pins un maître à l'âme lénébreuse. Ta fille l'a soumis : nn léger frein d'acier Ne réprim&-t-il pas la fougue du coursier? J'envierai, dans le ciel, leur sereine existence.
DÈSIÉntH
J'accepte. Je bénis. Prononce la sentence.
Je l'accorde deux mois ; prodigue à ton enfant Tes maternels baisers dans cet asile. Avant Que l'automne ait doré le feuillage du chêne, Ayant taigné son corps i la source prochaine, Tu la reconduiras, dans les pleurs de l'adieu, Déesse, jusqu'au seuil du redoutable lieu. Sans fleurs à ton retour, nue et morne, la terra [mitera le deuil de ton cœur solitaire...
La voix de Zeus ne tremble pas, Mus une Jarme'brille an bord de ses paupières. J'entends gémir les eaux, les arbres et les pierres.
Dèmèter sanglote tout bas.
458 <2HIlKST0MATlilE FRA.NT.AISE
Le sombre hiver, après l'automne rougissaule,
Viendra se lamenter en rêvant à l'absente,
Qui ne semblera pins qu'un songe évanoui.
Six mois * se passeront dans ce mortel ennui.
Mais lors^jue^ tout à coup, pénétrés de lumière,
Los arbres sentiront la sève printanière
Palpiter dans leurs troncs robustes; quand les tlours
Ouvriront leurs beaux yeux, baigués de largos pleurs,
Alors, 0 Dèmèter, qu'un poids cruel oppresse.
Puisse ton cœur ne point éclater d'allégresse l
Car elle sortira du noir palais d'airain.
Ivre de respirer l'air libre, l'air serein ;
Klle en sortira, pâle et rayonnante, celle
Pour qui le flol sacré de tes larmes ruisselle l
DÈMÈTER
(jYai-je entendu, roi Zeus? Qu'as-tu dit?
ZECS
Tu pourras Durant six mois entiers l'enlacer de tes bras; l'uis, ne te laissant plus qu'une peine légère, Elle ira vers l'époux à qui sa vue est chère. Que chaque année, au temps où le ciel s'assombrit, Elle s'en aille comme un songe de l'esprit. Emportant la beauté de la terre et sa joie. Mais pour nous revenir quand la sève rougeoie; Et tous les ans, joyeux d'accomplir mon dessein, Avec elle quittant l'abîme, un fier essaim D'âmes justes fuira vers d'autres destinées Par l'éclatant chemin des Iles fortunées!
DÈMÈTER
0 suprôrne clémence 1 0 Zeus, maître béni !
ZEUS
Bénis la loi du monde.
1 On sait que le mythe de Proserpine symbolisait chez les Grecs le retour périodique des saisons; quand Cérès (D<!-mèter) renvoyait sa fille, c'était le sombru hiver, quand elle la reprenait, c'était le temps du renouveau et dt»s
(•''urs.
UAimicE Boticnnn
DÈJIÈTER
Uu mniheur infiai M'enveluppuit, roi Zeas, et lu m'as délivrée, l'ariion, je pleure trop; pardon, télé sacrée t
LE CIKEUR
0 lumiferet ô joie! ù printemps!
Le souffle exquis des (leurs embaume l'air cOlesle ; Persrphone aux veux bleus revient du lien fuueste
Dans la grlce de ses vingt ans.
Ames justes, bienidt, libres el vagabondes,
l'ar la route de Zens vous fuirez sur les ondes.
.N'oubliez point les dieux : encensez leurs autels.
Les rois olympiens, comparés aux mortels.
Sont coHime un frère alué près de son jeune frùre ;
Notre eœnr a besoin de votre bunible prière,
Ainsi que, pour gravir un périlleux chemin,
Il vous faut le secours puissant de notre main.
Travaiik-ï à notre œuvre, ù purs entants des hommes !
Certes, pour nous aussi, tout divins que nous somuics.
Itien ne |ieul s'accomplir sans lutte et sans douleui' '
Quel patient effort, pour que s'ouvre une fleur.
La route qai conduit vers le mal est unie ;
Mais si l'homme écoulant son intime génie,
A prpféré le dur sentitr de la vertu,
Que son ccBur soit robuste el son vouloir tâta ;
(Ju'il ne souhaite point la douceur d'une balle;
IJu'un immortel désir le soulève et l'exalte.
Car le fuite qui brille entre les purs sommets,
Toujours il s'en rapproche et ne l'atteint jamais 1
Nul ne reposera dans la paix éternelle.
Vous <ine l'enthousiasme emporte sur son aile.
Il vous faudra livrer de spleudides combats
Contre tout ce qui rampe et menace d'en bas;
Sans cesse vous garder de pièges invisibles ;
Vous détourner souvent des horizons paisibles,
Limms les grKadi pbilaBophes de 1 aatiquitù, Miuiice Bouchor ad («tionnement et, sa quelquB sorte, le devinir moral àis dïem
Et, le cœur anxieux, prêter l'oreille au bruit
Des êtres qui, là-bas, s'étreignent dans la nuit;
Partager les douleurs d'une race innombrable ;
[laiïermir le vaillant, sauver le misérable,
Rendre la force au cœur que Tépreuve a dompté.
Par le rayonnement d'une ardente bonté!
La sagesse des dieux vous confie à vous-mêmes;
C'est un dépôt sacré ; dans les périls suprêmes,
Ganlez-le saintement comme il sort de nos mains;
Hestez pleins de pudeur, nobles, toujours humains.
L'àmo. que je verrais, lentement obscurcie.
Glisser vers une lâche et honteuse inertie ;
Celle qui, dans l'orgueil de sa force, voudrait
Asservir la cité ; celle que le regret
D'une brutale étreinte et de la chair meurtrie
Poursuivrait àprement dans sa pure patrie;
Otle àme, par le poids de son crime, bientôt
Cesserait de planer et tomberait de haut.
Prisonnière d'un corps soumis à la naissance,
Faible, et se débattant, seule, en son impuissance.
Durement châtiée, en proie aux longs remords.
Pour descendre à la fin dans l'ombre où sont les morts.
Mais, si vous triomphez de l'aveugle matière.
Si, préservant du mal votre àme tout entière.
Vous savez enrichir le dépôt précieux.
Je vous attirerai d'un souffle juscju'aux cieux;
Et je vous mêlerai, dans les hauteurs sublimes,
A ceux qui, sans terreur, contemplant les abîmes
Du lumineux espace et du temps dévoilé,
l^oivent le pur nectar sur l'Olympe étoile î